TÉGUMENTS
La peau est molle et contractile.
Si l’on en fait une coupe transversale ‘, on voit qu'elle est composée de deux couches: l’une épidermique, formée d’une seule assise de cellules cylindriques terminées par un mince plateau cuticulaire (fig. 272), et un peu ramifiées par leur base, l’autre dermique, essentiellement formée de tissu con-
jonctif auquel s'ajoutent
un certain nombre de fm €
fibres musculaires. En x. C |
outre,au-dessous de l’é- Fi6. 272. — Cellulesépidermiques piderme on voit une (£) et iridocystes (7). :
couche de cellules dites chromatophores et au dessous une couche d'iridocystes (fig. 273).
Les iridocystes sont des cellules conjonctives en forme de paillettes très minces, finement striées. C’est grâce à eux que la peau présente
er : couche des Chromatophores. / coudes reflets chatoyants si remarquables chez les che des Midocyatess Didenne. M. Seiches et surtout chez les Sépioles faisceaux musculaires coupés trans- A pes versalement. $ canal sanguin.
Mais les parties les plus intéressantes de la peau sont certainement les chromatophores et les phénomènes auxquels ils donnent lieu.
F16. 273. — Seiche. Coupe schématique de la peau. Æ épiderme. €
Lorsqu'on vient à toucher une Seiche au repos, on voit immédiatement, avec la rapidité de l'éclair, la couleur de sa peau changer de teinte. C'est en effet une propriété qu'ont les Céphalopodes de pouvoir changer la couleur de leur peau et, chose remarquable, de faire concorder cette teinte avec celle du milieu dans laquelle ils se trouvent: c'est un de ces phénomènes d'adaptation que l’on désigne sous le nom de #mimétisme ?. Si l’on met une Seiche sur un fond vivement éclairé, on la voit prendre une teinte claire.
Grron, Recherches sur la peau des Céphalopodes (Arch.de zool. exp., 1883 et 1884).
2 H. CouriN, Le Mimélisme (Revue encyclopédique, 1892, n° 31).
Si au contraire on la met à l'ombre, elle prend une teinte foncée. Cela est évidemment destiné à protéger l'animal contre ses ennemis qui ne peuvent œuère l’apercevoir grâce à la similitude de sa teinte avec celle de son milieu. Ce qui montre bien qu'il en est ainsi, ce sont les phénomènes qui se produisent lorsque l'animal est attaqué de très près. Nous étudierons plus loin une glande qui sécrète une matière noire en grande abondance. Lorsqu'on cherche à saisir l'animal, il lance autour de lui un nuage noir qui l'enveloppe complètement; en même temps il prend une couleur noire, de telle sorte qu'il est impossible de le distinguer au milieu de son nuage. Les Seiches profitent alors de leur ruse pour s’éloiener au plus vite, et prennent la couleur claire du sable sur lequel elles reposent. Elles échap-
pent ainsi facilement à leur ennemi.
De même que le visage humain pâlit ou rougit par la colère, on voit les Seiches et autres Céphalopodes pâlir ou devenir plus foncés par la colère.
Tous ces changements de coloration sont dus aux chromatophores f{fig. 274). Ceux-ci sont des cellules arrondies à contenu pigmentaire bien abondant, ca- Fis. 274. — Un Chromatophore. Phase de contrætion chant même le noyau, Elles sont
(Sepiola). CG cellule conjonctive. FAR faisceau radiaire. ET espaces interfasciculaires. CB cellule basilaire. CP limitées par une membrane très
cellule pigmentaire.
mince, de laquelle on voit partir en rayonnant des faisceaux extrêmement fins dont la nature n’est pas encore bien connue. Les uns les considèrent comme d’origine conjonctive, les autres comme musculaires ; d’autres enfin, comme de simples prolongements protoplasmiques de la cellule elle-même. Tout autour de la cellule, à la base des faisceaux, on voit aussi de petites cellules dites cellules basilaires, dont le rôle est inconnu. Quoi qu'il en soit, la cellule centrale peut changer de forme, grâce à la contraction des faisceaux radiaires. A l’état ordinaire la cellule occupe le minimum de volume possible, ce qui fait qu'à l'extérieur la peau prend une teinte pâle. Au conraire, si les faisceaux se contractent, la cellule s'étale en une plus grande surface, et par suite une plus grande quantité de pigment devient visible à
travers l’épiderme, ce qui a pour effet de donner une teinte foncée. On pourrait comparer ce phénomène à celui d’une gouttelette d'huile que l’on dépose sur du papier : on commence par ne pas l’apercevoir, mais, lorsqu'elle s'étale, elle devient très visible.
On voit que la phase de décoloration est un phénomène passif qui correspond à la paralysie des fibres radiaires, tandis que la teinte foncée de la peau est due à l'expansion des chromatophores et correspond à la phase d'activité ou d’excitation des muscles dilatateurs des petits sacs à pigment (Frédéricq).
Nous empruntons à Frédéricq les lignes suivantes quiont trait à l’action du système nerveux sur les chromatophores. Ici en effet les changements de coloration sont sous la dépendance du système nerveux central. Il suffit de la section du nerf qui se rend aux muscles des chromatophores pour paralyser ces derniers, pour amener la forme passive, la phase de retrait des chromatophores. Toute la partie de la peau innervée par le nerf pâlit immédiatement et présente alors le minimum de coloration. L’excitation du bout périphérique du nerf coupé a précisément l'effet contraire. Dans ce cas, tous les chromatophores qui se trouvent sous sa dépendance sont amenés à l’état d'expansion par suite de la contraction des muscles radiés, et la partie correspondante de la peau présente le maximum de coloration. Grâce à leur situation superficielle et à leur distribution étendue, les deux nerfs palléaux (droit et gauche) se prêtent fort bien à la démonstration de ces faits. Chacun de ces nerfs, après avoir formé le ganglion étoilé, s’épanouit en un grand nombre de rameaux qui président à la motilité et à la sensibilité dans la moitié correspondante du manteau, et tiennent également sous leur dépendance les changements des chromatophores de cette moitié du manteau de l’animal. La section du nerf palléal paralyse les muscles de la respiration du même côté, et y abolit complètement le jeu des chromatophores. La moitié du manteau pâlit immédiatement, et il n’est plus au pouvoir de l'animal de changer la teinte claire et uniforme qui se produit alors, et qui tranche vivement avec le ton foncé de l’autre côté du corps. Si au contraire on excite avec une pince électrique le nerf palléal coupé ou le ganglion étoilé, ou, ce qui revient au même, si on le froisse avec les mors d’une pince, toute la région correspondante du manteau reprend sa teinte foncée, par suite de l'expansion des chromatophores. Le centre anatomique et physiologique de ces mouvements des muscles des chromatophores réside dans la masse nerveuse sous-æsophagienne.
La contractilité des muscles dilatateurs des chromatophores peut aussi être mise en jeu, autrement que par l'intermédiaire du système nerveux ; ces muscles sont directement excitables par l'électricité, par la chaleur, par les irritants chimiques. Il suflit de porter l'excitation électrique sur un
endroit quelconque de la peau du manteau pour voir immédiatement cette partie prendre une teinte foncée et la garder quelque temps. Les excitants thermiques agissent également. Si l’on approche une cigarette allumée à une petite distance de la peau d’un animal mort récemment, on verra immédiatement s’y dessiner une tache foncée. De même une goutte d'acide nitrique au dixième, déposée sur la,peau d’un animal, y produit une tache noire.
Le retrait et l'expansion des chromatophores s’étudient fort bien au microscope sur des lambeaux de peau isolés que l’on dépose entre deux lames de verre. On voit tous les chromatophores de la préparation s’étaler en forme de plaque avec la rapidité de l’éclair, puis retourner à la phase de retrait avec une vitesse presque égale ; et ces changements se produisent souvent pendant des heures, sans cause appréciable : c’est un des spectacles les plus attachants qu'il soit donné d'observer au microscope.
On pensait autrefois que les chromatophores étaient d'origine mésodermique, mais M. Joubin a montré qu'il n’en était rien. Ce sont des cellules ectodermiques sous-jacentes. Les cellules basilaires sont mésodermiques .