EXTENSION PROGRESSIVE DE L'ORDRE MONASTIQUE
Opposition que soulève en Orient le succès de l'institut monastique.— Violentes persécutions contre les moines. — Saint Jean Ghrysostôui se constitue leur défenseur. — Beau dévouement des solitaires fo> sins d'Antioche à la suite de li révolte des habitants de cette Tille, — En Occident, s ûnt Aiiibroisc combat aussi les accusations diri^ei contre la vie religieuse. — Apostolat de saint Tatricc en Irlande et de saint Séverin en Germanie. — - Le monacbisuic dans les province» 'Espagne, d'Afrique et de Gaule. — La population des monastère! accrue par les calamités résultant de l'invasion barbare. — Abus qui vicient le corps monastique en Occident et appellent uae prtmptc réforme.
Quand une institution religieuse, qui combat lof instincts et les passions de l'homme en même temps que les préjugés ou les mœurs dissolues delà société contemporaine, parvient, malgré ces obstacles, à prendre un développement rapide, elle doit nécessairement soulever contre elle un violent antagonisme. Son succès même provoque l'envie, excite les préventions et contribue à rendre d'autant plus vive l'opposition de ses adversaires. C'est ce que nous voyons se produire défi la première période de rétablissement du monachisme. Bien avant que l'apparition dos premiers moines à Romi
f soulevât les démonstrations hostiles de la multi- • . à*
Iode, des actes semblables, suivis bientôt de crueHeâfT
persécutions, avaient été dirigés, en Orient, contre tout ce qui se rattachait à l'institut monastique. P.our attaquer ce nouvel ordre de choses, si contraire à leurs principes, à leurs intérêts ou à leurs vices, païens et viens, philosophes et rhéteurs, avaient formé une sorte de coalition générale. Bien plus, parmi les chrétiens eu-mêmes, la classe déjà nombreuse des esprits tièdes eu relâchés s'effrayaient des rigueurs de l'ascétisme et les blâmaient comme un excès dans lequel ils voyaient la censure indirecte d'une vie molle et sensuelle. Au dire de Libanius, il y eut un de ces chrétiens qui, comme il arrive parfois, devenu violent à force de modération, s'emporta jusqu'à s'écrier, en parlant des abus de l'austérité monastique : « Un tel genre de vie serait capable'de me faire renoncer à la foi et offrir des sacrifices aux idoles. » Bientôt l'esprit d'hostilité contre les moines en vint à un tel point, que leurs ennemis se faisaient gloire publiquement de les avoir arrachés de leurs retraites, accablés d'injures et de coups, ou dénoncés aux vengeances de l'autorité civile. En effet, pour complaire aux empereurs alors livrés à l'hérésie arienne, les juges et les agents du pouvoir sévissaient cruellement contre les monastères. Plus d'une fois, sous le régne de Valens, des établissements cénobitiques, notamment ceux deNitrie, avaient été ensanglantés par le massacre de leurs paisibles habitants.
Au milieu de ces épreuves, les moines trouvèrent un Éloquent défenseur dans saint Jean Chrysostôme. Né à Antioche, cette ville savante et voluptueuse, non loin de laquelle s'étaient fondés depuis quelque temps un
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grand nombre d'ermitages et de communautés monastiques, Chrysostùme, de bonne heure fatigué du monde, s'était senti attiré vers la vie solitaire. Il n'avait encore été ordonné que lecteur dans l'église d'Antioche, lorsque, trouvant le séjour de celte ville tumultueuse dan* gereux pour sa jeunesse et sa piété, il résolut de s'ensevelir dans une profonde retraite. 11 était sur le point d'exécuter ce dessein formé de concert avec l'un de ses amis ; mais il fut d'abord retenu par la douleur de sa mère qui, restée veuve depuis longtemps, avait placé en lui son bonheur et son soutien. A l'exemple de Grégoire de Nazianzc, Chrysostùme nous a lui-même raconté ce petit drame domestique. Son récit, où se dévoilent la sensibilité du fils et la tendre sollicitude de sa mère, atteste quels coml>ats se livraient, dans lame des Mêles de ces premiers âges, les sentiments duxœur aux prises avec les exigences de la religion. Qu'il est touchant, lo grand orateur chrétien, lorsqu'il nous rappelle comment sa mère, en apprenant sa résolution daller vivre dans la solitude, le prit par la main, et, l'ayant fait asseoir auprès d'elle sur le même lit où elle lui avait donné naissance, se mil d'abord à pleurer silencieusement, puis lui adressa des paroles encore plus tristes que ses larmes! Après lui avoir représenté les soucis, les embarras que peut subir au milieu du monde une femme demeurée veuve à vingt ans : « Mon fils, ajouta-t-elle, ma seule consolation dans toutes ces misères a été de te voir sans cesse el de retrouver dans les traits de ton visage limage fidèle du mari que j'ai perdu. Cette consolation, je l'ai goûtée dès ton enfance, au temps où tu ne savais pas encore bégayer mon nom, à cette aurore de la vie où les enfants donnent les plus grandes joies à
richesses, les honneurs et la puissance terrestre, un moine se rend le plus libre et le plus indépendant des hommes. Son cœur, exempt des préoccupations intéressées qui trop souvent étouffent en nous les affections naturelles, son cœur, dit saint Chrysostôme, est plus porté qu'un autre à chérir et à consoler celui dont il reçut la vie.
Le troisième livre, adressé à un père chrétien, s'étend beaucoup plus, pour cette raison, sur l'excellence de h vie monastique. S'élevant contre cette idée fausse que la rigide observance des prescriptions évangéliques n'appartient, pour ainsi dire, qu'aux moines, il rappelle avec force qu'il n'est nullement' permis aux autres chrétiens de languir dans une coupable négligence de leurs devoirs. Comme il n'ignore pas que sous la plume de l'apologiste, aussi bien que dans la bouche de l'orateur, l'exemple est l'un des arguments qui saisissent davantage, il rapporte l'histoire d'un jeune homme dont la mère avait voulu confier l'éducation à un moine. Aussi exact à suivre, au milieu d'une grande ville, le cours régulier de ses études qu'à remplir ses devoirs sociaux, au dehors il ne laissait rien voir des rudes sacrifices qu'il s'imposait sous la conduite de son précepteur; mais dans l'intérieur de sa maison, il observait scrupuleusement les pratiques les plus rigoureuses de la vie ascétique. « Ne craignez donc pas, ajoutait saint Jean Chrysostôme, d'envoyer vos fils à ces hommes de la montagne; ils les initieront aux mAles vertus de l'Évangile, et vous les rendront purs de toute corruption et d'autant mieux préparés à l'exercice des emplois de la société civile. Ces monastères que vous redoutez tant sont 'asile le plus sûr qui soit ouvert à la chasteté des
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austères et les joies tout intérieures de la vie contemplative, que devait s'appliquer le plus éloquent docteur de l'Église d'Orient. Dans une des circonstances les plus solennelles où il se soit trouvé placé, alors qu'il s'agissait de sauver toute une population menacée de mort, on le vit rendre un éclatant hommage au dévouement dont firent preuve les cénobites des montagnes de la Syrie, et en prendre texte pour opposer leur courageuse intervention au lâche égoîsme qu'avaient alors montré les philosophes de la ville1. C'était au moment de la révolte des habitants d'Antioche qui, s insurgeant au sujet de nouveaux impôts établis par Théodose, avaient renversé les statues de l'empereur, ainsi que celles de son père et de l'impératrice Flacilla. Tandis que l'évêque Flavien se rendait à Constantinople afin d'implorer la clémence impériale en faveur de ses diocésains, Cltrysostôme était demeuré à Antioche, pour maintenir et consoler le peuple. Déjà les ordres sévères du souverain irrité avaient reçu un commencement d'exécution. Les habitants les plus notables de la ville avaient été arrachés à leurs familles, jetés dans les chaînes, et à la porte des prisons, on voyait errer une foule de femmes, avec leurs enfants, demandant à grands cris la délivrance des captifs.
Bientôt un autre spectacle non moins émouvant se présenta. Des montagnes voisines descendit tout à coup cette nombreuse population de moines, dont la vie austère était comme une perpétuelle expiation offerte pour racheter la mollesse et les voluptés d'Antioche. Jusque-là insensibles aux délices de cette cité,
< S. Chrysost. Homil. 17.
à l'attraction exercée par la douceur de son climat, h splendeur de ses monuments, ils ne se décident qu'une seule fois à quitter leurs sauvages retraites pour pénétrer dans, son enceinte, et c'est le jour où une grande calamité publique réclame le secours de leur charité. A peine arrivés, ils se répandent dans les rues et sur les places, assiègent le prétoire et les prisons, demandent instamment qu'on rende les détenus à leurs familles, et consolent partout les affligés. Pour relever les courages, ils n'avaient qu'à paraître, car toute leur personne portait si bien les traces de la mortification, que leur vue seule suffisait à inspirer le détachement de la vie et le mépris de la mort. Après avoir intercédé auprès des juges dans l'intérêt des coupables, en déclarant qu'ils ne se retireraient pas avant d'avoir obtenu le pardon d'un peuple égaré, ils s'offrirent d'aller euxmêmes le solliciter de la générosité de l'empereur : t Nous avons un pieux souverain, dirent-ils ; les fautes des habitants ne sauraient excéder sa clémence, et nous ne souffrirons pas que vous répandiez le sang de ces infortunés, ou nous mourrons avec eux. »
Parmi ces hommes dévoués se trouvait un vieux moine, appelé Macédonius le Critophage. Aussi simple d'esprit que grand par le cœur, il était dénué de toute culture intellectuelle, ne connaissait rien du monde ni des affaires, car il n'avait jamais quitté l'âpre désert de sa montagne, où il passait les jours et les nuits dans la prière ou la contemplation. Ayant rencontré dans la ville deux commissaires de l'empereur, il en prit un parle pan de son manteau, et ordonna à l'un et à l'autre de descendre de cheval. Comme ils s'indignaient d'abord de recevoir un tel ordre d'un chétif vieillard
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couvert de haillons, des gens de leur suite leur apprirent que c'était le moine Macédonius. Aussitôt pleins de respect, et met'ant pied à terre, ils lui demandèrent pardon, en embrassant ses genoux. « Mes amis, leur dit-il, allez reporter ces paroles à l'empereur : Vous êtes notre souverain, mais vous êtes homme, et comme vous, les sujets à qui vous commandez sont des hommes faits à l'image de Dieu. Vous êtes irrité parce qu'on a renversé vos statues qui n'étaient qu'un métal insensible; mais Dieu sera-t-il moins irrité que vous, si vous détruisez ses images qui sont des êtres vivants et raisonnables? Vos statues d'airain sont faciles à relever, et déjà même on les a rétablies à leur place; mais quand vous aurez tué des hommes, pourrez-vous réparer votre faute et rendre un seul cheveu à leur tête? Les ressusciterez-vous enfln, après qu'ils seront morts? » Frappés de l'éloquente apostrophe que leur adressait cet homme simple et rustique, les envoyés de Théodose promirent aussitôt d'en faire l'objet d'un rapport favorable à l'empereur. Quant aux cénobites de la montagne, ils retournèrent à leur solitude, en louant Dieu (ravoir pu sauver la vie à. tant de malheureux, leurs frères selon la charité, et suspendre la cruelle vengeance d'un prince au moment où elle allait éclater dans toute sa violence.
Ainsi que nous l'avons vu déjà, les attaques, dirigées eu Orient contre le monachisme, devaient se renouveler en Occident aussitôt que l'institut apporté à Rome par saint Athanase commença à prendre une certaine extension. Ce que saint Jean Chrysostôme avait fait pour les grandes communautés religieuses de l'Église grecque, saint Ainbroise le fit pour les premiers établis-
sanents monastiques de l'Église latine. Dans ses livres maniés : Des Vierges, il s'attacha particulièrement à défendre la légitimité de la vocation qui, alors, entraînait fers la retraite tant de femmes appartenant au patrickt romain. Ces livres n'étaient que la reproduction des discours prononcés à Milan sur le même sujet, et me un succès si grand, que les mères enfermaient loirs filles, de crainte que , séduites par l'éloquente peinture des avantages de la chasteté, elles ne courussent demander au pieux évéque la consécration virginale. Comme Marcelline, sœur de saint Ambroise, qui vivait dans la retraite à Rome, avait témoigné à son frère le regret de n'avoir pu entendre sa parole, il lui envoya par écrit ses discours, où se trouvent les plus intéressants détails sur la situation particulière des vierges dans l'organisation de la société chrétienne. On y remarque qu'en dehors des pratiques ordinaires de la charité, elles se livraient assidûment au travail des mains pour en appliquer le produit au soulagement des pauvres. A l'église, elles occupaient une place distincte et séparée des autres, et sur les murailles voisines étaient inscrites des sentences tirées de l'Écriture, vivants caractères destinés à leur rappeler sans cesse la nalure et la sainteté de leurs devoirs *. Une partie fort curieuse du troisième livre est celle où saint Ambroise rappelle le discours adressé par le pape Libère à Marcelline, le jour de Noël où elle reçut le voile de ses mains dans la basilique de Saint-Pierre \ Par l'exemple delà sœur de l'évoque de Milan, nous y apprenons, en °«lre, que les vierges, bien que consacrées 5 Dieu, ne
1 S. Ambros c II, III, De Virginit., c. 0 * S.Ambr. c. Il, U\, De Vtrginit., c. i.
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jeunes filles à peine, et encore faut-il presque les enlever. Voilà tout ce que leur donnent les bandelettes tressées dans les cheveux, l'éclat de la pourpre, la pompe f une litière entourée d'un nombreux cortège de serviteurs, les plus grands privilèges, d'immenses revenus, et enfin un terme fixé à l'avance au vœu de chasteté. Qu'ils tournent maintenant ailleurs les regards du corps wssi bien que ceux de l'âme, et ils verront chez nous tout un peuple élevé dans la pudeur, toute une multitude de cœurs innocents formant notre assemblée de vierges. Leur front n'est pas ceint de riches bandelettes, mais couvert d'un voile grossier, ennobli par la chasteté foi le porte. Elles n'ont ni les recherches ni ces délicatesses propres à relever la beauté, puisqu'elles y renoncent pour toujours. Loin d'elles aussi elles rejettent les insignes de la pourpre, le luxe et les délices, pour Be garder à leur usage que le jeûne et les plus dures pénitences. Qu'on n'appelle donc pas virginité ce qu'on doit acheter à force de récompenses, au lieu de l'obtenir par le pur amour de la vertu !. »
Non moins ardent à soutenir l'institution monastique en général qu'à défendre le célibat chez les femmes consacrées à Dieu, lévèquc de Milan vengeait aussi les moines des accusations dirigées contre eux parles poètes fit les rhéteurs païens. Comme ses amis, saint Paulin et saint Jérôme, comme saint Jean Chrysostôme luimême, il trouvait dans l'amour de la solitude les plus heureuses inspirations. C'est ainsi que, se reportant en imagination vers quelques petites iles de la Méditerranée, alors peuplées de pieux cénobites, il disait dans un
1 S. Ambros Epi st. ad imper. Valent.
is&mss le *m :fr:=rfl«t-nit . € Pinsn^e de ces Ile nie Diea i ^ttît-^ sir ji aer rjmim» m cnJber'dt JtfT!*^. tî vr^uit Le .1SÎUJ£ i nftn ma» jrm six cmvp?r*i>*> *~nrc3Dn& » statan. y ?i me **»*-*r* ajîKintfîiL'îf. ±£ lar ji ^«kwÉ mai jiutues m munie? ?'»ar ™i. ji ner qni le* rtmc lia l'iue «rt -*•! urine .«nos ajeiie ■u4iiMH i jem> Hfirmir3Ci»iBs SLj !« jdo» i jciprair et à cm- §er=**r u ion? stursun» rtiadiieaft.**. car tart y perte i •ie* pensées nihxer^ -ft *n mm-xit i entre* an pasMi Siluriennes ni^*^:^.Lff >nat iuttwii ■ i A» l«feqn eiatrat miLeaiefii: sxr > rroye <* jeeweie mec iecW •ie ji stoâmifid- -tt j** ^ai* ie o?s ûes sortnnêes. B r^ucir je m As aivnesv. <eraà«**t appfcradir* dfcjcur as sMafe persjm^i^s ^ui ;e* fcot entendre1. '
Ainsi qu'on en peut juer rar ce qui précède, ni lêle ni l'aut^ntr- du génie ne faisaient ak** dorant m apologistes *!e Institut moustique. Mais quels q fassent ce z>!e et cette autorité il y avait une chose <j a?i*§ait encore plus fortement sur l'opinion et comn niquait aux esprits un entraînement irrésistible : c'êl l'éloquence des faits qui est bien autrement puissai que celle de la parole. Si la rapide extension du moi chisme lui avait suscité des détracteurs et des ennem son succès même devait, par la force de l'exemple,
1 S. Ambrer. Utxamer.. III, 5.
iir>ni vgiDiï ife » cisrme mu lewiuck se Iran- MtHai. m xrmic iionur* m «^ -nrasu Ainsi Twœit Vf >c*ir-- ;nnr^-f Ternie, fir cnir iflls et *Si-4e|f ii- qu. wu- enurass-r-ii: sa» sseirtîivE la tîp reK- ^eîi*^. 3'jihi^utv o* nmiiif- ni "i rau: Juiju«a, niem aiim l^nei*. sanc «il»* *t on fitaram . •"*«t?ai*^ *av lima venir- ni. tuii***» ô* mmnslcns, H •jinn-uuttrtnr i inii«ip*r ^l îramnt i» ctiuiumnjntca i* minime *? ut i?nint!Sv. Al iinmirf ôs z&beses Ira iiiiK" î:-ji*ai-**- ni rvnarnut i nvtnz ??T»r«ro*{râlf Gêtlrairirt- iiar.:*t isa- si»iil 7nr*r-t ja-nt**n* s la Me do mi»Li:-a*î-- u* l^uimau^uni. *»: «mn*- iVriôIle, qri wn&ii v'-ï- irai: i *-^iir p-iil eu tuâfirr. roptSè taog- >rc > ^i JKrr.-ArrL fit iVk :■ »!»* 6t it fimna!' consacrée eu- #usri m -**î2i*j»f si-en. ut ï«asa de Irikrpfe
la :r -.ois-xHnLOi ôl mumtiànsro* an tards des fae £ :h* ':**■:*> » llruairè. * ii:: £ sutna jdnspranple, r w. ihi& *:*>. lit. ;i»dd*-ji: resté* pnrp de toute al \-:.r \t tvii^*?'.. il iïf.îrinf r**iïr*iiçDe répandue pu j-> &:»:&* r. ^-: t *kmt*. comme aifleors. ni les oè *> i. '.-■•* :■* >: :^rv.'.ruti:c. ti ie* «wwves du martyre ï-j*TiyJA ïes fil* *! W Llr» 6e* cids de clins se pràripi t-^eut r»t* tact d'urdrar t-hï 3 enoeinîe des ckitres q»> ks cjmi&cn»utï« k-s r«lu> cc-œàdérables de l'Ocri c^tjI fareril d^:*«?*ic* en noarire par les grandes cHé HKiriaL^tiqiK^ de Oonard. de Banr-:<r eî de Oonfert, qn re&fermattnt chacune p'us de trois mille cénobites. Ol r^r peut eipliqutT un si prodi^km succès que par Tas
1 ÏAf* Kcti 57*»r«<>rra 3^5 t:<Vji»-d^:-^ mif:nzKsX plomnrs fis d J»i**it béotiitctine d ln>«k^Urf. a »j»>J bCbod.. 1 Mr. 155.
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où croissaient et se développaient les hommes appe lés à être an jour les plus lélés propagateurs de fa doctrine chrétienne1. Par là se réalisait le vœu d< saint Paulin, entonnant en l'honneur de Nicétas, soi hôte, ce chant d adieu plein d'un prophétique entho» siasme : « Avant tous les autres, Nicétas fera retentit l'hymne du Christ avec l'éclat de la trompette, et David psalmodié à deux chœurs, retentira d'une extrémité i l'autre des mers... Les plages hypjrboréennes te nomment leur père ; le Scythe s'apaise à tes accents, et infidèle a lui-même, il apprend de toi à dépouiller son humeur farouche \ »
Mais un autre missionnaire, saint Séverin, l'infatigable apùtre du Norique, allait bientôt paraître et convertir par son zèle une partie de la population de cette contrée, tandis qu'il devait défendre l'autre contre la terrible invasion qui désolait alors la Germanie. L'histoire n'a pas révélé, plus que lui-même ne voulut le faire, l'origine mystérieuse de ce personnage dont la vie, écrite par son disciple Êgippius, vient d*ailleun jeter de vives lumières sur cette époque aussi obscure que néfaste des annales germaniques. La pureté de son langage, l'élégance de ses manières, portent à croire qu'il était de race latine et de souche patricienne ; mais ses habitudes austères, jointes aux souvenirs et aux exemples qu'il invoquait le plus souvent, semblent montrer que dès sa jeunesse il avait été initié aux pratiquée du cénobitisme oriental. Toutefois, si, à l'exemple de ces
1 Sulla? ferc barbaromm nationes Qiristo addicta?, nisi aut i rum opéra, aut moi domiciliis monachorum per ipsos earum ap crectis, ut essent veluti planltria unde noTÎ identidem salutarts doctrinsc jnagistri eduerrentur. — Ayud Bail and., 7 Januar., p. 568.
1 S. Paulin. Ctrm. CO.
Ce fut .encore lui qui, après avoir inutilement annoncé aux habitants de Salzbourg el de Passau qu'ils eussent à quitter leurs villes, car elles allaient tomber au pouvoir de l'ennemi, s'occupa de recueillir à l'abri des murs de Laureacum les débris épars de la population romaine. Après une longue résistance où Séverin, qu'on a vu tour à tour cénobite, apôtre et né? gocialeur, avait pris le rôle de chef d'armée, il fallut enfin se résoudre à capituler avec le roi des Rugiens, qui avait entouré la place de forces considérables. L'homme de Dieu se rendit alors au camp du prince barbare, et, lui parlant au nom du Christ, il obtint de lui que les Romains sortiraient librement de la ville, et qu'il leur serait permis d'aller partout en pleine sécurité rebâtir les cités détruites et repeupler les campagnes abandonnées. Sous sa conduite, toute cette population de bannis s'empressa de se rétablir dans les cantonnements voisins du Danube, notamment aux environs du monastère de Faviana. Us y conservèrent quelque temps encore la langue, les mœurs et les institutions romaines, et, grâce à l'énergie d'un simple moine, les derniers défenseurs dune ville du Norique devinrent aussi, dans ce coin reculé de l'empire, les derniers représentants de la civilisation latine.
A la suite de ces événements, deux scènes bien touchantes signalent la fin de la mission à la fois religieuse et sociale de Se ver in. Quand les malheureux colons, qui, de Laureacum, étaient venus chercher un nouveau refuge près de Faviana, virent qu'ils allaient échanger leurs demeures et les douces habitudes du foyer domestique pour des campements qu'ils seraient peutêtre forcés de quitter le lendemain, ils éprouvèrent
en conjure tous deux, en ce moment où je retourne h mon mailre, abstenez-vous désormais du mal et honora votre vie par des actes de justice et de bienfaisance. » Émus et tremblants à cette dernière recommandation du saint qui allait mourir, les deux époux promirent d'observer fidèlement ses conseils. Mais en 482, à peine Séverin avait-il rendu le dernier soupir, que les chefs rugiens violèrent la promesse que pouvait seul faire respecter le prestige de celui qui lavait obtenue. Le monastère de Faviana, cette dernière citadelle de la foi et de la domination romaine en Germanie, fut cruellement saccagé, et les moines, ainsi que le troupeau de fidèles réunis à l'entour, furent dispersés avec violence. Odoacre, devenu roi d'Italie, vengea, il est vrai, ce mépris de la foi jurée, en combattant les Itugiens dont il fit le roi et la reine prisonniers, et en ramenant au delà des Alpes les restes des populations romaines devenues impuissantes à se maintenir sur les bords du Danube. Quelques années seulement s'étaient donc écoulées depuis la mort de Séverin, que sa dernière prédiction et son dernier vœu étaient réalisés. En effet, ses disciples revinrent en Italie, et ses os furent rendus à la terre qui lavait vu naître. Comme les peuples anciens, qui emportaient avec eux les ossements de leurs pères, cette petite colonie d émigrés traversa la Péninsule dans toute son étendue. Autour de ce cortège environnant le char funèbre où était placée la dépouille de Séverin, de nombreuses populations, précédées de leurs pasteurs, s'empressaient d'accourir pour rendre hommage au saint moine dont le passage sur la terre n'avait été qu'un long bienfait. Le corps de Séverin fut porté jusqu'aux environs de Naples et déposé dans la villa de
iSO LXTKNSICN PROGRESSIVE
grâce à sa généreuse assistance, construire le monastère de Scrvitanum1. On peul regarder comme ayant été le coptemporain de Donatus, un autre abbé, nommé Vie* toiien, qui dirigea pendant soixante ans le monastère d'Asana, en Aragon, et, d'après le poôte Fortunat, nourrit du suc de (leurs immortelles les nombreux essaims de moines qu'il avait formés'. Mais il est établi par les actes du concile de Sara gosse que, dès la fin du cinquième siècle, c'est-à-dire avant l'arrivée de Donatus, un certain nombre de communautés religieuses commençaient à tlcurir au delà des Pyrénées. Le même concile, à propos de faits semblant favoriser le priscillianisme, va même jusqu'à réprouver la conduite des ecclésiastiques qui, sous le prétexte de mieux observer les règles de la perfection, mais en réalité par un vain amour-propre, affectent de porter de vils habits, et préfèrent le titre de moines à celui de clercs*.
Peu après, Himmérius, évoque de Tarragone, ayant consulté le pape Siriec sur quelques points de discipline relatifs au célibat cl à l'ordination des moines, le ponti'e lui répondit qu'il fallait retrancher des communautés monastiques et des assemblées des églises les religieux infidèles à leur vœu de chasteté4, et n'admettre aux ordres sacrés que ceux qui auraient l'âge et le mérite prescrits par les canons. Cette* correspondance échangée entre le pape et l'évèque de Tarragone prouve
1 lldef., de Virgin, illitsl., c. 4.
* Plurima pn* patriam monachorum examina fundens,
Floribus zeteruis mriliticaviL apes
* Ac velut observatorom lejris monachum videri voluerit esse magit quam clericuin. — Concil. Cxnar.. c. 12.
4 lias ergo impudicas dctcstahilosque personas a monasteriormn cœtu, etc. — Si rie. Epi st. ad lit miner.
Carthage, un homme en manteau, avec un teint pâle la tète rasée, ce peuple, aussi malheureux qu'infidèl ne pouvait le considérer sans le couvrir d'injures et c malédictions ; et si quelque serviteur de Dieu, venu di monastères d'Egypte, ou des vénérables retraites d'v ermitage, se rendait dans cette ville pour y remplir b pieux devoir, il était poursuivi par des outrage d'odieux éclats de rire et de détestables sifflets1, »
Ce n'était pas seulement au sein d'une multitu* soumise à de grossiers instincts et habituée à chercha un vain spectacle dans tout ce qui pouvait lui paraît] singulier, que ces impressions défavorables cool nuaient de se produire. Elles se manifestaient auss mais sous une autre forme, parmi les classes sup< rieures et lettrées, ainsi que l'attestent les invectives e vers lancées contre les religieux par Rulilius Nuraatii nus. Ce poète, originaire de la Gaule, avait longtemp séjourné à Rome, et lorsqu'en l'année 424, il revint Poitiers, sa ville natale, il écrivit sur son retour u poème dans lequel le vieil esprit païen se trahit pardi attaques satiriques adressées surtout aux juifs et au moines. Au moment où il arrive en vue des iles Goi gona et Capraria, situées près des côtes de Provence il ne peut s'empêcher d'éclater en plaintes amères su la perte d'un ami, qui a fui le monde pour se voue! dans lune de ces iles, à la vie cénobitique. « J'abhorre s'écrie le poète, j'abhorre ces écueils signalés par u récent naufrage. Là s est perdu 1 un de mes chers cor citoyens, descendu vivant dans un tombeau. Naguèr encore, il était des nôtres, lui qui était issu de noble
1 Salvian. de Gubern. Dei, lib. VIII, 4.
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ifeui,qui possédait une noble fortune, et jouissait du bonheur d'un noble mariage. Mais voilà que, poussé par les Furies, il a délaissé les hommes et les dieux, et miatenant, crédule exilé, il se complaît dans une sale retraite, où il croit, le malheureux, se repaître des biens célestes1. » Étrange effet de la divergence des opinions humaines et des conséquences tout opposées auxquelles elle peut conduire des esprits jugeant un même objet an point de vue d'idées et de croyances qui se combattent. Ces mêmes lies qui inspiraient tant d'horreur m poète païen Bulilius, étaient précisément celles que nous venons de voir plus haut, célébrées avec tant d'amour par le pieux évéque de Milan, qui se plaisait à ks considérer comme le séjour de la paix, du bonheur et de la vertu.
Si nous insistons avec quelques détails sur les luttes foe le monachisme dut soutenir à son apparition dans l'empire d'Occident, c'est pour mieux faire ressortir le triomphe qu'il finit par remporter sur tous les obstacles comme sur tous les adversaires. On comptait à peine deux siècles depuis que Paul l'Ermite avait été s'ensevelir au désert, et déjà la grande famille dont il fui le chef s'étendait des confins de la Thébaïde aux plages reculées de l'Irlande, et, pareille à l'arbre merveilleux delà Bible, couvrait le monde romain el le monde barbare de ses innombrables rejetons. Ce développement, tout extraordinaire qu'il soit, ne doit pas cependant nous surprendre, car la force expansive d'une institution sociale est presque toujours en rapport avec la résistance qui lui est opposée. D'ailleurs le monachisme,
1 Buttl 5umai. de Redit., v. 517 et subs.
dans la période qu'on peut appeler son ôgc d'or, ne cessa d'unir ses progrès cl ses triomphes à ceux delà religion chrétienne, puisqu'il en fut tour à tour le précurseur, 1 auxiliaire, l'apôtre, et, au besoin, l'intrépide et généreux martyr. Quand un pieux cénobite quittait sa retraite pour aller répandre dans les contrées les plus sauvages de la Germanie la manne de la prédication évangélique, après de longues journées de marche, il arrivait au milieu de quelques-unes de ces tribus qui, cherchant la liberté dans la vie errante, n'avaient échappé à la servitude, qu'en plaçant entre elles et leurs oppresseurs le désert infranchissable de leurs forêts. Bientôt, l'homme de Dieu, comme ces chantres sacrés qu'on retrouve au berceau des peuples helléniques, se voyait entouré d'une troupe de barbares qui, d'abord mettants et farouches, finissaient toutefois par céder à rentrainement d'une parole pleine de simplicité, d'onction et de grandeur. A leurs yeux le missionnaire du Christ était loin de ressembler au proconsul romain. Ce dernier, représentant d'une politique aussi avide que cruelle, ne leur avait jamais demandé que de For, pour remplir le gouffre du fisc, et du sang, pour en arroser l'arène non moins insatiable des amphithéâtres.
Au lieu de leur apporter la guerre, l'esclavage et, ce qui est pire encore, une effroyable corruption de mœurs, le vieillard désarmé qui venait se, livrer à eux, leur pnrlait, comme à des frères, de paix, d'union, d amour entre les hommes. Il rapprochait ainsi a l'ombre de la croix ces peuplades rebelles que Rome avait pu disperser ou soumettre partiellement à la force de ses armes, mais jamais plier à l'ascendant de son gé-
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pour lui assurer la place la plus honorable dans lea annales de la civilisation moderne. Quoique formera milieu des mêmes circonstances et selon les mêmes principes qu'en Orient, l'institut monastique^ en Occident, prit dès son origine un caractère qui lui fat essentiellement propre, et qu'on doit expliquer par il différence du climat, des mœurs et du génie des populations. Au lieu de s'abimer, sous l'influence d'un* température énervante, dans une pieuse, mais parfois stérile contemplation, les moines occidentaux sentaient le besoin de se rapprocher, pour prier, travailler en commun, et marcher ensemble vers un but pratique* Ainsi,, outre le désir de se sanctifier par l'édification mutuelle, leur association avait pour objet d'échange* des idées, des opinions, des sentiments, et par là de répondre aux nobles et irrésistibles instincts de 11 sociabilité humaine.
Ce qui prouve que, même à leur premier âge, les monastères de la Gaule, par exemple, ne furent pas exclusivement fondés pour une vie toute d'ascétisme et de silence, c'est que les religieux de Lérins et de saint Victor, de Marseille, prirent une part fort active aux discussions philosophiques et théologiques qui agitèrent leur siècle. Loin de s'isoler complètement des hommes, leurs semblables, ils répondaient à leur appel, en partageant leurs préoccupations, leurs craintes, leurs espérances. Sur les graves questions qu'il importait alors de résoudre, leur esprit mûri dans la retraite portait ufi jugement d'autant plus sain que leur opinion était plus désintéressée. Souvent, dans le bruit des flots qui bat* taient contre les hautes murailles de. leur cloître, ils croyaient entendre le cri des dernières douleurs, des
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sépulcre, et où, selon le narrateur, l'infection des ca davres tuant le reste des vivants, la mort, pour aina dire, s'exhalait de la mort1. Et saint Augustin, vivan alors dans son église d'Hippone, comme dans le plu rigide des monastères, avec quelle profonde douleur n voit-il pas du haut des remparts de la ville le camp d ces Vandales qui, non contents d'avoir dévasté la Gaul et l'Espagne, voulaient changer la province d'Afrique a désert? Ce noble cœur, qui avait lutté avec tant d'éner gie contre ses propres passions et les erreurs de son sié cle, fléchit devant l'inexorable arrêt de la Providéno vengeant sur les fils des Romains dégénérés les vices e les crimes de leurs pères. Résigné à mourir, il n'a voulut pas moins relever le courage des habitants acet blés par tant de désastres. Après avoir écrit aux évoque des diocèses envahis une lettre admirable de prudeno et de charité, il pria Dieu de le retirer du monde, poai qu'il ne fût pas affligé davantage par la vue des soûl frances de son peuple*. *
A son tour, saint Jérôme, au fond de sa grotte A Bethléem, est arraché à ses travaux et à ses austérité par le retentissement terrible des invasions qui vieil nent d'ébranler l'Italie. En apprenant le siège de Rome prise tour à tour par Alaric et Genséric, son âme s'al (lige, mais en même temps sa fougueuse imaginatia s'indigne et s'exalte. Sous le cilice du pénitent non sentons frémir encore la fibre orgueilleuse du palricie qui s'étonne que Dieu châtie si durement la noble sou veraine du monde1. Mais l'expiation dont le plan divi)
1 Salvian. de Gubern. Dei. lib. VI.
* Possid. Vit. Atigutt., c. 28, 30. — S. August. Epiêt. ttS. - Viol. Vilensis. Uigt. Vers. Y and al.
* S. Ilicronym. Epist. ad Principiam
DE L'OTtDItE MONASTIQUE. «g
devait bientôt se dévoiler aux yeux du saint docteur, n'était pas encore suffisante. Quelques années plus lard, Borne était prise de nouveau par Odoacrc, chef des Hernies. Après avoir détrujj; le vain fantôme qu'on appelât encore l'empire, il essayait de fonder cette puiswwe éphémère qui se nomma le royaume d'Italie, et dont les populations divisées de la Péninsule ont pourrnn durant tant de siècles l'organisation réputée impossible jusqu'à nos jours. Quoi qu'il en soit, plus généreux que les autres chefs barbares, et se rappelant sans doute la prédiction qu'un vieux moine lui avait faite, il épargna l'ancienne capitale des nations, en lui hissant ses monuments, ses lois et ses institutions munripales. Or, quel était ce vieux moine dont le souvenir vénéré désarmait ainsi la colère du fier vainqueur de Rome? Celait ce même Séverin dont nous avons rappelé plus haut la mission en Germanie, et qui dans son monastère, près de Vienne, était visité par une foule de barbares venant saluer en lui un prophète envoyé de Dieu.
Un jour, dit son biographe, qu'une troupe de jeunes guerriers recrutés pour la garde prétorienne, se pressait à la porte de sa demeure, afin de recevoir la bénédiction du solitaire, l'un deux, remarquable par sa bute stature, baissa la tète au moment de franchir le seuil, a Va, jeune homme, lui dit Séverin, tu n'es vêtu aujourd'hui que de misérables peaux ; mais le temps approche où ton élévation te permettra de faire d'immenses largesses. » Ce futur conquérant, à la hauter Nature, et au grossier sayon de peau, n'était aulrc qu'Odoacre, et plus lard, à l'heure enivrante du triomphe, il n'oublia point la prophétie du saint moine
qui avait béni sa jeunesse. Par un sentiment de juste reconnaissance, il voulut même lui offrir de satisfaire à tout ce qu'il pouvait désirer, mettant ainsi à sa disposition la toute-puissance dont il était revêtu. Mais Sèverin, qui n'avait rien à demander pour lui-même, se contenta, en le remerciant de son bon vouloir, de réclamer la délivrance de quelques pauvres prisonniers1. Si le monachisme, à son premier Age, accomplit cette œuvre éminemment réparatrice au milieu d une société tombant en dissolution, il en fut redevable à ce puissant souffle île vie que le christianisme communiquait à toutes les institutions créées et fécondées par son génie. Dans le principe, la plupart des moines, étrangers aux ordres sacrés, étaient de simples laïques, ne se distinguant du reste des fidèles que par la pratique de certains devoirs auxquels ils se soumettaient volontaire» ment pour arriver à une plus haute perfection. Bientét l'exemple de leurs vertus, et plus encore les services qu'ils rendirent à leurs semblables, leur attirèrent l'admiration et la reconnaissance. La foule, qui d'abord la avait traités avec mépris, s'accoutuma à voir en eux une véritable caste religieuse, appelée à remplir les fondions d'un sacerdoce tout moral. Du jour où l'influence des moines devint en Occident ce qu'elle était en Orient, leur nombre s'y accrut avec une rapidité non moins prodigieuse.. D'ailleurs, les mômes causes devan produire partout des effets à peu près semblables, ces à l'état de trouble profond qui remuait la société cott temporaine qu'il faut principalement attribuer le pro
• Vu. Script, rer. Austr., 1. 1. p. 91. — Flansiu, Germ. $ae/-.t 1,68 — Ytia $. Severin. ap. Rolland. Acl. SS., 8 januar.
grés de l'institut monastique dans les provinces occidentales de l'empire romain.
Quand l'époque où des hommes sont destinés à vivre «I parfaitement calme, que les lois, les institutions et les mœurs présentent cet harmonieux équilibre qui permet à tous d'y développer librement leurs facultés, alors chacun, choisissant sa route, peut suivre la voie régulière et normale qui doit le conduire au but fixé pr sa vocation. Mais lorsqu'une société, minée depuis longtemps par la corruption, est en proie à tous les Beaux qu'amènent à leur suite, la guerre, l'invasion eilérieure et la dépopulation des villes et des campagnes; lorsque de malheureux habitants, à peine échappés aux maux de la veille, tremblants devant les menaces du lendemain, ne voient plus autour d'eux que les funèbres vestiges laissés par le meurtre et l'incendie, comment, on se le demande, pourraient-ils se préoccuper ici-bas d'un avenir qui pour eux a perdu sa dernière espérance? Sentant la terre manquer sous leurs pas, ils relèvent la tête vers le ciel, puisque là seulement ils sont certains de trouver un abri pendant la tempête, un port après le naufrage. Par ce motif que les jouissances de ce monde leur échappent, ils aspirent avec ardeur à la possession des choses divines, et pour les mériter, ils se condamnent à des privations souvent mille fois plus dures que celles qu'ils auraient à subir en demeurant au sein de la société. Mais ces privations sont volontaires, et dans cet holocauste librement consenti, ils goûtent un charme ineffable qui vient en adoucir l'amertume, car ils éprouvent alors quelque chose de la volupté sainte ressentie par le martyr, quand d'un cœur ferme il accepte les tortures et la mort.
En outre, l'histoire des révolutions et l'étude dé L nature humaine nous apprennent que le {pmps de grandes calamités est aussi le temps des grands sacri fiecs. En présence des périls continuels qui le menacent lui, les siens et sa pairie, l'homme se détache volon tiers de ses liens les plus chers. Il apprend à méprise assez la vie pour la donner sans regrets, ou bien, o qui est plus difficile, pour la soumettre à une immola lion de chaque jour. Ce motif, joint aux raisons qu précédent, ne suflit-il pas pour nous expliquer pour quoi au cinquième siècle, c'est-à-dire pendant le plui terrible bouleversement social qui ait jamais remué k monde, tant d'esprits déçus, tant de cœurs désespérés se précipitèrent avec ardeur vers lfasile du mona chisine? Pour beaucoup d'entre eux n'était-ce pa* comme une moi t anticipée aux intérêts et aux affection* terrestres? Si le cloître n'était point encore le port du salut ni le terme du repos final, c'était du moins, selon la doctrine chrétienne, la route la plus sûre qui pût y conduire. Or, en vue de la récompense promise, on s'exposait avec joie aux fatigues et aux souffrances passagères de cet âpre chemin.
Malheureusement, les causes qui avaient amené le développement extraordinaire des communautés monastiques ne contribuèrent pas moins à faire naître le* abus qui bientôt en vicièrent l'institution. Parmi ces abus, il en était deux que les évèques, intéressés à bien régler tout ce qui se rattachait à l'organisation de la société chrétienne, avaient tenté de prévenir et de combattre, nous voulons dire l'excès de la mortification et l'excès du relâchement. Avec la haute sagesse qui les distinguait, les premiers pasteurs de l'Église latine
DE L'OttDïlE MONASTIQ'JE. j-j
avaient compris qu'il ne fallait point laisser les moines occidentaux imiter leurs frères d'Orient dans des actes et des pratiques dont l'expérience avait fait voir le danger ou l'inutilité. Demander aux forces humaines plus pelles ne peuvent donner, c'est les exposer à un affaiblissement certain, puis à une chute déplorable, ïoili pourquoi ceux qui avaient mission de diriger le ffionachisme à sa naissance, voulurent le maintenir ans une juste voie, entre un ascétisme exagéré et une mollesse dangereuse qui pouvaient Tune et l'autre l'entraîner à sa perte. Les précautions des évoques, les conseils des hommes les plus versés dans les habitudes de lt vie monastique, ne purent réagir contre le double abus qui vient d'être signalé. Si l'imagination orientale mit été surprise par le récit des pieuses excentricités de certains moines, l'esprit moins enthousiaste des Occidentaux put être frappé, à son tour, par les prodiges d'austérité dont plusieurs solitaires delà Gaule et de la Germanie donnèrent l'exemple.
L'historien de la barbarie, Grégoire de Tours, nous rapporte les étranges légendes relatives à Hospitius cl à Caluppa qui menaient la vie de reclus en Provence et en Auvergne. 11 s'étend avec non moins de complaisance sur les tortures auxquelles s'était condamné un autre solitaire, nommé saint Sénoch, qui passa plusieurs années enfermé entre quatre murs formant un espace si étroit qu'il lui était impossible d'y faire un mouvement1. Un trait plus remarquable encore de l'ascétisme occidental, en ce qu'il offre une fidèle image des mœurs du temps, nous a été conservé par le même chroni-
• Grégoire de Tours, t. I, p. 231 et 511. — Collect. des Me'm. relat. à ftoif. de France, par Guizot.
queur, au sujet du moine Wulfilaïch qui, dans les en* virons de Trêves, .sembla vouloir rivaliser avec saint Siméon le Stylite. Retiré au sommet d'une montagne, près du lieu où se dressait une statue de Diane qu'il avait engagé les habitants du pays à détruire, il avait élevf une colonne sur laquelle il se tenait, la tète etlesjM* nus, exposé tour à tour, selon la saison, à un froide* cessif et à une température, brûlante. Il se contentait, pour toute nourriture, d'un peu de pain, d'herbe* crues, et d'une pelitequantité d'eau. D'après l'aveu qu'il eu fît à (irégoiiv de Tours auquel il racontait son histoire, pendant l'hiver il souffrait tellement des rigueurs de la gelée, que sa barbe était toujours hérissée de glaçons et que les ongles lui tombèrent des pieds. Satisfait d'avoir converti les peuplades barbares qui étaient accourues auprès de lui, Wulfilaïch se disposait à pour suivre le cours de ses austérités, quand les évoques des pays voisins intervinrent pour y mettre un terme en lui disant -. « La voie que tu as choisie n'est pas la voie droite, et tu ne saurais, dans ton indignité, t'égaler à Siméon d'Antioche qui vécut sur sa colonne. D'ailleurs la situation du lieu ne permet pas de supporter une pareille souffrance : descends donc, et viens plutôt habiter avec les moines, tes frères, que tu as rassemblés près d ici. » Dans la crainte d'être accusé du crime de désobéissance, le solitaire se soumit, et vint, en effet, priei et prendre ses repas avec les autres religieux. Mais un jour qu'on l'avait éloigné de sa demeure, l'évêque diocésain, craignant sans doute» qu'il ne revint ù son ancien genre dévie, envoya des ouvriers avec des haches et des marteaux pour jeter en bas la colonne. Aussi le lendemain,;! son retour, le pauvre stylite voyant tout dé-
Irait, pleurait amèrement sur ces débris épars, et il en baisait tendrement les pierres comme ayant été les compagnes de ses chères austérités1.
Cette légende du moine Wulfilaïch, retrouvée au milieudes lointaines traditions de l'époque barbare, n'estelie pas aussi touchante qu'instructive, et pour nous ne présente-elle pas plus d'un sujet d'observations?D'abord , comme si tous les sentiments du cœur humain, surtout ifâge héroïque des peuples, devaient être exprimés sur lemême ton et faire vibrer les mêmes cordes, dans la douleur de ce solitaire pleurant sur les objets témoins de ses souffrances, ne semble-t-il pas entendre quelque plainte échappée de la Bible, des poèmes d'Homère ou de ces belles tragédies grecques composées d'après les inspirations de l'Iliade et de l'Odyssée? En outre, la scène qui se passe entre les prélats et le rude anachorète ne nous mnntre-t-elle pas encore le commencement de l'antagonisme qui, pendant de longs siècles, allait opposer le clergé monastique à l'autorité de l'épiscopat, antagonisme auquel, dans l'exemple en question, se joignait l'antipathie de race alors si puissante? Le moine Wulfilaïch est, en effet, comme l'indique son nom,. un vrai germain, et, disons-le, un barbare dont le christianisme a exalté plutôt qu'adouci l'énergie un peu sauvage. Quant aux évoques censeurs de sa conduite, ce sont des Gallo-Romains habitués au commandement au.^si bien qu'à l'obéissance, et qui, dans leurs rapports a\ec l'humble religieux, laissent entrevoir et le dédain de l' homme civilisé, et les susceptibilités jalouses du supérieur ecclésiastique.
1 Grégoire de Tours, t. I, p. Ii0 et suiv. — Collect. cit. plus haut.
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Quoi qu'il en soit, si l'autorité épiscopale dul parfois s élever contre les abus de la mortification, elle ait plus souvent l'occasion de blâmer et de chercher à contenir parmi les moines des excès d'une nature toute contraire. Emportés par l'ardeur d'un zèle d'abord aussi fervent que sincère, beaucoup d'entre eux, après s'être soumis aux exigences de la vie pénitente, avaient fini par trouver le joug de la «règle bien dur, et s'en étaient peu à peu écartés. Une fois que le premier pas fut fait sur cette pente rapide et glissante, ils se trouvèrent entraînés malgré eux. Bientôt de chute en chute, ils arrivèrent à devenir un objet de scandale pour ceux qu'ils devaient édifier. Les uns, sortant de leur monastère et se mêlant au mouvement du siècle, ne tardèrent pas à subir l'influence de l'effroyable désordre qui minait alors la société jusque dans ses profondeurs les plus cachées. Pour d'autres, qui n'osaient enfreindre les lois de la clôture monastique, la souillure vint du dehors. La porte du couvent, ouverte d'abord à des infractions légères, donna peu à peu entuée à l'orgueil, à l'avarice et à la luxure, ces trois vices que les chefs du mon* chisme primitif s'étaient surtout proposé de combattre. Si ces premiers symptômes d'un relâchement déplorable n'avaient été signalés que par les philosophes et 1« écrivains païens, il serait permis de suspecter des accusations émanant d'auteurs qui étaient les adversaires déclarés du monachisme. Mais nous trouvons les reproches les plus graves adressés aux moines par le plus illustres représentants de l'épiscopat, notammen par saint Augustin que son zèle pour la propagation d( l'institut monastique ne peut faire soupçonner d'une in juste partialité.
Tandis que dans la province d'Afrique, où Jes moines s'étaient singulièrement multipliés, quelques religieux vivaient du travail de leurs mains, les autres, et c'était le plus grand nombre, passaient leurs jours dans l'oisiveté, eh se fondant sur ce passage de la parabole évangèlique : « Voyez les oiseaux du ciel, ik ne sèment pas ; el les lis des champs, ils ne filent pas. » Contre une telle interprétation du texte sacré, aint Augustin ne manqua point de prolester énergiquement, mettant en opposition le rude labeur soutenu par les évèques et les prêtres, et la pieuse fainéantise où s endormaient les moines mendiants. Dans son livre de Opère monachorum, il stigmatise avec une juste indignation les manœuvres de « ces hypocrites cachés sous h figure de moines, qui, parcourant les provinces où personne ne les a envoyés, errent çà et là sans se fixer mille part, el vendent aux fidèles des reliques de martyrs plus ou moins véritables1.» Par uft autre témoignage, celui de saint Jérôme, qu'on ne peut se lasser d'invoquer, lorsqu'il s'agit de connaître à fond l'histoire ecclésiastique de cette époque, nous apprenons quels étaient les travers, les fautes et les dérèglements alors imputés aux moines. Malgré son caractère enthousiaste qui devait le porter à une certoinc indulgence pour les hommes dont il avait adopté le genre de vie, le solitaire de Bethléem ne craint pas de mettre à nu les plaies intérieures qui affligeaient le monachisrae. « J'ai honte de le dire, s'écrie-t-il dans une de ses lettres à Rusticus, du fond de nos cellules nous condamnons le monde; en nous roulant dans un sac et
1 S. August. de Opère tnonach., c. 28.
sur la cendre, nous portons nos jugements sur les évoques. Que signifie cet orgueil d'un monarque sous la tunique d'un pénitent?... La superbe se glisse promplement jusque dans le sanctuaire de la solitude; parce que cet homme a jeûné quelque peu, il se croit un personnage de poids ; il oublie ce qu'il est, d'où il vient, où il va, et son cœur, comme sa langue, s'égare sans cesse à l'aventure... Il porte la main où sa gourmandise l'attire ; il dort tant qu'il veut, ne respecte personne, croit tous les autres inférieurs à lui, et, feignant la tristesse, livré en apparence à de longs jeûnes, il s'en dédommage la nuit par de furtifs et copieux repas '. »
Cette sévère appréciation, portée par un juge aussi compétent que pouvait l'être le solitaire de Bethléem, nous fait voir quels abus avaient vicié, dès leur origine, les institutions monastiques. Comme beaucoup d'autres institutions humaines, après avoir été aussi utiles que morales dans leur principe, elles s'étaient éloignées du but éminemment social, éminemment religieux, pour lequel elles avaient été fondées. L'effroyable anarchie qui accompagna la chute de l'empire romain dut, vers la fin du cinquième siècle, augmenter encore des désordres signalés, dès le siècle précédent, par les docteurs les plus recommandablcs de l'Église latine. Comment lorsque tout, hommes, choses, idées, principes, gouvernement, tombait en dissolution, comment le monachisme, qui, du reste, n'avait pas encore reçu en Occident sa constitution définitive, aurait-il pu résister à la terrible secousse sous laquelle le monde an-
« S. Hieron. Epist. ad Bustic. — Ibid. ad Eustoch,
tîqne devait alors succomber? A une époque où tous te Kcns sociaux étaient si violemment rompus, il était bien difficile, pour ne pas dire impossible, que les liens de b discipline monastique ne souffrissent point aussi te plus graves atteintes.
En outre, par un contraste assez étrange, c'était au moment même où l'agitation de la société poussait vers h vie religieuse un plus grand nombre d'esprits tourmentés, malheureux ou enthousiastes, que les circontanees extérieures venaient troubler plus profondément h paix des cloitres, et en faire sortir une multitude de moines pour les rejeter dans tous les périls du siècle, On ne voyait partout que des religieux errants ou vivante leur fantaisie dans un ermitage, et qui tantôt remuaient les itiasses par l'étrange liberté de leur parole, tantôt excitaient l'admiration populaire par la pieuse excentricité de leurs actes. Au milieu du désordre universel, ce qui caractérise l'esprit monacal, c'est limpatiencede tout frein, Téloignement de toute règle, et la substitution de la volonté personnelle à toute espèce d'autorité, notamment à celle des évoques. Ainsi, pour résumer les faits qui précèdent, au commencement du sixième siècle, c'est-à-dire avant la grande réforme opérée par saint Benoit, l'institut monastique avait complètement dévié de sa route, malgré les nobles exemples de vertu qui avaient signalé ses premiers pas dans la carrière. Quelque profitable que pût être l'enseignement de l'expérience, quelque sages que fussent les précautions prises pour éviter en Occident les abus où élait tombé le monachisme oriental, les moines y étaient également sortis des bornes qu'on avait voulu leur imposer. Leur état d'insoumission envers les chefs
du clergé séculier, leur mépris pour toute discipline! enfin le relâchement presque général de leurs mœurs avaient fait sentir la nécessité d'une réforme ou plutôt d'une organisation nouvelle qui vint régénérer le corps monastique. Saint Benoit parut, et cette organisation fut créée.