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L'ORDRE DE SAINT-BENOIT ET LE PARLEMENT ITALIEN

Projet clo suppression des associations religieuses en Italie. — Défense de son ordre présentée par un moine de Saint-Benoit. — Publications antérieures de dom LuigiTosti; leur caractère religieux et politique. — La prière du soldat et l'insurrection italienne. — Dédicace de la Ligue lombarde au pape Pie IX. — Appel aux souvenirs guelfes : la foi H la liberté, l'Église et l'indépendance nationale. — Triomphe et résultats inattendus de la révolution italienne. — Premiers coups portés aux communautés monastiques des Marches et de l'Ombrie. — Mémoire apologétique du Père Tosti adressé au parlement national. — Nouveaux périls qui menacent les congrégations monastiques. — Récapitulation des services rendus par les bénédictins dans l'ordre social, économique et littéraire. — Conclusion.

11 y a qualre ans, lorsque la révolution italienne, suivant l'exemple de son aînée, la révolution française, fil entendre une première fois ces mots dans le parlement national : Suppression des ordres religieux, une voix s'éleva aussitôt pour réclamer contre une mesure qui devait porter un coup fatal à des droits aussi anciens que respectables. Cette voix, venant des hauteurs du montCassin, était celle d'un moine de saint Benoît, qui crut devoir, dans le péril dont son ordre était menacé,

s'adresser directement aux représentants d'un pays autrefois le berceau et aujourd'hui le dernier refuge des institutions monastiques. En prenant la parole pour défendre une cause qui, pendant tant de siècles, fut la cause même de la civilisation chrétienne, dom Luigi Tosti remplit alors un pieux devoir qui sans nul doute lui convenait mieux qu'à tout autre. Par 15, on peut le dire, il a bien mérité de la religion dont les moines bénédictins furent longtemps la colonne et le flambeau, des lettres qu'ils ne cessèrent d'honorer par leurs travaux infatigables, de la liberté enfin dont ils avaient toujours propagé les saines notions parmi les peuples.

Déjà connu par la publication de l'histoire de son abbaye, dont nous avons parlé précédemment, dom Luigi Tosti avait acquis de nouveaux titres aux yeux du monde lettré en faisant paniilrcquelques années plus lard l'Histoire de Boni face VIII el de son temps1. Dans ce second ouvrage, le (aient de Tauleur semblait avoir grandi en proportion des nouveaux horizons historiques qui s'ouvra enl devant lui. Avec une grande netteté de vues et d'opinions, avec une vigueur de style que la passion du bien élève parfois à l'éloquence, il avait retracé le tableau des combats soutenus par cet ardent pontife qui, attardé à la fin du moyen âge, voulut poursuivre, malgré les premières manifestations de l'esprit moderne, l'œuvre inachevé de Grégoire VII et d'Innocent III. Un nouveau livre, joignant le rare mérile de l'opportunité à une valeur réelle toujours appréciable, sortit en 1848 des presses établies au MonlCassin, et vint attacher au

îShri(i(ii ïlovifaiio Y Ut fdisuoi tewpi. — Monte Ca&>ino. 1816.

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nom du savant prieur de ceMe abbaye une notoriété encore plus éclatante1.

L'apparition de ce livre intitulé Histoire de la Ligue lombarde, dont la mise au jour coïncidait avec le réveil de la nationalité italienne, ne fut pas, comme on pourrait le croire, le résultat d'une circonstance fortuite. Depuis longtemps déjà le religieux du Mont- Cassin, bien que jeune encore à cette époque, avait su pressentir, dans le silence du cloître, les événements extraordinaires qui se préparaient au sein de la société italienne, et dont la solution finale tient aujourd'hui en suspens la sollicitude de l'Europe. Attentif aux bruits du monde extérieur, qui montaient jusqu'à lui, sans troubler la sérénité de la sphère où il était placé, l'historien de la Ligue lombarde ajoutait chaque jour une page déplus au récit delà lutte mémorable que les communes guelfes engagèrent contre la domination germanique, au nom des droits imprescriptibles de l'indépendance nationale. Les divers épisodes de celte lutte prenaient, sous sa plume, un intérêt d'autant . plus vif, que dans les agitations des siècles passés, il sentait vivre et palpiter Tàge présent, dont une révélation secrète lui disait tout bas qu'il écrivait en ce moment 1 "histoire. Que de fois, il m'en souvient, en me promenant avec le Père Tosli sur la haute terrasse du monastère, je reçus, trois années avant la révolution de 1818, les intimes confidences du religieux bénédictin sur le grand mouvement politique et social dont il sentait l'approche ! *Àvee quel accent convaincu, quel langage poétiquement coloré, empruntant à la vivacité

1 Storia délia iega lovbarda, por D. Luigi Tosti. — Monte Cassino, .i 33

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des images quelque chose de prophétique, il me parlait, à la (in d'un beau jour de printemps des ferments d'agitation, des germes de vie nouvelle qui bouillonnaient alors dans les veines de la nation comme dans les corps de la nature!

Aussi, quand le contre-coup des événements de 1848 agita si vivement toute la Péninsule italique, dom Tosti put être ému, mais ne fut point surpris par la commotion qu'il avait prévue depuis longtemps. Comme beaucoup de membres du clergé italien, qui sont pénétrés bien plus qu'on ne le pense de ce côté-ci des Alpes, de principes vraiment libéraux et progressifs, il se trouva dans une situation presque semblable à celle qu'il est facile de constater en étudiant la correspondance de nos bénédictins français à la veille de 89. Chez lui, aussi bien que chez eux, les sentiments du moine étaient parfois aux prises avec les devoirs de l'homme -et du citoyen* Religieux, il avait sujet de craindre une révolution hostile aux ordres monastiques ; Italien, il appelait de ses vœux tout ce qui pouvait assurer l'indépendance de sa patrie. Pour qui sait comprendre et vouloir l'accord . nécessaire de la foi et de la raison, de l'autorité et delà liberté, l'incertitude ne pouvait durer longtemps. Aussi le patriotisme s'était! concilié avec de légitimes scrupules, le Père Tosti accepta, dans le mouvement qui remuait alors l'Italie, ce que ce mouvement avait de généreux, de national, et surtout de prononcé contre la domination étrangère.

Les sentiments personnels du moine bénédictin, qui étaient ceux de fous ses compatriotes, se révélèrent à cette époque dans deux publications sorties coup sur coup des presses de l'abbaye et montrant assez par

leurs titres1, quel en était le caractère mystique et religieux. Comme une flamme électrique, ces écrits pleins de feu transmirent à la foule frémissante les frémissements de ce cœur de moine, ardent, enthousiaste, dont la plus noble des passions, l'amour du pays, avait fait un poète véritablement inspiré. Quel chant plus capable par exemple, de soulever les populations italiennes d'une extrémilé à l'autre de l'Apennin, que celle belle prière du soldat dont nous détacherons ici quelques strophes, et où retentissent comme des bruits d'armes l'appel au combat, l'invocation au Dieu des armées, se mêlant aux souvenirs épiques de la Bible et des guerres saintes.

« Venez, fils des Alpes, accourez, fils de la mer, dans la vallée lombarde. C'est là que le Seigneur vous attend.

« En avant! que vos pieds s'enfoncent dans cette vallée lombarde, toute molle encore, toute molle du sang de vos frères !

« Aiguillonne, Seigneur, les chevaux de ton char, et bénis les ministres de tes vengeances.

« Rappelle de la nuit des siècles le soleil de Gelboë, et que les rayons dardés par nos boucliers aillent éblouir lesyeux des hommes du Nord qui nous font face. . « Aiguise nos épées, ravive en nous le souvenir de l'esclavage ; enivre-nous de la douceur de la liberté.

« Heureux ceux qui meurent pour Dieu et la patrie ! Leurs os produisent la fleur de l'immortalité , quand leur corps, lumineux de gloire, sont tombés dans le sein de la terre. »

En reproduisant aujourd'hui quelques sons affaiblis

*// veggente âel secolo A7X. — // salterio del pellegrino. — Mont Cussino, 1848.

de ce chant national et guerrier, déjà si loin des événements qui l'inspirèrent, nous surprendrons peut-être certains esprits absolus qui, au nom de la religion mal comprise, prétendent immobiliser dans le moine comme dans le prêtre l'appréciation de faits et d'institutions essentiellement mobiles de leur nature. D'autres, habitués à ne considérer dans tout membre d'une corporation monastique que l'instrument passif d'une règle et de vœux enchaînant la volonté humaine, s'étonneront d'entendre un religieux invoquer le beau nom de la liberté, et à ce nom, appeler résolument ses frères au combat. Évitons déjuger ainsi d'après des idées fixes ou préconçues des hommes que Ton ne connaît pas ou que l'on connaît mal. Mais ce dont il faut surtout se garder, c'est de vouloir, par suite d'une confusion chez nous trop commune, attribuer à un pays et à une sociéîé qui ne sont pas les nôtres, le caractère, les opinions, les mœurs et jusqu'à l'esprit de parti propres à notre nation. Qu'on se rappelle, en outre, qu'autant un Italien ressemble peu à un Français; autant un Napolitain diffère, à son tour, de l'habitant du nord de la Péninsule. Dans cette contrée volcanique où grondent sans cesse le Vésuve et l'Etna, exiger qu'un homme, parce qu'il s'est retiré dans un cloître, ferme complètement, son oreille à tous les événements du dehors, c'est, par ce temps de révolutions et de publicité retentissante, demander vraiment l'impossible. En vain à chaque heure du jour, il ne cessera de se répéter la parole du Maître qu'il a choisi pour modèle : « Mon royaume n'est pas de ce monde. » Les battements de son cœur protesteront contre une telle abnégation, et avant tout lui rappelleront qu'il est homme. Aussi quand la

voix de la foule arrivera jusque dans sa demeure, il mêlera ses vœux aux vœux de tous, et voudra môme, comme les autres, avoir dans la lice sa part de champ et de soleil. C'est ce qu'a fait le Père Tosti, et c'est ce que feront , à son exemple, tous ceux qui, doués d'intelligence et de sensibilité, croient sincèrement qu'il est permis tout en servant Dieu, de servir l'humanité, et de l'aider à suivre les voies que Dieu lui-même a ouvertes devant elle.

Lorsqu'il adoptait celte ligne de conduite, l'auteur de la Uijue lombarde se conformait aux exemples des moines, ses devanciers, qui jadis parlaient aux peuples dans les camps, aussi bien que sur la place publique, et souvent, poêles ou chroniqueurs, chantaient ou racontaient les actions dont ils avaient été les témoins. Dès lors complètement dévoué à ce qu'il appelait l'idée italienne, il se disposait à la propager de tous ses efforts en montrant la jeune liberté s'appuyant sur le catholicisme, et marchant à des conquêtes d'autant plus certaines qu'elles seraient dirigées et contenues par le sentiment religieux. Entre les deux partis dont l'un rêvait déjà l'unité nationale et l'autre bornait ses vues au principe traditionnel de la fédération, le religieux sut tenir un juste équilibre. Toutefois, il devait se sentir disposé à incliner plutôt du côté des nèo-guelfes qui, à cette époque, acclamaient dans Pie IX le futur restaurateur des libertés italiennes. Avec ses compatriotes de tous les points de l^r Péninsule, avec les hommes d'État et les esprits les plus éclairés de l'Europe libérale, il vint donc apporter sa part d'encouragements au souverain pontife, en lui offrant la dédicace de son ouvrage sur la Ligue lombarde.

« Vous êtes, » lui dit-il dans un langage empreint des formes mystiques et hardies du treizième siècle, « vous êtes le maître de la vérité pour tout le monde : c'est à vous qu'il appartient de séparer l'esprit qui vivifie de la lettre qui lue, dans l'Évangile du Christ. L'histoire est aussi un Évangile, ô Saint-Père, parce que le Verbe du Seigneur ne rayonne pas seulement dans l'infini de la pensée produite par Dieu, mais qu'il pénètre comme une semence féconde jusque dans les entrailles de l'humanité qui souffre et qui espère. Or, la fleur de cet Évangile tout humain, c'est l'histoire de notre Italie. Aucun peuple, en effet, n'a pu confier à ses annales le récit d'un martyr plus violent et plus prolongé que le nôtre; aucun peuple n'a pu montrer à la postérité un Golgotha plus semblable à celui où expira le Nazaréen...

a Pour hâter notre délivrance, rendez-nous donc, Saint-Père, l'étendard qu'Alexandre III, au jour de son triomphe, suspendit au tombeau du prince des apôtres. L'heure a sonné; l'humanité vous attend. Que le bruit des événements humains, que les colères des princes ne vous troublent pas; la parole de Dieu, quand elle crée ou rachète, est toujours précédée de la voix terrible dos tempêtes. Mais votre trône restera ferme sur les fondements des cœurs affranchis au nom de la liberté du Christ, car si vos fils se laissaient aller à une folle idolâtrie, alors descendant des hauteurs du Vatican, vous briseriez les Tables de la loi, et prolongeant vos regards dans l'immensité du temps et de Fespacc, vous ne trouveriez pas une limite au bercail dont vous seriez le pasteur. Non; l'homme ne saurait séparer ce que Dieu a réuni, et le jour où pareil événement arriverait, Dieu

suspendrait les Alpes aux confins de la terre, et le monde entier serait Italie.

« Bénissez, Saint-Père, ce volume; bénissez la mémoire des aïeux, les espérances du présent, la gloire de l'avenir. Bénissez celui qui l'a écrit, et vous verrez comment, dans une ame étrangère aux consolations terrestres, l'amour de la patrie se transforme par la voie de la prière en l'amour sacré de Dieu *. »

Ce fut donc en se rappelant la longue et douloureuse passion subie par ses compatriotes, ce fut en se représentant l'Italie, autrefois la souveraine des nations, prosternée comme une esclave aux pieds de maîtres étrangers dont elle devait enfin briser le joug à la voix et sous l'égide du pontificat romain, que l'auteur de la Ligue lombarde écrivit son livre, tantôt avec un légitime orgueil, tantôt avec une généreuse indignation. Il en achevait les dernières pages, lorsque le cri de ralliement : Fuori i barbari! résonna pour les Italiens de notre temps, comme il avait jadis résonné pour leurs pères, à l'époque d'Alexandre III, de Grégoire IX et d'Innocent IV. Aussi, sous le coup des événements qui donnaient à son ouvrage une si grande opportunité, le religieux du Mont-Cassin le termina-t-il par ces lignes éloquentes que les circonstances actuelles pourraient nous faire croire écrites d'hier :

« Je traçais pour des Italiens le récit des gloires italiennes, quand l'Italie tout entière s'est levée pour s'élancer où rappellent les cieux. apaisés. Libre des entraves que lui ont imposées depuis un demi-siècle ceux, qui vivaient dans le passé, elle s'est ébranlée et le fracas

* D. Luigi Tosti, Sloria délia U-ya lombarda.

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chcmenls intimes, plus île relations littéraires. Une nuit complète nous enveloppait, et dans la république des lettres, nous étions comme des lépreux, sous la loi judaïque, tout à fait séquestrés du monde. Aujourd'hui que le souffle de la liberté commence à vivifier le cœui des Italiens, nous autres, pauvres moines, nous sommes seuls placés sous le coup terrible d'une crainte, celle de la suppression. Mais dans cette pénible épreuve qui nous remplit de douleur el d'alarmes, j'espère qu'aven la protection du ciel, nous resterons toujours les digne* enfants de la famille bénédictine : j'entends par là de» ouvriers laborieux, infatigables dans la culture dt champ de la science et des vertus chrétiennes, mais de plus, les amis dévoués de tous les esprits généreu? qui, de prés ou de loin, marchent vers le même bui que nous, pour le plus grand bien de leurs semblables et la plus grande gloire de Dieu.

« En vous adressant une note sur la situation actuelle de l'ordre bénédictin en Italie, je crains que vous m vous écriiez avec moi : ce n'est plus que l'ombre d'ur grand nom, mayninomims timbra! Et pourtant, lorsque j'écoute la voix de mon cœur, lorsque je lève surtou les regards vers le ciel, je me sens une foi profonde invincible, dans la résurrection de l'ordre auquel j'ap partions. La suppression est parfois un remède violen qui rend la vie à une congrégation religieuse, et le membres viciés qu'on retranche à ce corps alangui e souffrant, le font renaître plus tard avec une nouvelle vigueur. Croyez-moi, cher monsieur, les institution; monastiques ont été plantées au cœur même de l'Églisi et sous l'influence de la foi la plus ardente dans le sublimes vérités qu'elle enseigne. Elles cesseront seule

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ment d'exister quand aussi cessera de batlre le cœur de celle qui est bien nommée Y Aima parens des fidèles, oui, notre mère bienfaisante à tous. Voyez ce qui est arrivé en Angleterre, en France, où tour à tour les réformes de Henri VIII et la Révolution de 89 ont coupé les rameaux de notre ordre, et même en ont voulu abattre le tronc séculaire. Nonobstant, ces rameau* ont reverdi, ce tronc s'est relevé. Qui donc les a fait ainsi renaître? Est-ce la main des papes? est-ce la main des princes? Nullement. Le monachisme est né de Dieu, et c'est Dieu seul qui lui peut rendre la vie. Donc, j'ai l'espoir que si nous sommes coupés, retranchés de l'arbre bénédictin, nous aussi, nous renaîtrons un jour. Comme instruments propres à nous assurer cette immortalité terrestre réservée aux corporations religieuses qu'elle protège, la Providence emploiera le bon vouloir et l'intelligence des hommes qui, dans un temps si peu favorable aux choses monastiques, ont le courage de se vouer à la défense de notre cause. »

Les craintes exprimées dans cette lettre terminée par une invocation si touchante, ne tardèrent pas à se réaliser. Un mois après, c'est-à-dire le 17 février 1861 , les arrêtés portant la signature de MM. Pepoli et Valerio supprimaient les communautés religieuses dans l'Ombrie et dans les Marches récemment prises au saint-siége, et en même temps on enlevait aux moines du Mont-Cassin la modique rente annuelle qu'on leur avait allouée en dédommagement de la perte de leurs riches domaines. Ce fut alors que devant ces mesures non moins injustes que violentes, le P. Tosli crut devoir faire entendre une énergique réclamation. Au nom de son abbaye et des autres monastères se rattachant à la congrégation

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du Mont-Cassin, au nom de cet ordre bénédictin qui partout réveille de si beaux souvenirs, il venait, poui ses frères et pour lui-même, demander au parlemeni national le droit de travailler et de mourir sous let cloitres où reposaient les os de leurs prédécesseurs1. Ià ton qu'il prend, dès le début, en sadressant aux repré sentants de cette Italie à la régénération de laquelh il a donné sa part de dévouement et de sacrifices, rappelle le langage élevé, convaincu, habituel à Tautcui de la Ligue lombarde. Après avoir établi d'abord que lt joug le plus difficile à secouer est pour les assem blées politiques celui que leur impose la lyrannû des révolutions, il ajoute que si ces révolutions on le pouvoir de lever la pierre du sépulcre où repose loui un peuple, et de s'écrier : « Levez-vous, ô vous qu dormez! » elles doivent s'arrêter et rentrer dans le si lence une fois que ceux qui dormaient sont debout Malheureusement il n'en est pas ainsi. Les tourmente! sociales, moins intelligentes que Forage, ne savent poin tourner au profit de la terre. Elles prétendent s'altri huer et conduire à leur gré ce grand prodige de k résurrection morale des peuples, qu'à Dieu seul i appartient d'accomplir et de diriger selon ses vues im muables.

Quant au rôle particulier des enfants de saint Bc noil au milieu de ces violentes évolutions de l'espri humain, voici comment le P. Tosti le conçoit et Tes plique. Les moines bénédictins ne vivent pas dan le monde, mais ils vivent dans l'humanité, et si pou eux c'est un devoir d'ignorer ce qui se passe parm

* S. Reufdello ni Parlamento nationale, per D. Ltiigi Tosti. — Ns poli, 1801.

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les hommes, ce serait à leurs yeux la faute la plus grave de ne pas connaître la inarche providentielle des événements qui s'accomplissent sur la terre. Us considèrent l'humanité comme une voyageuse toujours en mouvement; pour arriver à la complète unité qui est son but final, elle a besoin d'être éclairée par les rayons d'un phare, et ce phare, c'est la croix qui a sauvé le monde. A la clarté qu'elle projclte, les religieux distinguent et sentent bien des choses que ne sentent pas, que ne distinguent pas les hommes vivant dans le siècle. Faut-il donc s'étonner si alors qu'un peuple se réveille et se met en marche, les solitaires qui, du haut de la montagne, avaient les premiers entrevu l'aube de sa délivrance, sont aussi les premiers à entonner l'hymne d'actions de grûcc qui célèbre la résurrection de l'Italie. Aussi pensent-ils avoir le droit de s'adresser au parlement italien appelé non pas à créer un peuple, mais bien à lui donner la conscience de ses devoirs : œuvre q'ui serait impossible à réaliser, si les élus du suffrage populaire n'avaient avec eux Dieu, la justice et la nation.

Si nous rappelons aujourd'hui les principes exposés alors par le moine du Monl-Cassin, c'est que les circonstances présentes leur donnent une actualité trop facile à saisir. En effet, il ne s'agit plus seulement, comme à cette époque, de la suppression partielle d'un certain nombre de communautés, mais bien de la suppression générale de toutes les congrégations religieuses, conformément au projet annoncé dans le discours du roi d'Italie, à l'ouverture de la nouvelle assemblée. 11 convient donc plus que jamais de faire appel, avec le P. Tosti, au sentiment religieux et patriotique qui est au

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fond du caractère italien, et qui peut-être, quand lt: projet de loi sera mis en discussion, vibrera parmi les membres de la future majorité parlementaire. Qui l'exemple de leurs devanciers, ils se représentent et corn prennent la belle image par laquelle le moine qui s'adres sait à eux leur montrait l'Italie, la prédestinée de nations, retrouvant sa vitalité éteinte bien plus dan les immortels souvenirs de son passé que dans de vague et trompeuses aspirations vers l'avenir. Moins que d'au 1res, les représentants de populations si vives, si sym pathiques et possédant à un si haut degré l'intelligeno de leur histoire, pourront oublier les services rendus; leurs ancêtres par saint Benoit et les innombrables gê néralions de ses disciples. « N'est-ce pas saint Benoi qui, selon les paroles du P. Tosti, prit l'Italie encor toute jeune enfant des mains des Barbares? Doucemen bercée par ce moine,* n'a-t-elle pas recueilli sur ses le vies sans cesse entr'ouvertes pour chanter des psaume les premiers éléments de la vieille civilisation latine Adolescente, elle suivit saint Benoit conduisant ses reli gieux pendant le jour aux rudes travaux des champ! Non moins attentive durant les heures nocturnes, cil lecoutait dirigeant le chœur des divines psalmodies qu avec le son des cloches, s'élevaient de l'intérieur d tous les monastères. Voyez ces basiliques, ces cloitn édifiés par les moines bénédictins sur les ruines d( monuments consacrés au paganisme, et vous comprei drez comment l'Italie a pu enfanter plus tard Bramant* Michel-Ange et Raphaël! C'est sous l'habit et par 1er tremise de ces moines qu'elle a exercé son influenc intellectuelle et sociale sur les grandes nations dm tiennes, telles que la France, l'Angleterre et l'Alh

ET LE PARLEMENT ITALIEN 52 î

magne. C'est par eux qu'elle a suscité du sein de ces mêmes nations les plus beaux génies qui ont paru et brillé, d'Alcuin à Descartes, de Bède à Newton, de Raban Maur à Leibnitz. Et après tant de bienfaits rendus, « Vous voudriez, » ajoute le P. Tosti, « vous voudriez loin de' l'Italie expulser saint Benoit ! Ah ! vous ne pourrez arriver jusqu'à lui, car il est né dans le cœur de notre patrie commune, et qui de vous oserait toucher au cœur de celle qui nous donna la vie? Songez plutôt, au moment où se manifeste le besoin de l'union nationale, songez à ce que firent pour vos pères l'Église et un ordre religieux qui, en bénissant, en sanctifiant l'immortelle ligue lombarde, rapprochèrent les Italiens par le double nœud de la concorde et du patriotisme. Où fut alors prononcé le généreux serment de vaincre ou de mourir? Où fut donné et reçu le saint baptême de la foi qui devait' rattacher les citoyens à la patrie? Dans un monastère de saint Benoit. Oui, c'est du cloître de Sainte-Marie de Pontida qu'est sorti ce Caroccio des confédérés lombards qui, pendant sept siècles, a fait retentir le cri bruyant de ses roues, en marchant des plaines de Legnano au champ de bataille de Pu lest ro! »

Après avoir lu ce passage, il est certainement permis de ne point partager toutes les idées émises par le religieux du Monl-Cassin ; mais remarquons-le, à part toute opinion personnelle ou préconçue, le mémoire apologétique de dom Tosti se distingue par une qualité de plus eu plus rare de nos jours, c'est-à-dire par un profond esprit de conviction. Avec l'expression des pensées les plus élevées, on y trouve un tel accent de franchise, on y sent courir un souffle si ardent de vie, d'imagi-

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notion et de sensibilité, qu'il n'est guère possible, selon nous, de réslsler â rentraiiicinent de ces pa^cs éloquentes.

Hésumons maintenant la question traitée dans ce dernier chapitre. En présence des dangers qui menacent l'existence des associations monastiques, un religieux de saint Benoit vient demander pour lui, pour ses frères, de pouvoir prier encore auprès des reliques du fondateur de leur ordre. A l'appui de sa requête, il expose tout ce qu'ont fait en faveur de la société, delà civilisation chrétienne, l'antique abbaye qu'il représente et l'ordre célèbre qui en est sorti. Avec un légitime orgueil, il rappelle la barbarie germanique soumise au joug de la religion, la chaîne des traditions renouée entre les peuples, et le flambeau presque éteint de la science replacé avec honneur sur l'autel. Puis, les saintes Écrilures transcrites et commentées, la théologie, la philosophie et le droit ecclésiastique expliquant leurs principes, les chefs-d'œuvre de l'antiquité profane recueillis avec soin , l'histoire s'enrichissant de vieux et de nouveaux documents; plus tard les immenses collections des Pères de l' Eglise et les chroniques nationales publiées par l'imprimerie, et partout ainsi l'huma • nité retrouvant ses titres, l'art ses secrets, comme autrefois la terre sa fécondité, grâce au labeur incessant des moines bénédictins. Montrant ensuite l'union qui existe entre l'Église catholique, l'Italie et Tordre de Saint-Benoit, il fait voir dans cet ordre a la svnthèse

vivante des rapports de cette môme Église avec la société civile. »

Fidèles aux exemples de dévouement laissés par leurs devanciers, les moines actuels du Mont-Cassin ont voulu ranimer dans le cœur de leurs compatriotes les sentiments de concorde et de patriotisme qui devaient les conduire à l'unité nationale, comme l'instinct du pays repoussait les honteuses coalitions des sectes politiques, ils ont formé, à leurs risques et périls, la grande association de l'idée italienne. Cette idée languissait dans l'exil, était frappée de terreur sur le sol même de la patrie, et partout gardait le silence. Ils Tout été chercher en quelque lieu qu'elle se trouvât, et protégés par la neutralité que leur assurait leur habit de moines, ils ont passé sains et saufs à travers le camp des partis, en prenant pour mot d'ordre le Christ et Vllalie ! A cet appel tous les esprits généreux ont répondu. UAthe~ nœutn italien, rédigé par les moines du Mont-Cassin, imprimé par les presses de l'abbaye, fut une sorte d'encyclopédie nationale à laquelle apportèrent le tribut de leur patriotisme des hommes tels que Gioberti, Balbo, Troya, Pellico et Rosmini. C'était sous l'influence des sympathies si vives qu'il ressentait pour les religieux de ce monastère , que Vincent Gioberti, chargé de représenter r Italie dans celte métropole du monachisme occidental, s'écriait plein d'enthousiasme : « Admirable abbaye du Mont-Cassin, berceau et siège perpétuel de l'institut de Saint-Benoit, port de refuge pour tous les naufragés des temps barbares, grave et paisible demeure, qui jouis de si haut des perspectives du beau pays qui t'environne, puisses-tu toujours, par ton exemple , inviter les hommes a mettre en action la

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concorde tant 'souhaitée entre la terre et le ciel1!* « Quoique les bénédictins, » dit le P. Tosti, « aienl préparé le banquet où l'Italie entière est maintenait appelée, nous ne savons si, à notre tour, nous serons conviés à ce festin pascal, religieuse et fraternelle agjpe d'une patrie à laquelle nous sommes si dévoués. Et pourtant nous savons qu'avec elle et pour elle nous avons longtemps souffert; mais nous savons aussi que s'il vous arrivait de nous rejeter, de nous bannir, vous seriez impuissants à rompre l'alliance de saint Benoit el de l'Italie. Personnifié dans ses fils, saint Benoit est assis à vos cùtés et vous demande le pain de sa fatigue. Les rigueurs de vos lois pourront le contrister, éprouver sa vertu, mais étouffer son amour, jamais! Ses moines pourront également quitter la terre natale, leur saint fondaleur restera parmi vous. Mais non, il n'en sera pas ainsi. Là, où les hommes de toutes classes, le soldat, le travailleur, le négociant sont admis à votre nouveau droit de cité, il n'est pas possible que seul riiommc de la prière, c esl-à-dire le moine, soit traité comme un étranger dans le pays du catholicisme. »

Pour Thoiineur de celte môme Italie et dans l'intérêt des lettres, nous formons le vœu bien sincère que le nouveau parlement italien, quand il aura bientôt à délibérer sur l'importante question des communautés religieuses, persévère, au moins par rapport au Monl-Cassin et aux abbayes bénédictines, dans les dispositions favorables que la précédente assemblée avait montrées pour l'ordre de Saint-Benoit. Nous rappellerons que d'accord avec ces dispositions le ministre de grûce et de justice, lit

1 Dol Primalo morale cl civile degli ilaliaui. — Inirod. — Bruxelles,

alors entendre des paroles rassurantes pour le présent, et il faut ajouter, à la louange des représentants, qu'ils accueillirent avec une sympathie bien marquée la déclaration de M. Cassinis promettant que la communauté du Monl-Cassin serait conservée l. Il est vrai que plusieurs fois depuis cette époque, l'abolition complète des ordres monastiques, la sécularisation et la réunion des biens ecclésiastiques au domaine de l'État et d'autres mesures extrêmes furent proposées au parlement; mais on sait que la majorité les rejela par un ordre du jour se motivant sur leur inopportunité. Que décidera rassemblée actuelle dans cette question qui lui sera présentée de nouveau par le gouvernement de Victor-Emmanuel? Suivra-t-elle l'exemple des précédentes législatures, ou bien sanctionnera- 1elle par son vote une mesure peut-être encore plus fiscale que politique, et qui n'aurait pas seulement pour résultat de supprimer une des plus anciennes institutions de l'Église, mais de confisquer au profit de l'État cl des communes les biens meubles et immeubles appartenant aux ordres religieux s? Au milieu des doutes et des alarmes que soulèvent ces questions, on voit que les perspectives de l'avenir sont fort inquiétantes pour

1 De son côté, quelques mois avant sa mort, le comte de Cavour, en réponse à une note relative à la conservation de celte abbaye, et qui lui avait été remise par un savant français voyageant alors en Italie, avait montré les internions les plus bienveillantes.

* Les points principaux du projet de loi sur la suppression des associations religieuses, présenté récemment au parlement italien en même temps que l'exposé financier du royaume, sont les suivants : Les biens supprimés seront convertis en rentes 5 pour 100. Une partie de ces rentes rc\icndraaux communes sur le territoire desquelles existent des institutions monastiques dévouées a l'instruction publique ou au soin des malades. Les dimes ecclésiastiques sont abolies. La pension annuelle pour les ordres mendiants est réduite à 2-40 francs par personne.

les bénédictins et les autres membres des associations monastiques, surtout quand ils se rappellent qu'outre les décrets particuliers qui les ont atteints déjà, la loi du 29 mai 1855 a supprimé leurs maisons dans toutes les parties de l'ex-royaumc de Sardaigne.

Et cependant, comme chef d'ordre, l'abbaye du Monl- Cassin est encore le centre d'une congrégation qui compte un assez grand nombre de monastères dans lu Péninsule et dans la Sicile. Divisée en six provinces, celte congrégation y possédait, avant la suppression dont il vient d'être parlé, vingt-sept abbayes renfermant, pour la plupart, un personnel moyen de quinze à vingt religieux. Comme plusieurs de ces communautés, en raison de la difficulté des temps ou des prescriptions de la loi, n'ont pu reprendre des novices, le nombre des moines s'y est trouvé singulièrement réduit. Aussi, dans l'intérêt même de l'ordre, s'il lui est permis de vivre, serait-il pcut-êlre nécessaire de concentrer dans quelques communautés principales tout ce personnel de religieux disséminés et perdus au milieu d'abbayes solitaires où ils errent tristement comme des ombres attachées à des ruines. Pour y ranimer la vie en y ranimant la discipline, les supérieurs font, il est vrai, de louables efforts : dans ce but un chapitre général de l'ordre a encore été réuni en 1858 au monastère de Saint- Pierre de Pérouse. Quand déjà de graves symptômes annonçaient la prochaine explosion de la guerre de l'indépendance, n'est-il pas curieux et touchant de voir une assemblée de moines discuter en conseil des questions relatives au silence et à la pauvreté volontaire '? En parcourant dans les Actes de ce chapitre la longue

1 Voir pièces justificatives H.

série des dignitaires chargés de gouverner cette milice monastique comptant aujourd'hui si peu de religieux dans ses rangs, il semble en oulre qu'on ait sous les yeux les cadres d'une armée affaiblie par les plus rudes épreuves et réduite à un petit nombre de soldats. Quel que soit le sort qui les attende, les moines du Mont-Cassin, loin de s'endormir dans la torpeur de la crainte, redoublent d'activité afin de prouver qu'ils n'ont pas dégénéré de leurs prédécesseurs, et que par conséquent ils peuvent être encore utiles h la science aussi bien qu'à la religion. Toujours infatigable, dom Tosti a fait paraître après une Histoire de la comtesse Mathilde, un nouvel ouvrage intitulé Prolégomènes de Vhisloire universelle de l'Église f, tableau où l'auteur esquisse à grands traits l'origine et le développement des institutions ecclésiastiques, en montrant la salutaire influence qu'elles exercèrent sur le génie et les progrès de la civilisation chrétienne. De son côté, l'ex-préfet des archives de l'abbaye, le P. Kalefati, se préparait à publier le Codex diplomaticus byzantinus, ou recueil de toutes les chartes en langue grecque pouvant éclairer l'histoire de la domination byzantine dans l'Italie méridionale. Une mort prématurée est venue récemment enlever ce savant religieux à l'ordre bénédictin qu'il honorait par ses travaux ; mais il faut espérer que, malgré cette perte regrettable, une main amie ne tardera pas à mettre au jour un ouvrage précieux à tous égards pour la science historique. Par ce recueil, il sera intéressant de voir avec quelle force persistante l'influence grecque,

1 la coittessa M a tilde; Fireme, 1S59. — Prolegomeni alla Storia univer sale délia Chiesa; Firenze, 1801.

554 L'OKDttE DE SAINT-BENOIT

établie dans ces contrées avec les premières colonies helléniques, se maintint contre les Gotlis, les Lombards bénévenlins et les empereurs d'Allemagne, pour succomber enfin sous l'épée conquérante des chevaliers normands. Comme les archives du Mont-Cassin renferment, en outre, une foule de documents inédits sur les relations littéraires que celte communauté entretient avec toute l'Europe savante, d'autres publications qui se préparent viendront à la suite, et par la valeur des pièces dont elles se composent, elles feront honneur, nous en sommes persuadé, aux religieux qui en auront enrichi le domaine de la critique et de la philologie. Dans Tune de ces compositions empreintes d'une poésie loute mystique, que le P. Tosli lança en 1848, nous nous rappelons avoir été frappé par l'image d'un cavalier chevauchant sur une route pavée du dos et de la tète de mille peuples qui se courbaient sous lui, les mains liées aux reins. Et quand le choc sourd produit par le pied de l'animal avait cessé de retentir sur ces tètes, elles relevaient, semblables à des épis qui ondulent au vont, leur face remplie de larmes, en s'écrianl : a Notre Père, qui es aux cieux, tous pécheurs que nous sommes, reconnais-nous pour l'œuvre de tes mains. Faim, soif, douleur et mort, nous supporterons tout ce que tu voudras, Seigneur, tout, excepté l'ongle, l'ongle cruel de cet animal qui danse et bondit sur nos tètes. » Dans une autre pièce, contrastant par la grâce et la fraîcheur des images avec cette sombre et terrible apparition, le même auteur nous représente l'Humanité se tenant debout devant un archange qui lui dit : « Femme, que sens-tu dans ton cœur? que sens-tu dans ta raison? » « Messager de Dieu, lui répond-elle, je sens dans mon

ET LE PARLEMENT ITALIEN. 53,"i

cœur la flamme qui s'appelle amour, et dans ma raison, le flambeau qui s'appelle vérité. » — « Que l'amour et la vérité soient donc avec toi, » reprend l'archange, « que l'amour soit le pain qui te rassasie, l'eau qui le désaltère, et que la vérité, marchant devant toi comme une lampe dans les ténèbres, enseigne à ta jeune pensée à voler toujours plus haut jusqu'à ce que tu arrives, palpitante de joie, au terme où Ton ne vole plus au delà. »

Comme depuis l'époque où étaient écrites ces deux inspirations si étranges, de grands événements se sont produits, que d'autres peut-être sont à la veille de se produire encore, n'est-il pas permis de dire qu'elles étaient alors, aussi bien qu'à l'heure présente, une sorte de vision apocalyptique des futures destinées de l'Italie? Elle ne sent plus aujourd'hui passer sur ses reins ployés ce cavalier et cet animal qui la foulaient si durement, puisque, avec le secours et l'épée de la France, elle a brisé le frein de la domination étrangère. Mais si elle veut parvenir sûrement au but qui lui reste à atteindre, elle doit rejeter l'injustice et la violence, et selon la parole de l'esprit céleste, prendre pour guides l'amour et la vérité. L'amour lui dira de garder près d'elles des enfants qui l'aiment, et la vérité, de ne pas oublier les services anciens et nouveaux de religieux qui furent toujours ses organes les plus sincères et les plus fervents.

Puisse cette voix être écoutée du parlement italien, et le porter à n'être pas moins juste que les gouvernements établis au delà des Alpes par la République française, qui épargnèrent du moins les abbayes bénédictines avec les précieux dépôts qu'elles renfermaient I

SiîO L'ORDRE DE SAINT-BENOIT

Puisse-t-il, après les actes à jamais regrettables qui onl compromis le jeune drapeau de l'indépendance italienne, puisse-t-il ne pas sanctionner une nouvelle spoliation, ne pas proscrire toutes les associations religieuses sans exception aucune, ni confisquer en masse des maisons, des églises, des domaines dont la possession est fondée sur des droits et des titres plusieurs fois séculaires! Ce vœu, inspiré par un sentiment d'équité, et que l'apaise ment des partis laissera peut-être entendre, nous le formons dans l'intérêt mutuel de l'Église et de l'Italie, au nom de la religion et de la liberté, filles immortelles de Dieu, qui, comme deux sœurs, doivent se rapproche] au lieu de se combattre. Nous le formons aussi dan: l'intérêt particulier de ce grand ordre bénédictin au quel, en écrivant ces pages, nous avons tenté, selon li mesure de nos forces, de donner une preuve de na vives sympathies, et de notre sincère dévouement.

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