REINS ET CAVITÉ GÉNÉRALE
Si l'on examine les veines caves et les troncs veineux qui y aboutissent, on les voit couverts de fongosités nombreuses, les appendices fungiformes. C'est à eux que l’on attribue la fonction excrétrice. Mais ce
n’est là qu'une portion de l'organe. Ces corps sont en effet renfermés dans deux
Fic. 287. — Seiche. Schéma des organes rénaux vus par la face dorsale. On voit par transparence dans !es sacs les amas d’appendices fungiformes (A). £ orifices exté-
rieurs. ? pavillons ciliés conduisant dans la cavité gauche. CRI orifice par où les sacs pairs communiquent avec le sac rénal pair
qui a été coupé.
vastes sacs membraneux qui viennent déboucher de chaque côté de l'anus par deux orifices placés au sommet de papilles. C’est par ces orifices que s’échappent les produits excrétés. Ces deux sacs rénaux, placés ainsi à la face ventrale, sous l'intestin, sont réunis entre eux sur la ligne médiane par deux canaux transversaux, l’un antérieur, l’autre postérieur (fig. 287). Enoutre, à la jonction antérieure il y a un prolongement dorsal quise dirige en arrière jusqu'à la capsule génitale (sac rénal impair) (fig. 288). Enfin, tout près de l'uretère on trouve une petite papille couverte de cils vibratiles et percée à son sommet d’un petitorificeinfundibuliforme. Cette ouverture conduit directement dans la cavité générale
Pour se faire une bonne idée de ces communications diverses, il faut
s'imaginer la cavité générale primitive divisée en deux parties : l’une, tapissée par une sorte de séreuse, constitue les différents sacs rénaux et vient s'ouvrir au dehors. Par la face dorsale de ses lobes pairs et par la face ventrale de son lobe impair, cette séreuse se moule d'une façon intime sur les appendices fungiformes des veines caves, lesquels semblent situés à son intérieur, mais sont en réalité extérieurs. Quoi qu'il en soit, les produits qu'ils excrètent passent dans les sacs rénaux et de là au dehors. Le reste de la cavité générale est divisé à son tour en chambres communiquant très peu ensemble:
c’est d'une part la cavité génitale fig. 289), et de l’autre la cavité péricardique qui contient le cœur et les cœurs branchiaux. Cette cavité péricardique communique par un orifice avec la glande génitale. D'autre part, c'est dans sa cavité que s'ouvrent les deux Ainsi ici,
orifices ciliés des sacs rénaux.
Fic. 288, — Seiche. Sacs rénaux
théoriques vus de côté. La face ventrale est indiquée par V et la face dorsale par D. J est l'un des deux sacs inférieurs. S est le sac supérieur impair. On voit en VC une portion de veine cave dont les appendices fungiformes font saillie dans les sacs rénaux. On a aussi représenté théoriquement en pointillé la cavité génitale (g), la cavité péricardique (p) venant déboucher dans les sacs rénaux en #.
comme chez les autres Mollusques, nous avons deux reins s’ouvrant,
d'une part, au dehors et, d'autre part, dans la cavité péricardique, laquelle se montre ici, mieux que partout ailleurs, une partie endiguée de la cavité générale, une cavité générale secondaire. Les trois figures ci-jointes avec leur légende explicative expliquent ces dispositions assez compliquées.
Les appendices fungiformes ne sont autre chose que des évaginations closes de la paroi des veines caves. Ils contiennent de nombreuses fibres musculaires qui en se contractant produisent ces mouvements vermiformes que l’on observe quand l’on ouvre une Seiche encore vivante. Leur cavité communique avec la cavité de l'appareil circulatoire. Aussi sont-ils richement irrigués. Sur leurs faces
extérieures, ils sont tapissés par plusieurs assises de grosses cellules dont le proto- Fis. 289. — Seiche. La partie pointillée
2 3 de la figure précédente représentée schéplasme contient des gouttelettes jaunâtres matiquement de face. On voit la cavité
; : génitale (CG) communiquer avec la réfringentes où l'on a trouvé de l'acide cavité péricardique (P) contenant le cœur j (C) et les cœurs branchiaux (CZ) et urique. Ces mêmes gouttelettes se retrou- communiquant par leurs orifices (x) avec ne Ne les sacs rénaux.
vent dans la cavité du sac. La sécrétion se fait probablement par voie d'osmose. La paroi du sac qui recouvre ces appendices est, à leur niveau, composée de grandes cellules cylindriques à protoplasme finement strié longitudinalement. Partout ailleurs le sac est tapissé d’un épithélium plat. Dans l’uretère il y a une couche de fibres
musculaires lisses circulaires.
SYSTÈME NERVEUX
Les ganglions centraux du système nerveux se font remarquer par leur volume assez considérable, etsurtout parleur grande concentration. Cet amas nerveux est tout entier enfermé dans la boîte crânienne cartilagineuse, Au premier abord, on voit une masse nerveuse unique qui englobe complètement l'œsophage. Ce n’est qu'avec beaucoup de difficultés que l’on y retrouve les trois paires de ganglions ordinaires des Mollusques. Lorsqu'on examine les lames nerveuses qui réunissent largement à droite et à gauche la partie sus-æsophagienne à la partie sous-æsophagienne, on voit chacune d'elles traversée par l'artère ophtalmique qui se rend aux yeux. Le trou ainsi produit divise le système nerveux en trois parties : 1° une partie susœsophagienne qui représente évidemment le ganglion cérébroïde ; 2 en avant et en arrière du trou, deux commissures qui représentent les com-
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missures cérébro-pédieuses et cérébro-palléales ; 3° la masse sous-æsophagienne qui représente les ganglions pédieux et pleuraux soudés (fig. 290).
S C RTE ee AP P Pa É Fic. 290. — Seiche. Schéma du système nerveux vu
de côté. TB tube digestif. € ganglion cérébroide. S ganglion sus-æsophagien. AO artère ophtalmique. AP artère pédieuse. PL ganglions pleuraux. P ganglions pédieux. 7’ ganglions stomatogastriques.
Fi6. 291. — Seiche. Schéma du système nerveux vu par la face ventrale. Æ trou par lequel passent les artères pédieuses. P ganglions pédieux. P{ ganglions pleuraux.
— Mais ces ganglions ne peuvent-ils être reconnus séparément ? Oui. En examinant la masse sous-æsophagienne par la face ventrale, on voit en
F6. 292. — Seiche. Schéma du système nerveux vu par la face dorsale. TB tube digestif. Cr ganglions cérébroïdes. Se ganglion sus-æsophagien. Co commissure qui l’unit au ganglion stomatogastrique. GO ganglion optique.
son centre un trou par lequel passent deux artères pédieuses, qui la divisent ainsi en deux parties (fig. 291) : l'une antérieure, qui innerveles bras, représente les ganglions pédieux soudés ; l’autre, qui innerve les viscères et le manteau, représente les ganglions pleuraux soudés. Nous
F6. 293. — Seirhe, Schéma de l'innervation des ganglions pédieux (GP) et des ganglions pleuraux (GR vus par la face ventrale. Z nerfs des bras, G ganglions des nerfs des bras. VA nerf anastomotique circulaire qui réunit les précédents. Q nerfs des otocystes. /VP nerfs palléaux. Æ ganglions étoilés. NV nerfs viscéraux. GBr ganglions branchiaux.
avons donc ainsi nos trois ganglions el notre triangle latéral habituel. En outre, le ganglion cérébroïde est réuni par une double commissure à
un petit ganglion sus-pharyngien qui lui-même est réuni par une commissure entourant l'œsophage à un ganglion stomatogastrique ventral (fig. 292). Que représente le ganglion sus-pharyngien ? Les uns veulent en faire une
dépendance du cerveau (Cheron), les autres une dépendance du stomatogastrique. La première opinion semble la plus vraisemblable.
Voyons les régions innervées par ces ganglions (fig. 293).
Les ganglions cérébroïdes qui présententvaguement trois lobes successifs, donnent naissance latéralement à deux énormes nerfs optiques assez courts qui vont se jeter chacun dans un gros ganglion optique, duquel partent une grande quantité de filets nerveux allant innerver la rétine. — Il y a en outre un petit ganglion donnant un petit filet nerveux se rendant à l’organe olfactif : c’est le ganglion olfactif.
Le ganglion sus-œæsophagien donne naissance à des nerfs labiauxæ et buccaux très fins se rendant aux muscles des lèvres et de l’orifice buccal.
Le ganglion stomatogastrique innerve l’œsophage et l'estomac. Le nerf de celui-ci présente un petit ganglion.
Le ganglion pédieux se divise en avant en deux branches qui tout de suite se divisent en huit gros nerfs se rendant dans les bras : cela ressemble à une patte de palmipède à huit doigts ; c’est pour cela que Cuvier lui a donné le nom de ganglion en patte d’oie. Les nerfs pénètrent dans les bras en se logeant dans le sinus sanguin, mais à leur base ils se renflent en un petit ganglion de renforcement. Ces huit ganglions envoient chacun deux petits nerfs à un nerf circulaire qui fait le tour de la bouche. Dans les bras, les nerfs présentent des renflements irréguliers d'où partent les nerfs des ventouses. C’est encore du ganglion pédieux que naissent les nerfs auditifs. Ils innervent aussi l’entonnoir.
La région innervée par le ganglion pleural est beaucoup plus étendue. Il faut d'abord signaler les deux grands nerfs viscérauæ. Accolés étroitement l’un à l’autre, ils se dirigent en arrière, puis s’éloignent, et enfin se réunissent un peu au-dessus du niveau des branchies. Il en part des nerfs pour les piliers musculaires de l’entonnoir, le rectum, la poche à encre, ete. Le rameau le plus important se dirige vers la branchie et, avant de s'y distribuer, se renfle en un ganglion branchial. Du même ganglion pleural partent en arrière deux nerfs palléaux qui vont se jeter dans les ganglions éloilés si visibles quand on ouvre le manteau d’un de ces animaux. Les ganglions étoilés innervent tout le manteau et en particulier les chromatophores; on a vu les terminaisons nerveuses dans ces organes. L'intelligence des Seiches, comme celle de tous les Céphalopodes, paraît être de beaucoup supérieure à celle des autres Mollusques.