CHAPITRE IV
Importance et source principale de la légende de saint Benoit. — biatef*a de saint Grégoire le Grand sur la rie des saints du sixième siècle. — Naissance et éducation du jeune Benoit. — Il quitte Rome pour se retirer dans la solitude de Subiaco. — Douze monastères dd voisinage se placent sous sa direction. — Sa fuite de Subiaco et son arrivée au mont Cassin, en Campante. — Il y fonde un monastère et T établit sa Règle de la vie monastique. — Rapports de saint Benoit et de Totib, chef des Goths. — Sa dernière entrevue avec sa sœur Scholislique. — Mort de teint Benoit; réflexions sur les faits merveilleux qui l'accompagnent. — Origine des récits légendaires à tous l« âges et chez tous les peuples. — Caractère particulier et influence morale de la légeude chrétienne.
Dans l'immense recueil renfermant les Actes des w/nte, la vie de saint Benoit tient une place 5 part el doit être distinguée des autres récils hagiographiques, tor un privilège dont ses vertus et la haute mission qu'il remplit le rendaient bien digne, le fondateur de l'ordre bénédictin eut pour premier biographe le pape saint Grégoire lé Grand. Moine lui-même, avant d'être élevé au saint-siége, ce pontife, qui avait autrefois pratiqué la règle bénédictine, s'était initié sous l'empire de celle loi aux qualités éminentes qu'il montra dans
le gouvernement de l'Église. Tandis qu'il habitait 1 monastère de Saint-André que lui-même avait fondé Rome, il avait pu recueillir des premiers disciples à saint Benoit les traits principaux de la vie de ceh qu'ils appelaient leur vénérable père1. Comme il éta né quatre ans avant la mort de l'abbé du mont Cassif les récils formant la biographie de ce personnage ni vaient encore subi aucune des altérations si fréquenfa dans ce genre de composition. Ils avaient gardé, au coi traire, ce caractère de poétique simplicité que nou appellerons la fleur première de la légende.
On sait comment cette (leur délicate disparait ou s transforme dans les Vies des saints, qui, selon le soi commun à toutes les traditions orales, s'altèrent néce sairement en passant de bouche en bouche, sans qi la bonne foi du narrateur puisse être mise en douta non plus que celle des auditeurs appelés eux-mêmes reproduire ces récits. Toujours véridique, sinon toi jours véritable à son début, la légende a cela de pari culier que, dans ses premiers développements, elle e donnée et reçue avec une égale sincérité, et par cey qui la racontent et par ceux qui F écoutent. Mais, sen blables aux fleuves qui, en s éloignant de leur souro perdent la pureté primitive de leurs eaux, les trad lions légendaires se dénaturent aussi en traversant ! temps et l'espace. On les voit donc, après avoir frand
1 Les principaux témoins cités par saint Grégoire, et sur les réc desquels il appuie les faits qu'il rapporte, sont : 1* l'abbé Constant! qui. après la mort de saint Benoit., gouverna le monastère du Mon Lassin; 2* Yalentinien, abbé du monastère de Latran, où se réfugiera h* religieux du Mont-Cassin après la ruine de leur maison; 3* Shnp) ci us, troisième abbé de cette même communauté du M ont- Cas? in; 4*sai Honorât, qui, à 1 époque où saint Grégoire composait ses DialofUt dirigeait la communauté établie près de la grotte de Subiaco.
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tous les degrés de la vraisemblance, tomber trop souvent du merveilleux croyable dans le merveilleux impossible. C'est la conséquence abusive à laquelle aboutirent forcément, vers le point culminant du moyen ige, les compilateurs de la Légende dorée, qui, selon te formules à peu près invariables, composèrent sur h vie des saints des récits empreints de l'invagination dallée de l'époque.
Telle n'est point la narration légendaire à ses premières origines. Pleine d'un caractère essentiellement religieux, elle nous charme par sa simplicité, nous émeut par son accent pathétique. Si elle mêle parfois le surnaturel aux tristes réalités de la vie, c'est uniquement pour montrer la Providence intervenant dans les actes humains et se servant des saints comme des instruments les plus propres à maintenir, au milieu d'une profonde anarchie sociale, le triomphe toujours consolant de la douceur sur la violence et de la justice sur l'iniquité. Ne nous étonnons donc pas que, du sein de tant de calamités et de misères, la voix du peuple se soit élevée, avant celle de l'Église, pour déclarer saints les hommes dans lesquels il voyait les généreux défenseurs de toute créature faible ou souffrante. Considérée à ce dernier point de vue, la légende ne fut plus seulement un sujet d'édification pour les fidèles, qui, selon la signification étymologique du mot, devaient en faire la lecture â. Elle devint, aux temps les plus rudes du moyen âge, ce qu'avait été l'épopée profane aux siècles
1 Les légendes. legenda, sont ainsi appelées parce qu'après avoir été ^contées et écrites, elks étaient destinées à être lues pendant les offices consacrés à la célébration de la fête des saints, ou bien durant ft r^pa<, soit dans les communautés, sot à toute autre réunion do Ucki.
héroïques de l'antiquité, c'est-à-dire l'idéal d'un nouvel âge d'or, où les ûmcs simples, aimantes et découragées allaient se retremper volontiers par le spectacle d'un passé quelles supposaient plus beau et surtout meilleur que le présent.
Expression du mouvement intellectuel et des aspirations morales de l'époque, les compositions légendaires offraient, en outre, à leurs auteurs un refuge momentané contre les amertumes et les préoccupations accablantes de la vie pratique. Influence digne de remarque ! par le salutaire rafraîchissement qu'elles apportent à l'esprit, elles avaient soutenu, consolé l'écrivain avant d'aller, de génération en génération, soutenir et consoler à leur tour d'innombrables lecteurs. Elles semblaient, sous ce rapport, avoir la merveilleuse propriété de ces coupes remplies d'un breuvage divin, et que les poèmes Scandinaves nous représentent circulant au banquet des élus, sans que s'épuisent jamais, du premier au dernier des convives, ni la liqueur qu'elles versent, ni la joie qu'elles inspirent. De cette influence exercée par les légendes sur l'hagiographe lui-même, nous trouvons précisément un curieux témoignage dans le récit des circonstances particulières, sous l'empire desquelles saint Grégoire le Grand écrivit ses Dialogues sur la vie des saints les plus célèbres de l'Italie au sixième siècle. Voici comment lui-même raconte l'origine de cet ouvrage qu'il composa vers la quatrième année de son pontificat, à la prière des clercs et des religieux qui vivaient dans sa familiarité.
« In jour que je me sentais, dit-il. accablé du poids insupportable des affaires du siècle, je me retirai en un
W L\ tÊ^EÎ^I*. D^éJClNT BENOIT. 145
Rliw solitaire, afin le pôùvoff ; Réfléchir librement sur '" P^hulceqtt'il y av^jt de*îrèiûp«rdans mes occupations. i jùmmeje me ten&^séitf^aifs'la tristesse et le silence, ^ijanf près rie moi le diacre Pierre, l'âme de ma jeu- .wsect le compagnon de mes études, celui-ci me demanda si j'avais quelque nouveau sujet d'affliction.
■ Ma douleur, rôpondis-je,. est ancienne par l'habitude
■ que j'ai de souffrir,*jnais nouvelle parce qu'elle va
■ croissant tous les jeurs. Portant la blessure de ses
• tourments9 actuels,- mqj- pauvre àmç se rappelle ce i qu'elle était autrefois dans notre ïnonastère, alors
. * qu'elle s'élevait au-dessus de tout ic qui passe
■ pour 's'occuper des biens célestes, et que, se déga- « géant par la contemplation de son enveloppe charnelle, elle désirait la mort si réputée de tous,
,■ comme l'entrée de la vie et la récompense de notre « labeur. Et maintenant que je suis chargé du fardeau « pastoral, il lui faut, devant celte douce image du « repos qu'elle n'a plus, se souiller dans la poussière « des affaires de ce inonde. Or, quand je me suis t ainsi, par devoir, répandu au dehors, je me trouve « plus faible à l'intérieur, et je souffre surtout en me
• rappelant ce que j'ai perdu ; mais à peine m'en sou-
■ vient-il, car lànie humaine, à force de déchoir, en « arrive jusqu'à oublier le bien qu'elle pratiquait au- « trelois. Voilà comment, ballotté sur les flots d'une mer « immense, je suis tout brisé par les coups de la tem- « pète. Et quand je me rappelle ma vie passée, je sou- « pire en regardant le rivage bien loin derrière moi,
' ' rivage où je ne distingue presque plus le port que
• j'ai quitté. Enfin, pour surcroit de douleurs, je nie • k« souviens de la vie de quelques saints personnages
iO
lUi I.V LLliENDE DE SAIST BENOIT.
« qui ont entièrement quifléjc moîidc, et. leur élév-a.v. « tion \np fait mieux ceftinaître encore la profondeur cfc ' « ma chute. » . *
Alors, sur la prière tlu confident de ses regrets, Me pontife lui raconte1 les prodiges de vertu accomplis p»r ces pieux personnages, eu affirmant qu'il ne rapport® que re qu'il a recueilli, soit d'après lui-même, str *l d'après des témoins dune fidélité irréprochable. Ce^* ainsi que s'ouvre la série de ses Dialogues qui se div * * sent en quatre livres \ et dont le sccond/entièremci» * consacré à saint Benoit, va nous fournir les principaux événements de sa vie. ~
En l'an iSO, c'est-àdire quatre années après l^1 chute de l'empire d'Occident, naquit à Nursia, eu Om -~ brie, un enfant que ses parents, Euprohus et xVbun — daulia, appelèrent Benedictus. Ce nom, que nous avons» traduit par celui de Benoit, semblait être comme une consécration religieuse qui appelait à l'avance les bénédictions de Dieu sur la glorieuse entreprise à laquelle cet enfant, devenu homme, devait donner toutes les forces de son esprit et de sa volonté. Deux influences puissantes, celles du sang et de l'éducation, prédestinaient, en outre, le jeune Benoit à une vie toute de sainteté. Is>u d'une famille sénatoriale qu'illustraient ses vertus chrétiennes autant que les hautes charges qu'elle avait remplies % il avait été pieusement élevé
1 Insérés dans W> iruvres compiles de saint (îrégoirc le Grand que I>ulili(»iviit les hénédiolins do Snini-Maur, 1rs Dialogues de ce pontife f iimil traduis et imprimés séparément par Louis Huit eau. Paris, 1089. in-12.
s Que saint Itenoit fût, oommele préleiuk-nl quelques-uns de ses biographes, le dernier représentant de l'illustre famille de» An ici us; que son père ait été comte de Nursid, et qu'enfin les ruine* du palais de ses
quartier silué au delà du Tibre *, et s'arrêta d'abord aA bouter d'Entide, situé à quelques railles de Subiaco. Mais s'il était parvenu à tromper, par sa fuite, la sollicitudc de ses parents et de ses amis, il ne put échapper aussi facilement a la vigilance inquiète de sa nourrice Cyrilla. Un touchant récit nous représente cette femme dévouée suivant seule le jeune fugitif qu'elle aimait ■ plus tendrement que personne, selon le mot de saint . Grégoire le Grand, et on la voit marchant sans relâche sur ses pas, à travers les montées les plus rudes et les descentes les plus escarpées \ Ils se retrouvent enfin au milieu d'une rustique population de montagnards dont le jeune patricien avait conquis les sympathies et l'admiration par des vertus bien supérieures à son âge. Là, le premier miracle que la légende vient alors attribuer au saint répond au prodige d'amour accompli par sa vieille nourrice. Toutefois, en s'arrachant de nouveau à la tendresse de Cyrilla, Benoit ne tarda pas à rompre le dernier lien par lequel il se rattachait encore au* affections terrestres. Plus décidé que jamais à ne s'occuper que des choses divines, il continua de s'enfoncer dans les gorges abruptes et sauvages où tombe l'Anio, en s'élançant du flanc des montagnes qui séparent Tan-, cien territoire des Èques du pays des Sabins.
Quand il fut arrivé dans l'horrible désert appelé alors Sublaqueum, et qu'on a désigné ensuite sous le nom de Subiaco, il choisit pour demeure une caverne où il se tint caché pendant trois ans, n'ayant de communica-
1 Sur l'emplacement de la maison que la tradition désignait comme ayant servi de demeure au fils d'Euprobus. et qu'on disait avoir été la propriété de sa famille, une église fut construite plus tard sous le vocable de saint Benoit in Pisànulâ. — Mabill. Annale* bened. llb. I.
» S. Gregor. Dial. lib. 1.
pline ; toutes ses tentatives échouèrent devant le mau-~vois vouloir des moines, et les plus endurcis, non contents de tendre des pièges à sa chasteté, allèrent jusqu'à conspirer contre ses jours. Alors, voyant ses efforts inutiles, sa vie menacée, il prit le parti de fuir en compagnie de ses plus fidèles disciples, au nombre desquels se trouvaient Maur et Placide, (ils de riches patriciens romains. C'était surtout pour prémunir ses élèves bienaimés contre des tentatives de séduction auxquelles ils venaient d'être exposés déjà que Benoit crut devoir s'arrêter à une si extrême résolution. En effet, par un sentiment dfindignc jalousie, un méchant prêtre du voisinage, appelé Florentius, n'ayant pu porter atteinte' à la réputation du pieux abbé, avait voulu l'attaquer dans ce qu'il avait de plus précieux au monde, c'est-à-dire dans l'innocence des jeunes moines qui lui avaient été confiés. Ne reculant point devant une machination qui peint bien la brutale corruption des mœurs contemporaines, il fit entrer dans le jardin du monastère où travaillaient les religieux sept jeunes filles, dont l'attitude, les regards et la nudité ne pouvaient que provoquer les sens aux plus violents désirs. Témoin de cette odieuse tentation du seuil même de sa cellule, Benoit comprit (pic jamais il ne pourrait ramener au bien des cœurs si endurcis. Alors, dans un moment de sainte indignation, il quitta pour toujours cette solitude de Subiaco, au milieu de laquelle, depuis trente-cinq ans, son rime avait eu 5 soutenir de si rudes combats.
D'abord incertain sur le but vers lequel il tournera ses pas, mais plein de confiance en Bien, il marche dans la direction du Midi, en desceiu^mt du Lalium
LA LÉGENDE DE SAIÏITJNîENOïT. 151
vois la terre de Labour. Il suit ainsi, à travers tous ses défilés, celte chaîne dé l'Apennin dont les gorges pro- * Andes avaient abrité sa jeunesse, et qui, sur les sommets les plus élevés, devait offrir une retraite à ses derniers jours. Comme tous les hommes appelés à une \ gprule mission en ce monde, la légende de saint Benoit ^ nous le représente dans ce voyage conduit par la Provi- ' dence, et suivant tour n tour deux anges et deux oil seaittdonl le vol lui indiquait la route h suivre. Quoi m qu'il en soit de ce poétique récit, que l'hagiographie > chrétienne emprunte souvent aux traditions antiques \ pour expliquer la prédestination des personnages ou • des événements humains, la petite colonie de moines, à In tête de laquelle marchait Denoit, s'arrêta au bout de quelques jours en un lieu où le tronc principal de .. l'Apennin se contourne et prolonge un rameau dans la fr taste plaine arrosée par le Liris. C'était un site d'une r beauté, d'une grandeur inexprimable, et d'où l'œil saisissait d'un regard la fertile Campanie gracieusement encadrée entre la mer et les montagnes : site bien fait sm> doute pour charmer des religieux dont la vie devait se partager entre la culture de la terre et la contemplation de Dieu dans ses œuvres!
Au pied d'un mont isolé, se détachant tout à fait de la chaîne centrale, on voyait s'élever les ruines d'une ancienne cité, alors appelée Casinum, et qui, après avoir reçu le nom de Cuscum des Osques, ses premiers habitants, avait passé des Volsques aux Samnites, et de ces derniers aux lîomains. D'abord colonie militaire, selon le témoignage? de Tite Live1, puis élevé au rang de ville nui-
1 Cest en Tan tli de la fondation de Homo que quatre mille soldais furent, d'après Titc Uve, envoyés pour former les colonies de Casinuni
Nais».
1*2 LA IL Gif DE DE SAISI BfcKOIT.
uicipale, Casiiium avait eu <on sénat, son conseil de dérui-ii.iiis. sesduiunvir<, >•.•* pmttifesel ses augures1, Mais^ comme tant d'autres cités italiennes dans la seoon moitié du ciiu|uième siècle, elle avait été saccagée ] les baudt- s de Ricimcr et de Genséric, et la partie€fe sa? population i(ue le 1er des barbares avait épargnée, s'Ajè dispersée sur les montagnes vnisiiieg. A la suite de cette' dévastation, eneme récente à l'époque où Benoit arriva1 dans la contrée, un amphithéâtre, un temple et (fiMqu édifices re>iés debout attestaient l'importance de cetb ville, qui avait dit aux libéralités particulières d'un«£jj famille les monuments publies dont elle était décorée1 Fait singulier, et seulement explicable par rinvinciblè^j préjugé i|iiî porta longtemps les populations païennes à donner pour cause aux malheurs de l'empire la vengeance des dieux irrités de l'altandon de leurs autels, les habitants échappés à la ruine de Casinum n'avaient point encore voulu recevoir la lumière évangélique. Ils continuaient donc d'adorer Apollon dans un temple
et «ritcr.inin.i-— Tit. Liv. Uî*t. lih. IX, c 2*. Le récit de l'historien làliu est d ailleurs confirmé par d'anciennes inscriptions rapportées dans le recueil de lîruUrus.
1 In justice ilu discours tir Cjcéron juMir Ennius Plancus et un grand uoiulnv •! iiisk'ri|itioiis lapidaire trouvée* et citées par ùittola, le savant archi\i>tedit Mi'iit-Cas<in. attestent que Casinum était une cité municipale. Parmi les inscription?, noii< indiquerons seulmient la suivante :
QMMTIO. IX. <V\|f|p:n. "fti. C\<IM.
* Celte famille é:ait elle des l'minidi'is. Mont l'un îles m- mhres rem" plit le< chaiyes le" plus hautes de IKial sous les encreurs "filière, Claude it >enm. ain>i que lalttMe un»- fort lielle inscription que nous iwiik relevée dau< l'al»ha\e du Mnnt-Cassiri. l'ne aulre pierre antique. • [ni >e voit près de la «aile îles archive.-, rappelle également la munili- «encei-t le pa!rioii<me de ces grandes familles romaines qui élevaient à leurs frais, .v/v tuo. dans les plus petites \illesde province, de magni* tiques monuments «pie nous admirons encore aujourd'hui.
I \ Lfef.ESBB DE S.UKT BENOIT.
fifttftmct de la monln^nr qui dominai là vi duquel s 'ôlemlfU tut bois sacré dt;dié u Vrinis. lin&i, ii quelques jimmérs de marche de la fcdpitoh- Au EDontle chrétien, h* culte idolâtriquc élftit publîquemrnl . i q cents ans après que les apôtres Viétfk et ni, à Rome, scellé jde leur martyre l'établiede la foi nouvelle, et deinwiéclos après que le anisme avait été iqponqp-Aomme religion *!<> [par les édita île l'empereur Constantin. Si tlaus ce lieu le paganisme avait encore ses autels, Fsnliquîté romaine ^"revivait aussi par de glorieux mnirs. Du temple consacré à Apollon, pèru jMjftwy s nn puuvail mu loin découvrir Aj*pinum, la patry^ Qbëron1 ce vaste esprit qui refléta sous ses divers ris le génie HlU raire et philosophique de la Grèce Rome, Tins près, sur le territoire même de Casi- >J nm, pays charmant que le poète Silius Italicus appelle le M'JMui- favori des Nymphes1, on apercevait les ombrages de la villa de Terenlius Varron, dont la science fut, , comme le génie de Virgile, honorée d'un véritable culte au moyen âge. Aussi, les religieux du Mont-Cassin ontib salué en lui le précurseur de l'érudition bénédictine*. Ailleurs, sur Tune des pentes opposées de l'Apennin, se dessinait la ville d'Aquinum qui, toute fière d'avoir donné le jour au. grand satirique Juvénal, semblait comme s'endormir mollement dans son repos, en atten-
1 ... Nyuiphisque habitala rura Casini. — Sil. liai. De Bell, punie. lib.HI. ■ .
*« Casinensis arcis subliroitas tanto olim culmine viguit, ut romani eeUtndo imperii philosophicis studiis illum in icvum dkaret. ' Haoc- 1- T. Varro omnium ftomanorum doctissimus incoîuit. » — Petr. Dite, kftr. iilmsi. Caêitt.— Bien des siècles avant Pierre Diacre, Cfogrofi «ait bit l'éloge dé celle délicieuse retraite, décrite par Varron Juj? même dans son livre de fie ruttkû.
15i LA LÉGENDE DE SAINT RESOIT.
dant que devenue cilé féodale, elle produisît ce génie merveilleux à qui l'admiration de ses contemporain décerna le surnom de Docteur angélique. Mais quelque' puissanle que fût l'attraction exercée par une conWe si pleine de souvenirs, elle n'était point de nature à influer sur lVspril auslérc de saint Benoit. Les historiens profanes cl sacrés ont recherché les motifs qui portèrent le fondateur de l'abbaye du Mont-Cassin às'élablir de préférence sur le plateau qui couronne cette hauteur. Or, jusqu'à présent, en dehors des récits légendaires auxquels la critique n'est pas lenue d'avoir foi, aucune raison déterminante n'a été indiquée par les biographes. .
Vu passage de la bulle du pape Zacharie qui, en 748, concéda de nombreux privilèges aux religieux du Mont- Cassin, suffit, selon nous, à éelaircir cette difficulté. Elle nous apprend, en effet, que l'abbaye avait étéconstruilc sur un domaine appartenant à Tertullus, père du jeune Placide, et dont la donation avait été faite à saint Benoît par ce riche patricien de Rome. A ce motif d'un ordre tout pratique, puisqu'il permettait à la nouvelle colonie de fixer sa demeuiesur un fond de terre qui lui appartenait en propre, il faut joindre l'ardent désir que devait avoir le pieux réformateur des moines occidentaux d'éteindre l'un des derniers foyers du paganisme eu Italie. Aussi, après avoir évangélisé les grossiers habitants du pays d'alentour, son premier soin fut-il d'abattre avec euxle bois consacré à Vénus, et de détruire le temple bâti en l'honneur d'Apollon. Pour purifier ce lieu qu'il regardait comme souillé par l'idolâtrie, Benoit éleva «l'abord deux oratoires sous l'invocation de saint .lean-Iîaptiste et de saint Martin de Tours. Par un mémo culte, il hono-
LA LÉGENDE DE SAINT BENOIT. \b&
nil donc à la fois le précurseur du Messie, que sa re- \mkm désert fait considérer comme le premier des Aaakorrtes, et ce saint patron de la Gaule, qui avait déjiptrté au delà des Alpes les pratiques et les vertus du monachisme oriental.
AHé de ses moines dans son apostolat et ses Iravain de colonisation, Benoit continua de prêcher la loi an imputations montagnardes du voisinage. En môme. Itmps, par le travail, il fit germer en abondance les fruits et les moissons sur un sol aride qu'il avait trouvé rouvert de ruines, de pierres et de broussailles. Heureuse et complète transformation qui montre jusqu'à quel point pouvait se multiplier une double semence également bénie de Dieu, et qui a été célébrée par l'on des plus fervents disciples de saint Benoit, dans un poème que lui inspirèrent l'admiration et la reconnaissance. Bientôt, le pieux abbé construisit pour ses compagnons et pour lui-même une demeure dont il avait Inn é If pion, el que les mains laborieuses de ses moines rfliiiëivnl sous sa direction. Avant d'achever cette ■Hi\re, il îeucoutra sans doute bien des obstacles, car, dans l;i vie légendaire du saint, ces obstacles sont icprév-ntés par une lutte persouucllesoutcuucroulrc l'Esprit du mal qui, pour arrêter la marche des constructions, iiila>sc difficultés Mir difficultés, et met en péril la vie di> travailleurs. Mais toutes ces tentatives ne seivenl qu'à faire ressortir les vertus miraculeuses de saint Bt'iioit. Après avoir arraché à la mort l'un de ses rclipeux enseveli sous un monceau de pierres par la chute "ftiidniiic d'une muraille, il sert vainqueur de tant d'épiviives, ri achève enfin l'édifiée commencé, dette construction, dit l'auteur Aus*Annules bénédictines, fut
15ft LA LÉGENDE DE SAINT BENOIT. #•
r ainsi rond ui le à bonne (in, et si elle se distinguait fir«h
caractère de simplicité convenant à des moines uttiepte»
ment préoccupés des choses du ciel, elle offrait twfii
-,^ toutes les dispositions intérieures qui la rendaient pro-
"v £,- Pre il l'observance de la vie régulière et à l'exercice de
i# l'hospitalité1.
Cependant, il ne suffisait pas a saint Benoit d'avoir assuré aux religieux, ses compagnons, l'abri matériel qui leur était nécessaire. Entreprise bien plus difficile! il lui restait à fonder pour eux cet édifice tout moral dt la Régie, sous l'empire de laquelle ils devaient vivre, combattre et mourir. Depuis longtemps déjà, une grande pensée germait dans l'esprit de celui à qui une récente et triste expérience avait fait connaître l'état de relâchement où étaient tombés la plupart des monastères, surtout à la suite des secousses qui venaient d'agiter l'Italie. Éviter les excès de l'ascétisme oriental, corriger ce que les diverses institutions monastiques de l'Occident avaient do trop exclusif, ranimer enfin le zèle et les vertus pratiques des moines, en les réunissant dans une même communauté d'idées, de sentiments et de devoirs; tel lut le but que se proposa saint Benoit, lorsqu'il écrivit sa ttètjle de la vie Monastique. A peine la nouvelle Règle- avait-elle été fondée en Italie, que déjà elle tendait à se répandre dans les pays voisins.
1 Mabill. Ami. hwdict. lib. ïll.*imn. Christ. 528.
"u LÉGENDE DE 6A1NT BENOIT.' 157
Tamis que Placide allait construire un monastère «Sicile, «ur un domaine concédé par son père, le ptikien Tertullus, en France, Maur, autre disciple de n saint Benoit, instituait la Règle à l'abbaye de Glanfcuï, d'où elle devait se propager dans les diverse* parties du royaume. Heureux de voir ainsi l'arhre qu'il liait planté étendre au loin ses rameaux, saint Benoit se renfermait étroitement dans sa retraite du Mont-* Cassin, où il affermissait par ses exemples la pratique des vertus austères qu'il avait prescrites à ses moines. Tout étranger qu'il fiU aux événements du siècle, parfois cependant le zèle de la charité le faisait sortir de la rie contemplative pour prendre en main la défense des bibles contre les forts, et dompter la barbarie qui s'arrêtait, impuissante, aux portes de son monastère. C'est ainsi qu'on le voit désarmer la fureur d'un seigneur •Gotb, appelé Gai la, qui, après avoir cruellement maltraité un paysan des environs, l'avait conduit, tout chargé de liens, jusqu'auprès de saint Benoit, auquel ce malheureux disait avoir donné en garde son modeste pécule. En vain, Galla croit pouvoir, par son ton menaçant, intimider l'abbé du Monl-Cassin, et le contraindre à livrer le prétendu dépôt qui lui a été remis. Sans proférer une parole, mais par la toute-puissance d'un seul regard, saint Benoit fait tomber en même temps et la colère du barbare et les liens du prisonnier. Tandis que le captif se relevait en liberté, son bourreau, deinimort de frayeur, ne recouvrait ses sens que grâce aux soins des moines à qui l'avait confié la charitable compassion de leur abbé.
tons une autre circonstance plos remarquable encore, le biographe de saint Benoit nous le représente s'arra-
158* LA LÉGENDE DE SAINT DKtfOIT. . *'
client de nouveau â sa retraite, pour reprocher à^SotiU ses terribles ravages, el réclamer au nom delà rëtifcicH les droits sacrés de L'humanité. C'était en l'année M9l Attiré par la réputation de l'abbé du Mont-Cassin, ttfaiw che souverain des Ostrogotlis s'était rendu auprès de ce inonaslére ; mais avant d'y pénétrer, il avait voulu éprouver saint Benoit au moyen d'une ruse toute barbare. Il .^ordonna donc à l'un de ses officiers, nommé Riggon,de se revêtir des habits royaux, et de se présenter, suivi d'un cortège imposant, devant le pieux abbé, comme s'il eût été Totila lui-même. Au moment où Riggon entrait dans le monastère, saint Benoit, démasquant sou imposture, lui dit aussitôt et du plus loin qu'il l'aperçut '- « Quittez, mon fils, quittez ces vêtement! d'emprunt que vous portez, car vous savez qu'ils m vous appartiennent pas. » A ces paroles, l'officier gotl cl les gens de sa suite, pénétrés de surprise aussi bid que de crainte, se prosternèrent humblement; mai n'osant s'approcher du saint abbé, ils s'empressèreo de retourner auprès du roi.
En apprenant ce qui s'était passé, ajoute le nft] rateur, Totila vint en personne, el se jeta aux pied de l'homme de Dieu. Le saint lui dit trois fois i suite : « Levez-vous. » Et comme il voyait que 1 prince barbare, accablé de terreur, ne faisait aucu mouvement, il se mil en devoir de le relever ta môme. Puis, quand ils furent face à face, il con mença par lui reprocher tous les maux dont il éta
1 En se fondant sur un passage de Proeope. l'historien de la guer des lioths, Mahillon établit , dans ses Annales bénédictines, que l'cnlr vue de saint Benoit avec Totila doit être fixée au printemps de cet même année 542.
tatour. * Vous avez causé bien des calamités, lu^dilj^iNfous en causerez encore davantage. Cessez enfin «violences el vos injustices. Tour à tour, vous eut rendans Rome, vous passerez les mers; vous régnerez «fendant neuf ait», et la dixième année, vous mourrez et «a appelé devant Dieu1. » Totila, épouvanté de ces prédictions qui devaient s'accomplir à la lettre, s'inclina porc devant le saint en réclamant ses prières et en se promettant d'être moins cruel. Quant aux religieux de r l'abbaye, témoins de ce qui venait d'avoir lieu, ils vouhierit aussi se prosterner le visage contre terre devant leur pieux abbé, tant son regard lançait alors la flamme, tatsa personne, complètement transformée, leur semblait resplendissante et terrible !
Elle est belle cette scène Historique qui nous montre m chef de hordes barbares, adversaire redouté des 1 Bëisaire et des Narsès, tomber, vaincu et tremblant, aux pieds d'un vieux moine dont les seules armes sont la foi en Dieu et la force surnaturelle qu'elle inspire. Dans celte sorte de transfiguration dont le Mont-Cassin est comme le nouveau Thabor, saint Hcnoil, le front illuminé de la double auréole de prophète et de législateur, ne persotinifie-t-il pas, à nos yeux, l'irrésistible ascendant que l'institut monastique, fondé par lui, va bientôt exercer sur le monde romain et germanique? Vers l'époque où ce fait s'accomplit, l'évèquc de Canossa, nommé Sabinus, étant venu, selon saint Grégoire le Grand, visiter l'abbé du Mont-Cassin, s'entretinl précisément avec lui de l'invasion de Totila, et lui dit, en parlant de Rome : « Ce roi la ruinera de fond
1 S. Gregor. M. Uialog., c. ii et 15.
en comble, de sorte qu'elle ne serapîùs habitée. » Sain A Benoit lui répondit aussitôt : « Rome ne sera pfltfy détruite pur la main des hommes ; mais battue et djtiP^ celante sous les coups répétés des tempêtes, de la foudro et des tremblements du terre, elle languira corn me 'un arbre qui sèche sur sa racine. » Prédiction qui, d'après le même témoignage de saint Grégoire, se réalisa de son temps, car un ouragan terrible vint alors renverser l<ys murs, les édifices et les maisons de Rome, de sorte que celle ville n'offrait plus, dit-il, que le spectacle affligeant d'un immense amas de ruines '.
Mais les événements du inonde extérieur étaient loin d'être les seuls qui préoccupassent le fondateur du Mont-Cassin. Avec une sollicitude plus vive encore, sa pensée se reportait souvent vers les desti-4 nées et les vicissitudes réservées à sa chère abbaye. In jour qu'il était renfermé dans sa cellule, un seigneur du voisinage, nommé Théoprobe, que les bons conseils de saint Renoit avaient ramené ù la vertu, se présenta, selon sa coutume, pour jouir de son intime familiarité. Il fut tout surpris de le trouver répandant des larmes abondantes, non de ces larmes que la pricriT" lui faisait parfois verser, mais de celles qu'arrache une douleur amère et profonde. Théoprobe respecta d'abord une si grande affliction ; mais voyant que ses soupirs et ses sanglots n'avaient point de terme, il se hasarda euiiu à lui en demander la cause. « Hélas! lui répondit le saint, je m'afflige, en songeant que ce monastère et loul ce que j'ai édifié pour mes frères avec tant de peine, a été livré à l'avance aux infidèles par la
1 Sipniiius croil devoir fixer la date de cet événement désastreux à l'année 55V1.
juste sentence de Dieu. Or, c'est à peine si j'ai puobtewr que les religieux qui habiteront alors cette maison échappent sains et saufs à cet affreux désastre. » Préwjanteet admirable sollicitude, ajoute son biographe, carellevienl nous rappeler le dévouement de l'apôtre aintPaul, qui durant la tempête dont son vaisseau était battu, obtenait aussi la vie de ses compagnons de voyage, en échange des objets précieux qu'il avait fallu jeter à tmer '.Quant à la future destruction de son abbaye, que saint Benoit avait entrevue dans l'avenir, elle devait s'accomplir quarante ans plus tard, alors que les Lombards, se répandant à travers toute l'Italie, saccagèrent et détruisirent le monastère du Mont-Cassin, après avoir contraint les religieux à chercher leur salut dans la faite.
Nous ne rapporterons pas ici d'autres faits relatifs aux derniers temps de la vie de saint Benoit et qui, dans la pensée de son hagiographe, ont tous pour objet défaire ressortir l'éclat de ses vertus. Se tenant plus que jamais renfermé dans sa solitude du Mont-Cassin, il n'en sortait qu'une fois l'année pour visiter sa sœur Scholastique qui, née le même jour que lui, l'aimait aussi tendrement qu'il la chérissait lui-môme. Comme son frère, vouée à Dieu dès l'enfance, comme lui, elle était venue en Campanie, et s'était établie dans un monastère qui, placé sous la direction spirituelle du pieux abbé, devait aussi donner naissance à toutes les communautés des religieuses bénédictines. Ce monastère, qu'on suppose être celui de Plumbariola, et que firent réédifier ensuite la femme et la fille de Ratchis,
•S.Crcg.M. Dialog., lib. II, c. 47.
roi des Lombards, était situé dans la vallée, à un mille et demi environ du pied de la montagne dont saint Benoit habitait le sommet. Pour épargner à sa sœur la fatigue d'une ascension trop pénible, et aussi pour obéir lui-même à la Régie qui interdisait expressément l'entrée du monastère aux femmes, il descendait la partie la plus escarpée du Mont-Cassin, et venait audevant de Scholastique qui, en même temps, sortait aussi de sa retraite pour se rencontrer avec son frère. Selon le récit dont nous voudrions pouvoir reproduire le charme et la naïveté poétique, l'entrevue avait lieu sur l'une des pentes inférieures de la montagne, dans une petite cellule, remplacée plus tard par un oratoire que la tradition et la piété des fidèles n'ont cessé d'entourer d'un religieux souvenir. Dans la dernière rencontre qui devait les rapprocher, le vénérable abbé, selon son usage, était descendu, accompagné de quelques moines, afin de se réunir à sa sœur. Après qu'ils eurent passé le jour entier en pieuses conversations qu'ils entremêlaient des louanges de Dieu, la nuit sapprochant, ils prirent ensemble leur repas. Cependant, comme les heures continuaient de s'écouler douces et rapides dans des discours édifiants : « Mon cher frère, dit Scholastique, je vous en prie, restez avec moi cette nuit et parlons ensemble; oui, parlons jusqu'au matin de toutes les joies du ciel. » Sur le refus de son frère qui objecte l'impossibilité où il est d< passer la nuit hors de son monastère, Scholastique affligée pose sur la table ses deux mains entrelacées y appuie sa tête et se met à prier avec ferveur. Âpre quelques instants, elle se relève, et voilà qu'aussitô un violent orage éclate, bien qu'un moment auparavant
le ciel, tout à fait serein, ne fut terni par aucun nuage. L'oraison de la sainte avait été puissante, car bientôt des torrents de pluie, accompagnés d'éclairs et de longs grondements de la foudre retentissant dans la montagne, eurent rendu tous les chemins impraticables, l'orage continuant, saint Benoit, après avoir adressé de doux reproches à sa sœur, se vit contraint de rester toprès (Telle, et tous deux ainsi, ajoute le narrateur, ils employèrent le reste de la nuit à rassasier leur cœur des délicieuses espérances de la vie éternelle.
Or, trois jours après cette entrevue, comme l'homme de Dieu était dans sa cellule et levait les yeux au ciel, il vit l'âme de sa sœur qui s'envolait au paradis '. Aussitôt il cîianta des cantiques et des hymnes, après quoi il pria ses moines daller chercher le corps de Scholastique, pour l'ensevelir dans le tombeau où il devait être lui-même placé. Saint Benoit survécut peu de temps à sa sœur. Après avoir passé les derniers jours de sa vie dans la pratique la plus austère de sa Règle, sentant sa fin approcher, il se fit transporter dans l'oratoire qu'il avait consacré à l'apôtre saint Jean- Baplisle. Là, soutenu par ses disciples en pleurs, debout et les bras tendus vers le ciel, il expira le 21 mars 543, à l'heure même que, d'après sa légende, il avait désignée pour l'instant de sa mort. Selon ses dernières volontés, son corps fut placé dans le tombeau où reposait déjà celui de sa sœur Scholastique, et ainsi la mort
1 On sait que la vision de saint Benoît a fourni à notre grand peintre Lesueur le sujet de l'un de ses plus admirables tableaux. Au milieu d'une profonde solitude, éclairée par un rayon de soleil s'échappant duo nuage, le saint, à genoux, est comme nui en extase à la vue de sa soeur sainte Scholastique, qui monte au ciel, guidée par des anges et accompagnée de deux jeunes filles portant la palme virginale.
ne sépara point ceux qu'avait unis une si pieuse affection. Le récit légendaire ajoute que plusieurs religieux de saint Benoît, en ce moment éloignés du Mont-Cassin, furent avertis de la perte qu'ils venaient de faire par une révélation, et qu'ils virent une multitude d'étoiles former un long chemin, qui montait vers l'Orient. Vive et fidèle image du sillon lumineux que devait tracer le génie bénédictin, en éclairant tour à tour les ténèbres du moyen âge et la civilisation des temps modernes !
Ainsi que tous les récits hagiographiques, celui qui est consacré à saint Benoit ne manque pas de rapporter d'autres prodiges qui suivirent la mort de l'abbé du Mont-Cassin, et qui furent aux yeux de ses contemporains comme le témoignage le plus éclatant de sa sainteté. Sans être tenus d'accepter aveuglément comme authentiques des faits de celte nature, ne les accueillons point toutefois avec le dédain superbe du philosophe, ni avec le sourire moqueur du sceptique. Nous devons montrer le plus large esprit de tolérance pour ces récits merveilleux qui charmèrent l'enfance des nations, furent reçus sans conteste par la foi naïve de nos pères, et dans les siècles plus rapprochés de, nous, répandirent sur tant de cœurs ulcérés ou déçus les consolations que le sentiment religieux peut seul communiquer à Pâme humaine. D'ailleurs, pourquoi notre raison, aujourd'hui si dédaigneuse et si rebelle , rejetterait-elle comme absurde celte croyance si touchante en vertu
LA LtGBNDE DE SAINT BENOIT. 165
de laquelle le personnage qui, pendant sa vie, s'est montré le bienfaiteur et le modèle des hommes ses semblables, continue d'être pour eux, après sa mort, un guide vigilant et un généreux intercesseur? Cette croyance na-t-elle pas existé chez tous les peuples? JTest-elle pas, pour ainsi dire, la base sur laquelle repose le culte du tombeau ? Et de quel droit viendrionsnous, en la brisant, briser du même coup la longue et interminable chaîné de souvenirs qui, reliant la terre au ciel, met ainsi les vivants en perpétuelle communication avec les morts? Cette religion consistant à honorer ceux que nous avons aimés en ce monde, est la seule, pour ainsi dire, qui survive à toutes nos croyances perdues, et dans nos afflictions, nous sommes trop heureux de la retrouver au fond de notre cœur, pour y rattacher une dernière espérance. Gardons-nous donc de laisser mourir cette flamme sacrée qui nous permet d'entrevoir au loin une patrie meilleure. Elle veille solitaire en nous, semblable à la lampe du sanctuaire, qui ne cesse d'éclairer les profondeurs du temple, alors que les autres flambeaux y sont partout éteints.
D'ailleurs, en raison de la loi de solidarité qui unit tous les êtres, l'homme a besoin de relier son existence à d'autres existences. Aussi, quand la mort vient à rompre violemment ces nœuds, il cherche à les reformer immortels et indissolubles, au moyen du doux commerce des âmes, qui seul peut rapprocher le réel de l'invisible. Ce commerce tout intime, tout spirituel, qui de nous n'a voulu l'établir, la nuit où, penchés sur un lit mortuaire, nous avons contemplé pour la dernière fois les traits dune mère ou d'une sœur, d'un compagnon d'études ou d'un maître bien-aimé ? En
voyant ce pâle visage, déjà transGguré par la mort, et empreint de la placidité sereine qui est l'image de l'éternel repos, avons-nous pu croire que tout était à jamais fini? Avons- nous pu croire que rien ne subsistait, que rien ne revivait pour nous, de cette froide, mais chère dépouille ? Non-seulement nous avons repoussé la pensée désespérante d'un complet anéantissement, mais suivant dans son vol l'âme qui venait de quitter notre ûme, nous nous sommes plu à la rappeler vers la terre, afin qu'elle revêlit encore à nos yeux la forme apparente sous laquelle nous l'avions connue. Bientôt notre cœur s'exaltant pendant cette longue et douloureuse veillée, nous avons cru voir celui que nous invoquions nous apparaître, pour répondre à notre appel, nous remercier de notre souvenir et de nos prières, et nous promettre de nous visiter souvent. Sous l'influence de telles circonstances et de telles impressions, comment douter, nous ne dirons pas, du dogme indiscutable de l'immortalité de lame, mais des relations mystérieuses qui unissent le monde visible au monde invisible? Quel esprit égaré de sa voie n'y serait alors ramené à l'exemple de ce fils qui, élevé chrétiennement dans sa jeunesse, s'était laissé entraîner, à l'âge d'homme, par les doctrines d'une philosophie antispiritualistc, et qui, plus tard, retrouvait sa foi religieuse devant le tombeau de sa mère, sur lequel il faisait graver cette épitaphe : Ad vivendum mortua !
Appliquons maintenant à d'autres temps les observations qui précèdent, pour nous transporter de nouveau, par la pensée, vers ces premiers âges chrétiens, si pleins de ferveur, si féconds en vertus héroïques. Représentons-nous au fond des catacombes ou sur l'arène
don amphithéâtre ensanglanté, des fidèles qui pleurent . h mort d'un martyr. Ou bien encore, si nous le préférons, contemplons dans l'oratoire d'un monastère, des religieux priant auprès du corps du pieux abbé qui les dirigea saintement dans les voies difficiles du salut. Aiec la foi qui les anime, est-il possible de supposer que ces cœurs qui regrettent, ces mémoires qui se souviennent, ne seront pas portés invinciblement à rendre le sentiment et la parole à ceux dont ils déplorent la perte, ne fût-ce que pour profiter encore de leurs conseils et surtout de leurs exemples? Non contents de se raconter l'un à Vautre les merveilles de la vie de ces chers défunts, ils y ajoutent les prodiges qui ont accompagné leur mort. Bientôt même, l'esprit surexcité par la tension continuelle vers un même objet, ils ne manqueront pas de voir, dans une série d'apparitions diverses, ljinage vénérée qu'ils aimaient tant à se représenter à leurs propres regards. Puis la légende, qui est la poésie de l'histoire, vient ensuite reprendre et coordonner tous ces faits, pour les fondre dans un récit où le merveilleux s'unit nécessairement à la réalité.
Prenez garde, objectera- t-on, car la froide et sévère critique n'admet que les faits -positifs bien et dûment établis, et rejette le merveilleux comme une fiction mensongère, propre à déparer la majestueuse simplicité de l'histoire. Mais quel est donc le peuple dont les annales ne commencent par prêter le merveilleux aux événements réels qui constituent son premier îîge historique? En faisant planer quelque chose de surnaturel sur le berceau et sur la tombe des hommes qui présidèrent aux origines des sociétés ou des insti-
tulions, Thumanité par là se relève, puisqu'elle attribue & ceux de ses membres qui l'honorent davantage, un caractère supérieur et presque divin. En outre, considérée au point de vue moral, l'intervention des puissances célestes dans les actes humains, n'est que la conséquence de la foi profonde, inébranlable, que les peuples, aussi bien que les individus, ont dans leurs destinées providentielles, foi consolante qui leur fait croire qu'en deçà et au delà des bornes de cette vie, ils marchent sous l'œil même de Dieu, vers le but assigné par sa volonté suprême.
Pour établir sur des faits ce caractère historique, traditionnel de la légende, et prouver ce qu'elle peut avoir d'authentique par ce qu'elle eut d'universel, il faut la rattacher d'abord, quant au fond, à un certain ensemble de croyances qui ont dominé parmi toutes les nations, aux siècles primitifs de leur histoire. Sous le rapport de la forme, la légende, comme nous l'avons déjà dit, est une sorte d'épopée en prose, qui a pour objet de raconter ce que chante en vers la vraie poésie épique. Un récit au lieu d'un poëme, voilà ce qu'est la légende aux âges chrétiens; mais à cette époque, comme la Muse populaire dont elle est la compagne et parfois même l'émule, elle lient une très-large place dans le vaste domaine des traditions nationales. De même qu'autrefois, chez les peuples Scandinaves, la Saga était l'expression des récits traditionnels, inspirés à l'imagination de ces peuples par des faits et des personnages primitivement historiques, de même chez les tribus germaines récemment converties au christianisme, la légende devint l'expression d'événements d'une réalité d'abord incontestable, et que la reconnaissance ou la pieuse admiration des
fidèles revêtit ensuite d'une forme poétique et figurée. Dans les compositions légendaires, et là se trouve leur charme principal, ce qui touche aux mœurs, à la partie descriptive et à la couleur purement locale, diffère nécessairement; mais le fond ne varie jamais, comme tout ce qui est consacré par la tradition. Ainsi, prenez, par exemple, la légende de saint Marlin, dans les Gaules, de saint Patrice, en Irlande, de saint Gall, dans la Suisse, et de saint Boniface, en Germanie, vous y icrrei toujours le môme type qui s'y manifeste, toujours le même drame qui s'accomplit. Ce drame, c'est l'antagonisme perpétuel du bien et du mal, la lutte renouvelée à tous les âges de l'humanité, entre la lumière et les ténèbres, entre la civilisation et la barbarie: inévitable combat qui a commencé avec le monde et qui ne finira qu'avec lui.
Or, ce qui constitue précisément l'importance et l'intérêt de la légende, c'est que, ne formant pas un genre décomposition distinct, elle vient se fondre et se perdre dans cet immense courant de traditions, de poésies, de croyances religieuses et nationales, lequel, aux temps anciens, va sans cesse du Nord au Midi et de l'Orient à l'Ocrent. Remontons, en effet, ce courant, pour le suivre jusque dans l'Inde et dans la Perse, en Grèce ou en Germanie, nous le trouvons partout composé d'éléments identiques. En outre, de ce fond commun qui lui est propre dans les lieux et sous les climats les plus opposés, nous reconnaissons également les sources originelles dans les livres sacrés des Hébreux et des chrétiens. Ici, le vieux dragon de l'abîme revit sous la forme du serpent Python, symbole de l'horrible confusion qui agitait le monde au sortir des ténèbres du chaos, et que
devait dissiper Apollon, dieu du jour, en perçant le monstre de ses traits enflammés. Là, le dieu indien Vichnou s'incarne dans la personne de Krichna pour délivrer aussi la terre des monstres qui la désolent, tandis que chez les Perses, Ormuzd, qui préside à la lumière, combat le dieu des ténèbres Ahriman, qu'on voit encore se cacher sous la Ggure tortueuse d'un reptile.
Si nous passons ensuite des héros de l'épopée homérique à ceux de l'Edda ou des Niebelungen, les mêmes rapports se retrouvent entre l'Achille des Grecs, le Sigurd des Scandinaves et le Siegfried des Allemands. C'est toujours le même type héroïque représenté par un être supérieur à tous les autres hommes et qui, victime de divinités jalouses et malfaisantes, meurt dans le glorieux épanouissement de la jeunesse, de la force et de la beauté, mais pour renaître paré d'un nom immortel qu'il reçoit en échange de ses trop courts destins. Tel est donc l'ensemble des croyances auquel nous disions précédemment qu'il fallait rattacher les premières origines de la légende. Nous y retrouvons, dès l'antiquité la pfus haute, l'idée essayant de vaincre la matière, et l'homme de la nature contraint partout de plier ses instincts indépendants et sauvages au joug salutaire de l'association. Tant il est vrai que s'il ressent, comme on l'a dit, un invincible amour pour la liberté, instinctivement il éprouve pour l'isolement absolu une répulsion plus invincible encore!
Toutefois, en brodant sur ce fond de croyances communes à tous les peuples le merveilleux tissu de ses légendes, le génie chrétien lui communiqua quelque chose de bien supérieur aux inspirations du génie anti-
par exemple, dans le récit du supplice des martyrs de Lyon1, ou de celui de saint Cyprien, de sainte Irène et de saint Andronic, arrive parfois à produire des effets d'une grandeur vraiment incomparable. Ainsi, à quelle source Fauteur de Polyeucte a-t-il puisé Tin* spiration de la plus belle parole qu'il ait prêtée à 908 héros, si ce n'est dans ces mêmes Actes des martyrs de Lyon, qui nous représentent la jeune esclave Blandine n'opposant que ce mot sublime : « Je suis chrétienne! l aux juges cruels dont elle attend la mort?
Les récits légendaires qui viennent après ces Actes, tels que la vie de saint Paul l'Anachorète, par saint Jérôme, -j celle de saint Martin, par Sulpice Sévère, offrent déjà u* champ plus large ouvert à l'imagination ; mais ks détails plus étendus auxquels prêtaient les merveilleuses * traditions du désert ou les vicissitudes d'une existence % commencée en Pannonie et achevée dans la Gaule» ? n'excluent nullement le caractère simple et véridiqoe j qu'on trouve toujours au fond de ces récits. Quelle touchante histoire que celle du premier des solitaires, qui vécut jusqu'à cent treize ans dans cette caverne de la Thébaïde, qu'ombrageait un palmier, au pied duquel jaillissait une source ! Sans s'inquiéter s'il y avait encore sur la terre des villes et des empires, il n'eut jamais d'autres compagnons de sa retraite que ^ deux lions, comme lui, habitants du désert, et le corbeau qui lui apportait le pain de chaque jour. Quelle belle ynagede la toute-puissance que l'homme, primitivement roi de la création dans PEden, peut reconquérir sur les êtres *
i Ce récit nous est donné par la lettre en texte grec que les fidèks des Églises do Vienne et de Lyon adressèrent à leurs frères d'Asie en l'année 177.
la croyance que les saints, instruments de la puissance divine, pouvaient commander à la nature, inspira kl récits légendaires de l'Occident aussi bien que ceux de l'Orient. Non-seulement les saints y sont mis en rapport avec les éléments, les sources, les plantes, les animant de la terre et du ciel, mais ils entrent en communication avec les sorciers, les esprits infernaux et les génies créés par la mythologie germanique, qu'ils ont l'espoir plus ou moins fondé de ramener au bien. Tantôt saut Samson rencontre dans les profondeurs d'une forêt une vieille Sibylle centenaire, appelée Théomaca, qui lui déclare être restée, aussi bien que toute sa race, fineconciliable ennemie de Dieu. Et comme elle refuse absolument, malgré les supplications les plus pressantes, de s'occuper du salut de son âme, elle tombe morte aux pieds du saint, en punition de son orgueilleuse impénitence. Tantôt c'est l'apôtre des Gaules lui-même qui pousse son inépuisable charité jusqu'à vouloir servir de médiateur entre Dieu et Satan, et qui dit à céder* ; nier : « Que ne peux-tu avoir confiance dans le Seigneur! J'implorerais pour toi la miséricorde du Christ aussi longtemps qu'il l'aurait accordé ton pardon. » Ces traits de mœurs qui caractérisent si bien une société à la fois religieuse et barbare ; ces tableaux où les personnages sont mis en contact avec les forces visibles ou occultes de la nature remplissent les récits légendaires qui, 1 dater du siècle de saint Benoit, vont devenir un genre de composition essentiellement monastique. Dans le cours des siècles suivants, la légende sera la muse familière des cloîtres, de même que la chronique en sera la fidèle annaliste. Seulement, laissant à sa compagne les formes simples et sévères qui avaient signalé ses pn>*
tienne, depuis le jour où elle sortit vivante du bûche des premiers martyrs, jusqu'à l'époque où elle prit se plus complet développement dans la littérature mon» tique. Quels que soient les ornements que l'imaginatio des iidèles ou des hagiographes vienne ajouter à l simplicité de son caractère primitif, j'avoue que je I préfère à son premier âge, alors qu'elle est seulemei parée des grâces et de la pudeur de sa jeunesse. Dai son livre de Virginitate, saint Àmbroise a célébré l vertu et le courage de cette jeune patricienne de Ronw appelée du nom d'Agnès, qui, au commencement i la dernière persécution dirigée contre les chrétiens subit, à peine âgée de treize ans, le plus doulourea supplice. Si grands furent le respect et radmiratk) qu'inspira l'héroïsme de cette vierge^ proclamée aw raison la plus jeune et la dernière née de la nombres famille des martyrs, que Constantin, sur la prière i sa fille Constantia, éleva une basilique à l'endroit mén où le corps de la sainte avait été déposé !.
Plus tard, son renom ayant continué de grandir dai la mémoire populaire, une autre église lui fut enco dédiée à Rome, près du lieu où sa chasteté, se couvra tout à coup du voile d'une longue chevelure, avait trioi phé de la plus odieuse des épreuves. La poésie qui ad
1 La basilique de Sainte-Açnèê-hon-des-Mun, située à quelque d tance de la Porta Pia, est l'un des plus anciens édifices chrétiens i aient été conservés à Home. Cette église, d'une extrême simplicit l'extérieur, présente, au lieu du portique habituel, un mur de faç composé de deux tftages, avec trois fenêtres à tôte ronde, un froo orné de moulures, et une ouverture centrale, de forme circulaire, pelée Oculus. L'intérieur du monument se distingue surtout par i galerie de colonnes isolées placées au-dessus des arcades de la i adjonction qu'on ne rencontre pas dans la plupart des églises primitif et qui servit à former plus tard le tri for htm des églises de l'épo* romane et ogivale.
sociétés barbares, en les soumettant au c de la foi et de l'imagination? Et à propos par elle exercée sur un monde nouveau c et charma tour à tour, ne jlfeut-on pas lu que le poète Prudence disait de la sainte q précisément cette même légende : « Tout là où daignaient tomber ses pieux reg posait son pied éclatant de blancheur l? »
1 Prudent. Péris ttphaitOH, XIV, v. 133.
180 LA RÈGLE BÉNÉtlCTIKB.
social et de plus pratique. On dirait qu'à son insu, pour nous en faciliter l'intelligence, le fondateur l'ordre bénédictin ait concentré dans ce livre Tessen même des principes qui firent le fond de sÉR (%&ctj et de sa conduite. C'est comme un miroir où l'âme saint Benoit se reflète tout entière, semblable à 1 astre bienfaisant dont les rayons, reproduits et mul plies par la mobile transparence des eaux, sont p cela même rendus plus sensibles aux regards de ce qui les contemplent.
Telle nous apparaît, sous son véritable jour, laTèj bénédictine, lorsqu'elle est éclairée par la lumière d'u consciencieuse et impartiale analyse. Ce code religieu monument le plus remarquable de toutes les instit tions monastiques, est divisé en soixante-treize ch pitres, et précédé d'une introduction où se trouve expo pour ainsi dire le programme de la Règle donnée p saint Benoit à ses religieux. Le début de ce prologi est simple, austère, mais empreint cependant d'ui ineffable tendresse. Aussi, à ces paroles graves douces, inspirées par la charité du saint moine, et qi nous ne pouvons nous empêcher de citer ici, l'esprit rappelle involontairement les premières pages du liv de V Imitation :
« Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, indii devant lui l'oreille de ton cœur, accepte volontiers l conseils d'un bon père et suis-les exactement, afin qi par les efforts de ton obéissance, tu sois ramené celui dont ta faiblesse et ta désobéissance t'avaient ten éloigné. A toi donc s'adresse en ce moment ma paroi qui que lu sois qui, renonçant à tes volontés propre dans le but de combattre sous le Seigneur Jésus-Chris
"qui est notre vrai roi, prends en main les armes aussi fortes que glorieuses de l'obéissance. En premier lieu, dans tout ce que lu entreprends de bien, demande-lui par les plus instantes prières de conduire à bonne fin ton entreprise, de sorte qu'après nous avoir conviés parmi ses enfants, il ne soit jamais centriste par nos mauvaises actions1... Donc, relevons-nous une fois sous -l'excitation de l'Écriture, qui nous dit : « Voici
' enfin l'heure de sortir du sommeil. » Et les yeux ouverts à la lumière de Dieu, les oreilles attentives, écoutons l'avertissement que la voix divine nous crie chaque jour : c Si vous entendez cette voix retentir, gardezvous d'endurcir vos cœurs... Venez, mes lils, écoutezmoi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent en roule...» Quoi de plus doux que cette voix du Seigneur qui nous appelle, ô mes frères bien-aimés? Voici que dans sa tendresse paternelle il nous montre le chemin 'le la vie 2 ! »
Après avoir posé l'obéissance comme la pierre angulaire sur laquelle s'appuie tout l'édifice des vertus monastiques, saint Benoit établit que la soumission à la Règle n'étant, après tout, que la soumission à la loi ditine, la fidèle pratique de la vie religieuse est un moyen «le parvenir au tabernacle céleste, bien rude sans doute rçlla voie qu'il faut gravir ; mais si le travail est imposé à l'homme, la lutte aussi le relève, el le sacrifice le purifie. D'ailleurs, celui qui veut le salut, et non la mort de ses créatures, soutiendra les défaillants, pour
1 5. BtfMwl. Prolog. Hequl. I.
s *. rt-iii-a. Vrohij. liegttl. II.
1RS LA BYCLE BÊSÊMCTI5E.
qu'ils arrivent el puissent se reposer, selon la parole ' ilu roi-prophète, sur les cimes de la sainte montagne de Dieu. Revenant plus loin sur ce principe que l'obéissance est d'autant plus agréable a Dieu, d'autant plus facile pour nous, qu'on la pratique sans agitation, sans retard et sans tiédeur, il la préconise comme l'un des degrés conduisant à l'humilité, celte autre base de la perfection monastique, et à laquelle le législateur consacre de longues et minutieuses prescriptions. « Voulons-nous, ô mes frères, dil-il à ce sujet, nous élèvera ces hauteurs célestes auxquelles on ne parvient qu'en s'humiliant dans la vie présente, il convient de nous préparer par l'ascension graduée de nos actes uneéchelle semblable à celle qui apparut à Jacob pendant son sommeil... Notre vie dans le siècle est comme cette échelle mystérieuse : pour qu'elle atteigne au ciel, U faut qu'elle soit plantée par le Seigneur dans un cœur humilié, et c'est par les différents degrés de l'humilité et de la discipline que Dieu nous appelle à monter jusqu'au sommet1. »
Comme s'il eût craint, toutefois, que ce combat de chaque jour soutenu contre l'esprit de volonté, d'orgueil el de mollesse propres à la nature humaine, ne vint à décourager même les âmes les plus fortes, le législateur cherche à les rassurer en leur montrant combien, dans la pratique, s'adoucira cette Règle dont les commencements seuls leur paraîtront pénibles à supporter. Ici se révèle tout entier le caractère de sage mesure et de tendre charité qui se trouve dans les institutions bénédictines. Entre une rigueur excessive
1 S. Bnneil Requl. c. ru
Là RÈGLE BÉNÉDICTINE. 183
demandant plus qu'elle ne doit et une molle condescendnce qui n'exige pas assez, le saint abbé veut établir do juste équilibre, et sa réforme, quelque sévère qu'elle paraisse, ne doit pas arrêter ses moines au début de h carrière. De même qu'aux coureurs dans le stade «tique, on montrait de loin le prix qui les attendait, k même saint Benoit excite le courage de ses disciples «faisant briller à leurs yeux l'espoir d'une glorieuse, fane éternelle récompense. De là cet appel qu'il leur adresse à la fin du prologue de la Règle, appel inspiré prune large et sympathique mansuétude, et bien fait, «km nous, pour toucher ces âmes que le réformateur voulait guérir et sauver. « Il nous faut donc, dit-il, constituer une école de servage divin, et nous espérons qu'il ne sera établi dans cette institution rien de trop rigoureux, rien de trop lourd. Mais si, d'après les conseils de l'équité, nous y mettons quelque chose d'un peu trop sévère pour la correction des vices et le maintien de la charité, garde-toi, sous l'influence de la terreur, de fuir la voie du salut qui, à son commencement, «t toujours fort étroite l. »
Ayant ainsi exposé les principes fondamentaux de sa %let saint Benoit, avant d'en tracer les dispositions particulières, établit quelle était, au sixième siècle, l'organisation de ce qu'on peut appeler le personnel monastique. D'après la division qu'il nous en donne ' dans une sorte de préambule, il existait alors quatre classes de moines *. C'étaient d'abord les Cénobites, sou-
1 S. Bcned. Hegul. Prolog. V.
* Cassien, qui écrivit ses Colla t Urnes, ou Conférences, un siècle avant saint Benoit, ne reconnaît en son temps que trois classas de moines : l« cénobites, les anachorètes et les sa ra baltes. Dans son ouvrage, de*
1*4 LA IIKGLE BÉNÉDICTINE.
mis a une règle ou placés sous la direction d'un abb puis les Anachorètes, ou ermites, qui, fortifiés par tft longue expérience de la vie monastique, sortaient d< ran^s de leurs frères pour aller seuls livrer à l'esprit d mal un combat singulier. Venaient ensuite les San baltes qui, au lieu de se soumettre à l'épreuve d'un règle, afin de se purifier, selon saint Benoit, comme l'o dans la fournaise, s'amollissaient tels qu'un plomb fi en se réunissant deux ou trois ensemble pour vifr selon l'unique loi de leurs désirs1. Enfin la quatrièm classe se composait des moines appelés yyrovagues, o vagabonds, parce qu'ils erraient de monastères eniro nastères, ne pouvant y demeurer dune manière fixe, cause de leurs mauvaises mœurs et de leur esprit if discipliné*. Sur celte dernière espèce de religieux* vaut mieux se taire que parler, ajoute charitablemei le législateur ; aussi, les laissant dans l'ombre, il revus aux Cénobites qui ont toutes ses prédilections et dont ■f* veut organiser la forte et vaillante milice.
Dans ce but, il aborde les premières prescriptions! sa Règle, qui traitent des devoirs généraux imposés
Offices ecclésiastiques, com|x*t» au septième siècle, Isidore de Sévi admet six espèces de religieux, distinguant les ermites des anachorèt séparant ces derniers en deux catégories, et remplaçant les gyrowty par les circumceUionistes. — Isid. De Eccles. offic. c. xvi.
1 En parlant de ces mêmes sa ra haï tes, Cassien dit qu'ils s'attach plutôt à simuler la perfection évangélique qu'à la pratiquer en réili Aussi, dans son commentaire de la ré^le bénédictine. Antonio Pe définit fort justement les sarabaïtes des sopbistes en capuchon, '. phistx CHcullati. — Ant IVrez, Comment, in Reg. S. Bened. P. 101.
* î^aint Bernard, signalant dans le traité de la Vie solitaire ledanj auquel s'exposent les religieux en changeant sans cesse de demeo prouve en termes aussi ingénieux qu'éloquents, qu'il est impossibi l'homme d'avoir de la fixité dans ses principes, quand il ne sait montrer ni dans s* personne ni dans ses habitudes.
hbU et aux moines, des vertus et des pratiques conduisant à la perfection religieuse, et qui déterminent la célébration et le chant des offices. Les chapitres qui suivent sont consacrés à la discipline, aux peines ayant pour but d'en réprimçjr les infractions, et règlent en même temps la direction intérieure de la communauté dont ainsi on apprend à connaître les principaux dignitaires. Dans les douze derniers chapitres enfin, il est question de différents sujets, tels que la réception des botes, l'élection de l'abbé, l'admission des frères postulants dans la communauté, et la conduite des religieux dans leurs travaux hors du monastère ou en mage* On le voit, chacune des parties de la régie bénédictine se présente à nous avec un caractère tour à tour moral, religieux, pénal et politique. Composée d'éléments divers, mais tendant tous au même objet, die était combinée de façon à ce que ceux qui s'y trouraient soumis fussent portés à aimer et à secourir leur prochain, tout en vivant dans la contemplation de Dieu rt la pratique de certains devoirs individuels. '^j?
Td était le beau côté, le coté vraiment social de l'inclut de saint Benoit. Mais pour maintenir l'ordre dans l'association, il fallait briser les volontés personnelles et les soumettre à la volonté d'un seul. L'obéissauce «hait donc être, ainsi que nous l'avons établi déjà, la première vertu du moine bénédictin, vertu bien méritoire, car le sacrifice de la volonté est le plus grand que l'homme puisse faire à Dieu en même temps qu'à son semblable. Par une rigoureuse logique devant laquelle le législateur n'avait point reculé, l'abnégation de soimême impliquait nécessairement la renonciation à toute propriété. La pauvreté devenait ainsi pour le moine la
compagne obligée de l'obéissance, et ainsi se complétait le sacrifice entier, absolu de sa personnalité. C'était une terrible épreuve que cette immolation continuelle du moi humain! Aussi, afin d'en assurer l'exécution qui autrement lui eût paru impossible, saint Benoit crut-il devoir régler dune manière toute précise, par rapport aux moines, une condition qui est l'essence de la vie religieuse, nous voulons dire la prononciation de vœux solennels et indissolubles.
Cette condition, jugée d'après les idées, les mœurs et la légalité modernes, pourra sembler excessive aux partisans exclusifs des droits de la conscience et de la liberté individuelle. Mais à l'époque où elle fut écrite, on était loin d'avoir établi sur les droits en question les principes qui, depuis, ont prévalu dans la loi civile et que l'Église a pu subir, mais non sanctionner. Il n'est donc pas extraordinaire que le législateur du monachisme occidental ait exigé de ses moines, qu'il voulait élever à une espèce de sacerdoce, »des vomix à peu près semblables à ceux que le prêtre chrétien prononce en recevant les ordres majeurs. Remarquons encore que saint Benoît composant sa Règle n'était point un publiciste dissertant, comme dans une sorte de Contrat social, sur les droits de l'homme, dont la revendication ne devait recevoir que bien des siècles plus tard sa formule définitive. En obligeant les religieux de son monastère à prononcer des vœux indissolubles, l'abbé du Mont-Cassin voulut simplement leur donner un appui pour surmonter les faiblesses de leur cœur, un frein pour en comprimer les passions. Par là il ne fondait rien de nouveau ; mais il venait imprimer h une institution d'origine essentiellement chrétienne,
et que le monachjsme oriental avait réglementée avant lai, une forme et un caractère empreints du génie de l'Occident.
Toutefois, avec la profonde sagesse qui le distinguait et l'expérience qu'il avait acquise de la mobilité humaine, il comprit que l'obligation des vœux, introduite par lui dans l'institut monastique, aurait les dangers les plus graves, puisqu'elle pouvait exposer le «oineà regretter toute sa vie un moment d'imprudente exaltation. L'inconvénient était manifeste; aussi, pour pienir une si funeste conséquence, le législateur établit en même temps l'épreuve du noviciat. Loin d'agir sur la volonté du postulant en captant son esprit par des influences indignes de l'austérité de la vie religieuse, on le rebutait plutôt en le soumettant dès son entrée à certains actes qui devaient éprouver sa vocation1. Une fois admis parmi les novices, il était placé sous ladi- * reclion spéciale d'un moine , vieux d'âge et d'expérience, qui, en le suivant dans la pratique journalière de ses devoirs, lui montrait toute l'aspérité du chemin conduisant à Dieu. Pendant les douze mois que durait le noviciat, on lui lisait à trois reprises différentes tous leschapilres de la Règle, et chaque fois on lui disait : « Voici la loi sous laquelle tu veux combattre ; si tu peux l'observer, entre parmi nous ; si tu ne le peux, retire-toi en liberté*. »
Après une année d'épreuves et de mûres réflexions, s'il promettait de garder fidèlement cette Règle à l'action «le laquelle il était libre d'échapper ou de se soumettre, mais dont il ne lui était plus permis de rejeter le joug
' S. Bencil. Hegul. c. lviii.
Is8 L\ RÈGLE BÉNÉDICTINE. .,-.
dès qu'il l'avait accepté volontairement, alors il pouvait être reçu dans la communauté1. Au jour fixé pourh^r1 profession, il se présentait dans l'oratoire du mot où tous les frères étaient assemblés, et là il jurait! vaut Dieu et les saints d'Observer trois choses : la stabilité ou permanence dans un même monastère, la réforme de ses mœurs et l'obéissance à la volonté des supérieurs. Ces vœux prononcés, il en signait rengagement écrit de sa main, en présence de l'abbé, et sous [invocation des saints dont les reliques étaient exposées devant lui, et il déposait solennellement l'acte sur Tautel. Puis, tous les frères ayant répété trois fois les mots : Gloire ù Dieu, le nouveau moine se prosternait aux pieds de chacun d'eux en leur demandant de prier pour lui. S'il possédait quelque bien, il devait, far ^ mi acte authentique, en faire don aux pauvres ou .* •au monnMère. Kntin , quand il s'était ainsi dépouillé. (h1 tout ce qui l'attachait au monde, il était revêtu de l'habit de la maison; mais, par une singulière précaution, l'habit séculier qui lui appartenait était déposé dans le vestiaire, atin qu'il pût l'y reprendre, si par malheur un fatal entraînement venait plus tard le faire sortir du monastère.
On le voit, l'auteur de la règle bénédictine avait pris tontes les mesures pour que la vocation du postulant lut soumise au plus sévère, au plus scrupuleux examen. Aussi, quand il avait passé par cette sorte d'initiation, qui rappelait celle que les maîtres de la philosophie antique imposaient à leurs disciples, le moine bénédictin ne trouvait point trop dur le régime sous le-
1 s. RpiiimI Rrgnl c inu.
LA RÈflElfeA K É D 1 C TIW I. 189
pd il dgvait vivjy. 0b reste, comme^pour tempértÊr ce c fK sa Règle pouvait avoir de rigoureux #en certains^ "ports, sur d'autres saint Benoit avait montré, ainsi pe nous l'avons indiqué plus haut, beaucoup' de doucetr, de prudence et de conciliation. Sur la prière, la «j(
■oumture, le travail, la manière de traiter les malades
et les inGrmes, il écrivit des préceptes admirables qui témoignent de sa vive et constante sollicitude pour les et les besoins de la nature humaine. C'est 1 belle réflexion que celle qu'on lit dans le chapitre consacré au soin qui doit être apporté à l'oraison : ■ Soyons certains, mes frères, que ce n'est point par de longs discours, mais par la pureté de notre cœur et l'amertume de nos larmes que nous devons nous adressera Dieu. Donc il faut que la prière soit courte et pure, courte surtout quand elle sera faite en commun '. »
Poursuivant l'analyse de ce livre d'or, comme l'appelle avec raison lp P. Tosti, nous allons apprendre quelles étaient l'organisation et la vie intérieure de fabbaye du Mout-Cassin à son origine. Sauf les précautions que nous avons rappelées, les portes en étaient ouvertes à tous les postulants, quels que fussent leur âge, leur rang et leur fortune. Dans un certain nombre de monastères, les sujets de race noble étaient seuls admis. Saint Benoit ne voulut point reconnaître un privilège aussi exclusif, et surtout aussi contraire à légalité
1 S. Beued. Hegul. c. ».
1M IV l'.htiLl Nfc\KDICTiNL
de lou> les eul'auts de Dieu. La communauté entière était divisée eu trois classes : les enfants, les novices, les proies. Offerts par leurs parents à l'abbé du monastère, les enfants auxquels <m donna par la suite le titre d*"/>/</f>\ formaient comme une pépinière sans cesse îeuouvelée de candidats à la vie monastique1. Tour eux. saint Benoit, devançant l'une des plus belles institutions de Charlemagne, avait établi une école dans l'intérieur du monastère, atin que chez les religieux comme chez leur saint abbé, la science, dit le |ki|h? tirégoire le Grand, vint rehausser l'éclat de la vertu. On a vu par quelles épreuves les novices, soit venu:* du dehors, soit élevés dans la maison, étaient initiés aux devoirs de leur état, pour monter au rang de proies, du jour où ils prononçaient leurs trois vœux solennels. Détenus moines, ils portaient la tunique longue et le capuchon, en >e serrant les reins avec une ceinture; en outre, pendant les travaux du jour, ils ajoutaient à ce vêtement un scapulaire qui leur couvrait les épaules et la poitrine. Leurs habits étaient d'une étoile commune, mais plus ou moins épaisse, selon le climat on la saison : quant à la couleur, la Règle ne prescrivait rien de particulier, engageant même les religieux, quand ils sortaient du monastère, à prendre un vêtement qui ne les singularisât point aux yeux des hommes du siècle1.
1 Dans le chapitre IV filiis n^'ilinm ti pauprrHm qui offtrmni*r% saint Benoit rêile minutieusement l'acte et la ct-rè inouïe dans lesquels les parent* devaient offrir 1- tir enfant. qui l-ii-nittine prenait part i cette consécration. car on lui fai>ait toucher de la main l'autel où était depo.<è l'acte.
* Il faut remarquer i\ c* si.j^t que dan> !»> premier* >iêchs del'Êplise. les moint « m»iU portaient un \vteinent particulier que Catien appelle pttHium. îandi* que le> ineinlii* du cKr^è skvulier ue se dis-
192 L.l RÈGLE BÉNÉDICTINE. ^
accordait une certaine mesure désignée sous le nom dyhémine\ Les légumes et le poisson étaient la base de leur nourriture; l'usage de quelques viandes cependant leur était permis; mais ils s'abstenaient de la chair des quadrupèdes, excepté dans les cas d'infirmités graves et de maladies. Pour qu'ils fussent plus prompts ii secouer Los langueurs du sommeil, ils dormaient tout habillés dans un dortoir commun et sous la surveillance d'un religieux plus âgé. Le temps du repos était réglé d'après la saison, enr ils se mettaient au lit aussitôt après le coucher du soleil.
Quoique les moines ne dussent absolument posséder rien en propre, « pas même leur corps ni leur volonté,» comme le disait la Règle, cependant la sollicitude prévoyante des supérieurs ne laissait pas de prendre sur le tonds de la communauté tout ce qui était nécessaire pour subvenir à leurs besoins. Afin qu'ils fussent le moins possible entraînés à rompre les lois sévères de la clôture, le monastère, véritable petite cité religieuse, renfermait dans son enceinte des jardins, des puits abondants, un moulin, une boulangerie, des ateliers de fabrications diverses, toutes choses enfin pouvant servir à l'économie domestique d'un vaste établissement. L'administration des biens de l'abbaye et la direction du service intérieur de la maison élaient confiées à un religieux portant le titre dvvelletier. Choisi entre tous les autres moines, il devait offrir pour cet emploi une réunion de qualités spéciales minutieusement indiquées par la
1 La livre de pain, qui était donnée à chaque moine, représentiit 5ans doute un poids supérieur à celui de la livre moderne. Tour la mesure de Yhémine, sur laquelle de longues dissertations ont été faites, elle équivalait, selon toute probabilité, à l'ancien seticr, ou à deux décilitres.
104 LA RÈGLE BENEDICTINE.
flexibilité du maitre à la tendresse affectueuse du père Non content de ces prescriptions imposées à la con science du chef de la communauté, le législateur, afii d'établir une nouvelle garantie contre tout excès di pouvoir, voulait que l'abbé, dans chaque circonstance importante, eût recours à l'avis des moines assem blés en conseil. Pour les affaires présentant moins d'in térét, il était prescrit à l'abbé de se servir seulemen du conseil des Anciens, c'est-à-dire des religieux qui par leur emploi et leur expérience, pouvaient être con sidérés comme les premiers dignitaires de l'abbaye Par cet ensemble de dispositions, il est facile de con staler que le pouvoir abbatial, quelque étendu qu'il pu être, n'était pas, ainsi qu'on l'a représenté souvent une petite autocratie sans bornes, sans contrôle et sur tout sans responsabilité, dans laquelle la volonté d'm seul faisait la loi de tous. Au-dessus de l'abbé et de ses moines s'élevait une puissance supérieure et infaillible, celle de la Règle, celte maîtresse souveraine, comme rappelle saint Benoit, à laquelle tous devaient obéir en toutes choses. Si l'abbé notamment exerçai! une autorité plus grande, sa part de responsabilité était d'autant plus considérable, et, à chacun des actes de son gouvernement, il entendait la voix solennelle de la Règle le rappeler en ces mots au sentiment de ses devoirs : « Souviens-toi que tu as reçu de Dieu la garde du troupeau qui t'est confié ; avant tout, occupe-toi du salut des âmes commises à ta surveillance, préférant ce soin important à celui des choses terrestres et passagères. N'oublie pas enfin que tu rendras compte de ta gestion devant le souverain juge, et qu'en ce joui redoutable tu ne répondras pas seulement de ton âme
100 LA IVÈGLE BÉNÉDICTINE.
des mouvements qui devaient s'accomplir dans sa communauté monastique, le législateur voulut encore prescrire la part d'activité individuelle que chacun des membres de l'association serait tenu d'y apporter* De là, un certain nombre de règlements spéciaux consacrés au travail des mains, à l'exercice de l'intelligence, aux lectures de chaque semaine, à l'ordre et au rang à garder dans la maison, à la conduite à tenir par les moines lorsqu'ils étaient en voyage. L'un des plus importants de ces chapitres commence par établir en principe que l'oisiveté étant l'ennemie de l'âme, il convient que les religieux donnent au travail manuel sept heures de la journée, de même que sept fois par : jour ils s'occupent à chanter les louanges de Dieu. Le soin minutieux avec lequel saint Benoit précise le temps pendant lequel, selon l'époque de Tannée, ils devront alternativement travailler et se livrer à la lecture ou i la psalmodie, indique assez toute l'importance qu'il attachait à entretenir parmi ses moines une salutaire et incessante activité. Des peines disciplinaires étaient portées contre ceux qui par répugnance ou par lâcheté refusaient de s'adonner au travail. Si la pauvreté du monastère ou la disposition des lieux obligeaient les religieux à faire eux-mêmes la moisson , ils n'avaient point à s'en affliger, puisque leur plus beau titre de gloire était de vivre des œuvres de leurs mains. 11 faut cependant, ajoute délicatement le législateur, que toutes choses se fassent avec modération, pour le soulagement des faibles et des infirmes, auxquels on ne donnera que des occupations proportionnées à leurs forces, afin de les soustraire à l'oisiveté, sans les accabler sous le poids du labeur.
les monastères à leur origine, sinon, pour parler le langage moderne, de véritables colonies agricoles exploitées par des travailleurs portant le nom de moines? Quand un emplacement avait été choisi par eux, il leur fallait défricher le terrain, bâtir des lieux réguliers et un oratoire; puis abattre les bois, dessécher les marais aux alentours, enfin se livrer à ce rude labeur auquel l'homme est soumis, chaque fois que son activité, stimulée par le besoin, est aux prises avec les forces de la nature. Mais lorsque cette période active et militante fut passée pour les moines, que leur travail et leur in* dustrie eurent assuré à chaque communauté un bienêtre augmenté encore par les libéralités des princes et les donations des fidèles, on modifia peu à peu les prescriptions de la Règle, de façon à pouvoir consacrer à l'exercice de 1 intelligence une grande partie du temps que ne réclamaient plus les occupations manuelles.
Les auteurs des différentes réformes qui eurent lieu dans Tordre bénédictin sanctionnèrent cette importante modification de l'autorité de leur nom. Après saint Etienne, fondateur de la congrégation de Clteaux, qui réduisit de sept heures à quatre le temps prescrit par saint Benoit pour le travail des maiiu, saint Bernard, tout en recommandant ce genre d'exercice aux religieux, le place bien au-dessous des œuvres spirituelles. 11 reconnaît donc que cette partie du règlement peut être modifiée, selon les circonstances, par la sagesse des supérieurs. Quant au célèbre abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, il approuvait aussi l'obligation du travail, mais il en bornait In pratique à la transcription des livres sacrés, comme satisfaisant à la fois à toutes
jamais subir un traitement trop rigoureux. Mais c'est principalement dans ce qui concerne l'exercice de l'hospitalité que se révèle le caractère éminemment social de la législation bénédictine. Quand on lit les admirables prescriptions renfermées dans le chapitre m la manière dont il s'agit de recevoir les hôtes, il semble qu'on respire les plus suaves parfums de la charité chrétienne, venant prêter un charme tout nouveau à ces nobles souvenirs de l'hospitalité antique, tels qu'ils son! consacrés dans les récits de la Genèse ou dans les poème* d'Homère. « Que tous les hôtes qui se présentent à 11 porte du monastère soient accueillis, prescrit la Règle comme s'ils étaient le Christ lui-même, car un jouri doit nous dire : « J'ai été voyageur et étranger, et wo m'avez reçu. » Que dès leur arrivée le prieur et quel ques-uns des frères aillent au-devant d'eux avec lofi les témoignages d'une tendre charité; qu'ils leur doi nent le baiser de paix, et, après qu'on leur aura lai les pieds et les mains, qu'on les conduise à la table (î l'abbé où le jeûne sera rompu à cause d'eux. Maissui lout qu'ils soient traités avec d'autant plus d'égards • de sollicitude, qu'ils sont pauvres ou étrangers, car c'e en eux, plus encore que dans les autres, que l'on reçc Jésus-Christ1. » Recommandation pleine dune to chante délicatesse, et qui peint mieux qu'une plus lo gue analyse ne saurait le faire le noble cœur q l'a dictée, et le beau livre où elle se trouve inscrite! On a loué dans tous les temps, on a commenté da toutes les langues la législation monastique tracée [ saint Benoit. La pape saint Grégoire le Grand l'a a
1 S. Bened., Reg., c. un.
202 LA RÈGLE BÉKÉDICTISE.
bénédictines. Dès Tannée 655, le concile d'Autun en prescrivait l'application dans tous les monastères de la Gaule1. Apres la célèbre assemblée tenue, en 817, à Aix-la-Chapelle, et où fut décrétée la grande réforme opérée par saint Benoit d'Aniane, on voit les pères des conciles de Douzy et de Londres déclarer que la règle bénédictine, écrite sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, était digne d'être placée entre les Écritures canoniques et les livres des saints docteurs de l'Église \ Des éloges mérités que cette Règle a pu recevoir, si nous voulions maintenant passer aux écrits et aux commentaires qu'elle a inspirés, la liste en serait si longue, qu'il nous serait impossible d'en donner ici même une simple énumêration. Parmi les écrivains les plus connus qui l'ont commentée, qu'il nous suffise de nommera la suite de saint Grégoire le Grand, Paul Diacre, saint Bernard, sainte Hildegarde, l'abbé Trithème, et dans les temps plus rapprochés de nous, Antonio Perez, D. Hugues Ménard, l'abbé de Rancé, Mabillon, Martène et dom Calmet Après les commentateurs, les historiens et les orateurs sacrés ont rendu un juste hommage au code monastique par excellence. Tandis que l'abbé Fleury en faisait ressortir les sages prescriptions dans son Histoire ecclésiastique, le Démosthènes de la chaire catholique résumait dans le plus magnifique langage le caractère d'une R'gle qu'il appelait « un précis du christianisme, un docte et mystérieux abrégé de loutc la doctrine de l'Évangile3. »
1 Concil. Auffiulodun. canon. 15.
' Labbe, Concil. Duziac. II, ad ann. 876. — Ibid., t. XI, can. 38, p. 899.
3 « Là paraissent avec éminence, ajoute Bossuel dans le panégyrique de saint Benoit que nous avons déjà mentionne, la prudence et* la sim-
temps. Ainsi les religieux, clans l'intérieur d'un monastère, étaient gouvernés par une autorité plus raisonnable, et d'une manière moins dure, qu'ils ne l'eussent été dans la société civile1.
Si la législation bénédictine a été, dans son ensemble, l'objet d'éloges unanimes, l'une de ses prescriptions essentielles, c'est-à-dire le principe de l'obéissance passive, n'a pu toutefois échapper à la critique. Pour nous, il ne nous semble possible d'admettre ni l'origine, ni les conséquences funestes qui sont attribuées à ce principe, soit qu'on le fasse dériver du culte rendu à la majesté impériale, soit qu'on le montre comme un fatal présent légué parles moines àl'Europe. En tliése générale, nous reconnaissons volontiers, surtout dans l'état actuel des idées et des (ails, qu'une société ayant pour base l'obéissance absolue serait conduite nécessairement au plus honteux, au plus intolérable despotisme. Mais, pour borner la question à son véritable terme, nous rappellerons encore une fois que saint Benoît écrivit simplement sa Règle pour conduire à la plus grande perfection possible les moines dont il était le chef spirituel, et qu'il n'eut pas la pensée ambitieuse d'établir une constitution destinée à régir les nations européennes. Quand il prescrivait aux religieux réunis en communauté d'obéir à leur supérieur, il n'avait d'autre but, selon nous, que d'opposer l'humilité, mère de toutes les vertus, à l'orgueil, père de tous les vices. Cette idée d'une complète mais volontaire soumission à l'autorité abbatiale, représentant cçlle de Dieu sur la terre, il ne put certainement la prendre dans le cérémonial officiel d'une
1 fiuizot. Hist. de ta civilisation en France, t. I. xiv* leçon, p. 434. Paris, Didier, 1840.
Si, laissant de côté ce point particulier du nous voulons maintenant rechercher les traces de l'influence romaine sur les institutions t Unes, nous les trouverions bien mieux carac dans l'organisation de la cité monastique, dont 1 resta si longtemps le plus parfait modèle. I reconnaissons, dans sa persistante vitalité, Fa ce vieux génie latin qui étendit à tous les cei population la constitution municipale à laquelle aux sept collines avait dû sa fortune et sa gr Nous présentons-nous, en effet, aux portes de conventuelle avec le désir d'y être admis? No mes reçus par Yostiarius, douce et avenante fi vieillard, choisi avec une discrète prudence pai les frères, comme étant, lorsqu'il s'agit d'accue hôtes, le plus habile « à recevoir et à rendre la 11 nous conduit au prieur, ou assistant de l'ai est le premier magistrat de cette petite républiq tienne, dont l'édile, ou le majordome, nous ( bien représenté par les fonctions tout admini du cellatius. Si nous sommes souffrants ou r des mains du père hôtelier, chargé de pourvoi] à nos besoins, nous passons entre celles du pi mier, qui nous ouvre le xenodochium !, dont le i
1 Le xenodochium, partie du monastère destinée d'abord à étrangers en général, fut ensuite spécialement affecté à rc pauvres et à traiter les malades. On peut voir aujourd'hui
Monique mêle comme un souvenir de POrient à des institutions originaires de PÉtrurie ou du Latium. Vou-' Ioohious poursuivre la comparaison entre le gouvernement du monastère et celui de la cité romaine, sans prétendre donner à cette comparaison un caractère trop absolu? Pénétrons dans la salle consacrée aux délibérations, et nous y verrons les curies latines figurées pr le chapitre ou assemblée de tous les moines, et kiénat par le conseil des seniores de Pabbaye, sorte èpatricial monastique chez lequel se reflétait, comme cfcez les patriarches de la Judée et les gérontes de t Grèce, la triple majesté de Page, de l'expérience ride la vertu.
Mais les impérissables souvenirs de l'organisation mncipale ne sont pas les seuls éléments qui s'offriront i nos yeux dans la constitution définitive de Pabbaye. Inage restreinte de la société fort mêlée, fort complexe fui existait alors, la famille monastique ne se composait pas seulement d'hommes issus de race latine, mais aussi d'un certain nombre de membres appartenant à la race germanique l. Or, avant que, par une révolution dont on n'a peut-être pas assez remarqué toute Pim. portance sociale, l'Église se décidât à élever aux hon-
spérimen de cette sorte d'Hôtel-Dieu conventuel dans un édifice trèsremarquable, dépendant de l'ancienne abbaye d'Ourscamp, située à deux lieoes de Noyon, département de l'Oise. Cet édifice, improprement désigné sous le nom de galle des morts, a été restauré par le propriétaire actuel, M. Peigné Delacourt, dont le zèle archéologique explore avec tant de soin une partie de la France, si riche en monuments et en WuYenirs historiques.
'Dan? une étude historique appliquée à un autre sujet, et ayant ttar litre : les Communes lombardes, l'Empire et la Papauté \ nous vons essayé d'établir quelle part d'influence lélénient germanique, en introduisant dans la cité romaine, exerça sur le sort de cette môme ité.
208 LA ItÊGLE BÉNÉDICTINE.
neurs du sacerdoce et de l'épiscopal des sujets d'origin
barbare, le nionachisme leur avait déjà ouvert se
portes, recevant sans distinction les faibles et les forts
les vaincus et les vainqueurs. Tous, Romains, Gaulois
Germains, quels qu'ils fussent, venaient chercher dan
ces asiles deux choses que ne pouvait leur offrir 1
monde extérieur, la stabilité, dune part, et de l'auto
l'association, toutes deux consolidées et unies entre elle
par le lien de la charité évangélique. Celte invasio
toute pacitique de moines barbares, en retrempant p
de jeunes et vigoureuses recrues la milice un pc
énervée des monastères, introduisit dans leur organis
tion intérieure des éléments étrangers qui ne tardère
pas à se combiner avec ceux dont elle s'était form
primitivement. Là vinrent s'enter et fleurir, comme*
nouvelles branches sur une tige ancienne, les mal
traditions de la Ghilde franke ou lombarde mêlées a
souvenirs toujours vivants de la sodalité gauloise et)
collège latin. Le respect de la loi, ce signe distinc
du caractère romain, pouvait-il ne pas accueillir vole
tiers le dévouement et l'honneur, ces nobles sentime
qui, nés à l'ombre des forêts Scandinaves- et gern
niques, devaient, pour ainsi dire, faire rame de la
ciété du moyen âge 7
Ainsi, dès le septième siècle, se constitua la cité ligieuse si justement appelée le ConvenUis, puisqu'i était un lieu de rendez-vous où se réunissaient les ces, les mœurs et les traditions les plus diverses. P assimiler des principes si différents, et surtout p attirer ces bandes guerrières du Nord, habituée vivre et à mourir autour d'un chef sous la foi du i ment et l'empire du comitatus traditionnel, que fal!
mairie de la science ; si elle occupa tous les degrés di sanctuaire depuis le sacerdoce jusqu'au souverain pou tîficat; si, enfin, les institutions bénédictines furen vantées comme un parfait modrle de gouvernement pe les princes, les docteurs de l'Église et les savants d siècle, ce sont 15, sans doute, de grands, de merveï leux résultats que, dans l'ordre providentiel, il est in possible de ne pas admirer. Et pourtant, soyons pe suadés que, si l'abbé du Mont-Cassin, sortant de so tombeau, fût venu les constater quelques siècles aprt sa mort, il eût moins béni Dieu de cette illustration toi jours croissante donnée à son ordre, que du nombi prodigieux d'âmes conduites par sa Règle à la perfectiô évangéliquo.
C'est ici pour nous l'occasion de le déclarer dan toute la sincérité de nos convictions, rien ne vient à no yeux couronner d'une plus belle auréole la personnalit de saint Benoit que la pensée exclusivement morale i religieuse qui lui inspira son œuvre. Si quelque chos pouvait ajouter un nouveau rayon à l'éclat de cette au réole, ce serait l'esprit de profonde humilité qui, © éloignant de son cœur toute préoccupation ambitieuse l'empêcha d'avoir même le pressentiment des glorieuse destinées réservées à ses institutions. Vainement quel ques-uns de ses apologistes, prêtant h son esprit A hautes conceptions que l'avenir seul se chargea de réa liscr, ont supposé qu'il ne voulait rien moins que relevé de son abaissement la société curopé une, l'asseoir su: les bases d'un nouvel ordre politique, et, en raniman partout le flambeau sacré des études, éclairer lin tell i gence de ceux dont il aurait d'abord réglé la volonté L'examen le plus scrupuleux de sa vie, l'analyse la çlu;
minutieuse de sa Règle, ne témoignent en aucune façon qu'il ail jamais conçu des desseins si vastes et si élevés f . «Chose remarquable! s'écrie l'auteur des Moines d'Ocaient en traitant le même sujet, rien dans sa Règle n'indique qu'il Tait écrite dans le but de la faire servir àd'autres monastères que le sien. . . Tout y est à l'adresse de cette seule famille monastique qui, par une merveilleuse disposition de la Providence, a servi de tronc à de si féconds et si innombrables rameaux. Pas plus que Romulus, en traçant l'enceinte primitive de Rome, ne se figurait qu'il enfantait le plus grand des peuples, Benoit ne pouvait prévoir l'œuvre gigantesque qui allait sortir de la grotte de Subiaco et des flancs du Mont-Cassin. Les maîtres de la vie spirituelle ont toujours remarqué que l'homme qui commence une grande œuvre ; lénie de Dieu ne se rend pas compte de ce qu'il fait. Keu aime à bâtir sur ce néapt 4. »
L'édifice construit sur ce néant a duré pendant de longs siècles, et il dure encore aujourd'hui. Malgré les orages, les révolutions, et ce qui est encore plus surprenant malgré les germes de mort que porte en soi toute institution humaine, l'ordre fondé sur la règle bénédictine a continué de vivre, et, remarquons-le bien, cette vitalité puissante, il ne l'a due qu'au principe même qui servit à le constituer. Tant qu'il a été fidèle à ce principe, sa situation s'est maintenue aussi glorieuse que prospère, et dès qu'il s'en est écarté, sa
f.rn seul passage des prescriptions données par saint Benoit sur les vêtements des moines, dont l'étoffe pourra varier selon la différence des pavs et du climat, peut faire croire que le législateur supposait que ses institutions seraient peut-être appliquées à d'autres monastères que celui du Mont-Cassin.
• Les Haines d'Occident, par le comte de Montalembcrt, t. Il, p. 09.
décadence a été prompte et les chutes lui sont devenues inévitables. En constatant ces résultats, glorifions encore une fois la législation monastique qui les a produits. Semblable à l'échelle de Jacob, dont saint Benoi rappelle lui-même la mystique image à ses disciples, cette Régie, si divine dans son esprit, si humaine dam ses préceptes, fut comme la voie ascendante que gra virent incessamment d'innombrables générations d< moines pour parvenir à leur céleste patrie. Pouvail-ellt manquer d'atteindre son but, quand, par une extrémité elle touchait à la poussière de ce monde, et que, pai l'autre, elle s'élevait jusqu'à la hauteur du ciel?
Aussi, pénétré de respect pour ce livre que saint Be noit écrivit dans cette môme solitude du Mont-Cassii que nous étions venu visiter, nous nous rappelons en* core l'impression ressentie par nous lorsque, pour h première fois, il nous fut permis de contempler Tantique exemplaire conservé parmi les trésors manuscrit! de l'abbaye. C'était quelques heures après notre arrivée vers la fin du jour, alors que le soleil s'inclinant au dessus du golfe de Gaële, et enveloppant d'un immensi faisceau de lumière le flanc occidental de l'Apennin, éclairait de ses rayons obliques la salle où nous avion* été introduit. Au contact des flots lumineux qui venaienl comme leurdonner la vie et le mouvement, tous ces vieux manuscrits nous semblaient s'animer. Secouanl leur poudre séculaire, on eût dit qu'ils voulaient nou; révéler» le mystère des pensées et des sentiments donl leurs pages renfermaient l'expression. Dans cette rich* collection, nous choisîmes le manuscrit renfermanl Y Exposition de la règle bénédictine, composée, il ] a onze cents ans, par Paul Diacre, et dont 1 écriture
chant ce manuscrit contemporain de l'époqui vingienne, nous nous rappelions que l'auteur s le correspondant et l'un des doctes favoris de magne, et que de la main qui avait composé Y de la conquête lombarde il avait tracé cette bel sition des devoirs monastiques dont il était à la I terprélc et le modèle. La Règle expliquée par « men taire, les plus saints personnages et les plu génies étaient venus, selon la tradition, la mé siècle en siècle. Dans ce livre, Grégoire VU, « Rome, saint Thomas d'Aquin, naissant à peine de l'intelligence, avaient puisé, l'un des conso l'autre de religieuses et sublimes pensées. S'il que Dante le consulla également avant d'éci traité de Monarchia, on dit qu'un autre poète, et malheureux comme l'illustre Florentin, leT plut à en relire les salutaires enseignements. À] grands esprits, combien de pieux moines, de vo érudits, de religieux pèlerins avaient voulu ce aussi ce livre dont nous-inôme nous désirions, tour, feuilleter les pages séculaires? Prologui rablc de la règle bénédictine l Précieux comn qui en expose si fidèlement l'esprit! Monumei rable de la science et de la foi d'un autre âge ! p vous longtemps encore ouvrir vos trésors de S2 tous ceux qui viendront de loin. pour s'en péné leur inspirer cette douce joie que l'âme ressent l à la contemplation de ce qui peut exciter en noble amour de la vertu!