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SCENE XVII

Les Mêmes, BENJAMIN, NICHETTE, LE BARON GAILLARD, derrière eux MA- DAME BOUJU, puis POSTEL.

MANETTE. — Qu'cst-cc quc ça?

NICHETTE. — La moisson de la soirée.

MANETTE. — Oti î le bcau pot de fleurs I Je l'enverrai à la campagne.

MADAME BOUJU, montrant Postal. — C'est de la part de monsieur.

MANETTE. — L'hommc à la lettre?

POSTEL, s'avançant. — On ne [)ourrait pas vous dire deux mots?

MANETTE. — Allez.

posTEL. — Vous n'avez pas lu ma lettre?

MANETTE. — Si. Vous m'invitez à souper comme ça tous les deux... mais je ne vous ai jamais vu... C'est donc le dernier cri d'inviter les femmes à souper sans les connaître?

POSTEL, clignant de Vœil. — On écrit souper pour ne pas dire autre chose.

MANETTE. — Quoi?

POSTEL. — Vous savez bien...

MANETTE. — Comment?... çaî

POSTEL, très gai. — Mais oui.

MANETTE. — Mais, malhcureux, vous n'y pensez pas, qu'est-ce que dirait ma mère?

POSTEL. — Votre mère.

MANETTE. — Vous dcvcz la Connaître?

Allez- vous quelquefois au Rois?

POSTEL. — Tous les jours.

MANETTE. — Eh bien, mais alors vous avez dû la voir, dans une Victoria, une dame en mauve, avec un chapeau à plumes blanches, des lunettes bleues et un petit chien blanc sur le strapontin. C'est elle.

POSTEL. — Allons donc!

MANETTE. — Même que j'ai élevé le chien au biberon.

POSTE L. — Vous vous moquez de moi!

MANETTE. — Je m'en garderais bien.

POSTE L. — D'ailleurs, qu'est-ce que cela me fait que vous ayez une mère. Nous l'inviterons.

MANETTE. — Manière?

POSTEE. — Puisqu'elle n'y voit pas.

MANETTE. — Ail çà, mais, jeune homme quel âge avez- vous?

posTEL. — Dix-neuf ans.

MANETTE. — Et VOUS êtcs cucore dans les rues à cette heure-ci? Mais votre famille vous élève très mal! Moi j'ai un tas de cousins de dix-neuf ans, ils sont tous couchés à dix heures.

MADAME Bouju. — Mademoiselle, votre voiture est avancée.

MANETTE. — Eh bieu, en route!

TOUS. — En route!

MANETTE. — Vous mc rccouduiscz jusquc chez moi?

BENJAMIN. — En trois voitures.

S AU VAL. — Comme une noce.

LE BARON. — Où est le marié?

MANETTE, prend le pot d'azalées. — Le voilà. (Elle en charge Postel.) Vous, portez moi ça jusqu'à ma voiture.

POSTEL, la 7'amène sur la scène. — Vous n'allez pas me défiler comme ça?

MANETTE. — Mais si.

posTEL. — Répondez au moins à ma lettre.

MANETTE. — Pourquoi, puisque je vous réponds tout de suite?

POSTEL. — Vous allez me rendre ridicule...

MANETTE. — Aux jcux de qui?

POSTEL. — D'ma sœur; tiens î

TOUS. — Sa sœur!

MANETTE. — Votrc SŒur est dans la confidence?

POSTEL. — Elle a vu sur la table la lettre que je vous écrivais...

MANETTE. — Et elle a averti voire maman?

POSTEL. — Pour ça, noni

MANETTE. — Qu'est-ce qu'elle a fait?

POSTEL. — Ma sœur m'a dit : « Si elle te répond, tu me donneras l'autographe. y>

MANETTE. — L'autographe.

TOUS. — C'est énorme!

MANETTE. — Et quaud je pense que l'on dit que c'est moi qui suis fin de siècle.

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