BOBBIO ET LES ÉCOLES MONASTIQUES EN ITALIE
b* monastère de Bobbio sous les premiers successeurs de saint Colom-
ban. Le moine Jonas; ses voyages et ses écrits. — Apostolat
des missionnaires irlandais; prédications et martyre de saint Livin. — Gouvernement du monastère de Bobbio par l'abbé Wala. — La règle de saint Benoit s'y unit à celle de saint Golomban. — Geri.ert d'Aurillac, abbé de Bobbio; sa science, son activité militante vt les vicissitudes de sa vie. — École, bibliothèque et manuscrits de Bobbio. — Autres monastères italiens où les études fleurissent pendant la même période. — Vivaria ; ses institutions monastiques et littéraires. — Suite des propres de la règle bénédictine. — Missions du moine Augustin et de saint Boni face. — Prédominance de la règle de saint Benoit dans tout l'Occident.
Ramenés en Italie par le fondateur de l'abbaye de Uobbio, nous poursuivrons notre revue monastique, en nous occupant d'abord de cette importante communauté qui, au moyen âge, fut un des centres intellectuels les plus actifs de la Péninsule. En outre, placé au milieu
de ces provinces cisalpines qui, par leur situation géographique et le caractère des races qui les habitent, eurent tant d'affinité avec les populations gallo-frankes, le monastère de Bobbio se présente naturellement comme un premier point d'arrêt dans le voyage historique et littéraire que nous allons reprendre. Nous verrons les institutions importées d'Irlande s'y développer et de là s'étendre au loin jusqu'à ce que la règle bénédictine, s'unissant à ces institutions ou les remplaçant tout à fait, finisse par régner seule et sans partage. Ce rapprochement de deux législations également favorable aux lettres ne fera qu'accélérer un mouvement qui déjà s'était produit depuis plusieurs siècles. Rivaux de leurs frères de Luxeuil, de Saint-Gall et de tant d'autres communautés où se maintint longtemps l'esprit du monachisme irlandais, les moines de Bobbio justifièrent surtout l'appréciation suivante, portée par les bénédictins, auteurs de YHistoire littéraire de la France : « La lumière que saint Colomban répandit par son savoir et sa doctrine dans tous les lieux où il se montra Ta fait comparer, avec un écrivain du même siècle, au soleil dans sa course de l'Orient à l'Occident. 11 continua, après sa mort, de briller dans ses disciples qu'il avait formés aux lettres et à la piété1. »
Les successeurs immédiats du premier abbé de Bobbio furent Attale, Bertulfe et Bobolène. Animés de ce zèle ardent qui fait fleurir toute institution nouvelle, ils jetèrent les bases de la grandeur et de la prospérité du monastère confié à leur direction. Le premier, saint
* Bisi. litUfr. de la France, tom. III.
Àttale, issu dune noble famille de la nation des Burgondes, avait été élevé par saint Arige, évêque de Gapt avant d'aller prendre l'habit monastique à Lérins, d'où il se rendit ensuite à l'abbaye de Luxeuil. C'était à ses soins et à sa prudence que Colomban, partant pour l'exil, avait remis le gouvernement de cette communauté; mais la profonde affection qui unissait Àttale à son maître l'avait porté à le suivre plus tard en Italie. Chargé, après sa mort, de diriger le monastère de Bobbio, il se fit un devoir d'assujettir aux rigueurs de la discipline irlandaise la foule de moines franks, italiens et lombards qui s'étaient joints aux premiers compagnons de saint Colomban. Soit que ces religieux n'eussent ni la force, ni la volonté de se plier à un régime qu'ils regardaient comme trop sévère; soit que toute législation exceptionnelle ne puisse être appliquée sans opposition que par la main inflexible qui l'a établie, le nouvel abbé de Bobbio eut fort à souffrir de sa fidélité à suivre et à faire exécuter la Règle. Devenus impatients du joug qui pesait sur eux, un certain nombre de moines se révoltèrent, et violant les lois de la clôture, ils s'enfuirent, les uns vers la mer, les autres vers des lieux écartés où il leur fût possible de vivre selon leur fantaisie.
D'après le récit du biographe de saint Attale, ces transfuges du cloître ne tardèrent pas à subir la peine de leur désertion. L'un d'eux, nommé Rocolène, étant tombé gravement malade, s'écria, dans l'ardeur de la fièvre qui le dévorait, que s'il obtenait sa guérison, il retournerait immédiatement à Bobbio. Mais son vœu ne fut pas exaucé. 11 expira la nuit même, et ses compagnons, saisis d'effroi devant cette mort soudaine,