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TUBE DIGESTIF

La bouche, placée au centre de la couronne du bras, est entourée par une mince lèvre à bord déchiqueté. Elle donne accès dans un gros bulbe buccal, charnu, musculaire, à constitution assez complexe (fig. 278). Extérieurement on voit d'abord les deux mâchoires que nous avons déjà comparées à un bec de perroquet. Ce sont des organes chitineux présentant une dent acérée et munie d'ailes assez grandes sur lesquelles s'insèrent les muscles qui les font mouvoir. La mâchoire ventrale (fig. 279) est plus grande et embrasse l'autre. En dedans de ces mâchoires se trouve la cavité buccale à la face ventrale de laquelle on voit deux saillies : l’une, où l’on à voulu localiser le sens du goût, est la langue; l'autre postérieure très musculeuse, est recouverte par la radula, qui prend naissance dans un cul-de-sac. C'est entre la langue et la radula que peut déboucher le conduit des glandes salivaires. La radula est formée de rangées transversales de sept dents, une centrale, quatre latérales, semblables à la précédente, et deux marginales à crochets aigus (fig. 280).

Le bulbe (fig. 281) se continue par un œsophage cylindrique qui conserve à peu près le même diamètre dans toute son étendue, et qui vient se jeter dans

Fic. 278. — Seiche. Coupe schématique longitudinale, antéropostérieure du bulbe buccal. 1/D

un estomac à parois assez épaisses. Dès la sortie de l'estomac on rencontre une autre poche de forme vaguement carrée, et dans laquelle s'ouvrent les conduits hépatiques. Chez les Octopodes, cette cavité a une forme spirale: c'est pour cela qu'on l'appelle l'estomac sptral. Ce n’est pas une

Fic. 279.— Seiche. Mâchoires en position. V ventrale. D dorsale.

cavité digestive ; les aliments n’y pénètrent jamais. A son intérieur se trouve une valvule. Il semble

mâchoire dorsale. V mâchoire ventrale. Le lèvre. L langue. À radula. S$ conduit des glandes salivaires. ŒÆ œsophage.

que cette cavité joue le rôle de vésicule biliaire pour les produits sécrétés par le foie, mais on nest pas encore bien renseigné sur sa fonction. L'intes-

Fi. 280. — Seiche. Radula.

tin qui vient ensuite décrit une boucle, et va s'ouvrir à l’anus dont nous connaissons la position médiane dans la cavité palléale.

En avant du foie, il y a deux petites glandes salivaires blanchâtres, émettant chacune un petit canal excréteur qui se réunit à son congénère du côté opposé pour former un canal impair qui va s'ouvrir à la face ventrale du bulbe buccal.

Fic. 281. — Seiche. Schéma du tube

digestif. B bulbe buccal. Œ œæsophage. GS glandessalivaires. /" foie.

Æ estomac. AP appendices pancréatiques. Æ$S estomac spiral. 7 intestin. À anus.

Ces glandes représentent les glandes salivaires inférieures des Octopodes. Les glandes supérieures semblent faire défaut ; M. Joubin !

1 L. Jousin, Sur l'anatomie et l’histologie des glandes salivaires chez les Céphalopodes

(Comptes rendus, 18 juillet 1887).

en a cependant constaté la présence, mais elles sont fusionnées en une seule glande médiane et impaire, située sous l'œsophage, et intimement mêlée à des paquets musculaires.

Les glandes salivaires supérieures sont des grappes d’acini formées de cellules cylindriques assez courtes, remplies dans leur tiers inférieur par du protoplasme avec un gros noyau; le protoplasme se continue sous forme d'un réseau dans le tiers moyen, le reste est rempli par des granulations assez grosses, se colorant fortement ; elles ressemblent beaucoup à des cellules séreuses de Vertébrés. Au contraire, les glandes salivaires inférieures sont formées par de grandes cellules coniques dont la partie étroite inférieure contient le protoplasme, et les deux tiers supérieurs sont remplis par de grosses boules de mucus qui ne se colorent pas par les mêmes réactifs que le tiers inférieur; ces larges cellules caliciformes laissent échapper par leur large ouverture les boules de mucus qui se fusionnent en une masse uniforme dans les canaux excréteurs. Il y a analogie remarquable avec les cellules muqueuses des Vertébrés supérieurs.

Le foie est extrêmement volumineux. Il est formé de deux glandes symétriques parfaitement distinctes, réunies dans une enveloppe fibreuse commune. De leur face interne se détachent deux conduits excréteurs qui vont s'ouvrir à la base de l'estomac spiral. Ces conduits excréteurs sont couverts d’invaginations à aspect spongieux, s'ouvrantles unes dans les autres et dans le conduit hépatique. On a donné à ces appendices le nom d’appendices pancréatiques, mais rien ne légitime sa comparaison avec le pancréas des Vertébrés.

Les parois des cavités digestives semblent dépourvues de glandes susceptibles de produire des liquides digestifs. Ceux-ci semblent être produits seulement par les glandes annexes.

M. Bourquelot (1882) a étudié l’action des sucs digestifs des Céphalopodes sur l’amidon. Il est arrivé aux conclusions suivantes :

4° Le liquide sécrété par les glandes salivaires des Céphalopodes n’exerce d'action ni sur l’amidon brut ni sur l’amidon hydraté ;

2° Le foie de ces animaux sécrète un liquide qui n’agit pas sur l’amidon brut, mais saccharifie l’amidon hydraté ;

3° Le pancréas des Céphalopodes jouit des mêmes propriétés que le foie par rapport aux deux amidons ;

4° Le ferment que produisent le foie et le pancréas est identique à la diastase salivaire des animaux supérieurs.

Quant à la digestion envisagée d'une manière générale, le même auteur (1885) a mis en évidence les faits qui suivent.

Le liquide sécrété par le foie renferme : 4° de la diastase qui digère

l’'amidon hydraté et le glycogène ; 2 de la trypsine ; 3° de la pepsine. Le liquide sécrété par le pancréas renferme de la diastase.

La diastase sécrétée par ces deux glandes est identique à celle de la salive des animaux supérieurs et à celle du malt. Ces trois diastases exercent une action fermentaire sur les mêmes hydrates de carbone (amidon, dextrine, glycogène), et cette action est la même pour chacun de ces composés.

Chez les Céphalopodes, la trypsine est seule ordinairement utilisée pour la digestion des matières protéiques, qui est une digestion analogue en tous points à la digestion pancréatique des animaux supérieurs.

Cette digestion se fait dans un milieu légèrement acide.

La pepsine n’est pas utilisée.

La digestion chez les Céphalopodes (hydrates de carbone, matières protéiques et matières grasses) se fait tout entière dans l'estomac par l'intermédiaire du liquide sécrété par le foie et par le pancréas. Les aliments ne passent pas dans le cœcum intestinal : une disposition anatomique spéciale s'y oppose.

Le mélange des liquides sécrétés par le foie et le pancréas se présente sous deux apparences. Il est à peu près incolore et très actif pendant la digestion ; il est brun, rempli de débris de cellules, et presque inactif après la digestion.

Le foie des Céphalopodes, comme le foie des animaux supérieurs, renferme du glycogène et de la mucine, mais il ne renferme aucun des acides ou produits colorés de la bile de ces derniers.

I renferme, comme le pancréas, de la leucine et de la tyrosine en grande quantité. Il renferme, en outre, une matière grasse d'une composition analogue à l'huile de poisson.

On doit considérer ce foie comme une glande digestive n'ayant d’analogie complète avec aucune des glandes digestives des animaux supérieurs.

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