‹ Les mondainsChapitre 5 sur 22 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADAME ROUJU, Un Gardien DE LA Paix.

MADAME Bouju. — G'est VOUS, mousieur Vaillant?

LE GARDIEN. — Je ne vous dérange pas?

MADAME BOUJU. — Du tout... prenez la peine d'entrer...

LE GARDIEN. — Je vieus voir la loge I

MADAME BOUJU. — Elle est gentille, n'est-ce pas?

LE GARDIEN. — Je crois bien... Il a bien fait les choses, M. Boissel. On voit que c'est pour sa Manette I

MADAME Bouju. — Il lui doit bien celai

LE GARDIEN. — C'est vrai, car c'est elle qui emplit la salle.

MADAME BOUJU. — H J a du mondc, ce soir?

LE GARDIEN. — Commc ça; les loges, vous savez, n'arrivent guère qu'à dix heures.

MADAME BOUJU. — Et ils sout de bonne humeur ?

LE GARDIEN. — Hcu ! il va falloir que vous les fassiez rigoler...

MADAME BOUJU. — Mademoiselle Manette les réchauffera.

LE GARDIEN. — Faut avoucr qu'elle s'y entend pour faire rire.

MADAME BOUJU. — Il n'y a qu'à la regarder.

LE GARDIEN. — Et puis, c'cst son parler qui est limpide... Eh bien! croiriez -vous... au début elle me déplaisait.

MADAME BOUJU. — Bail!

LE GARDIEN. — Faut dire que je ne l'avais jamais ni vue ni entendue.

MADAME BOUJU. — Ah! alors...

LE GARDIEN. — G'est quand elle a débuté aux Champs-Elysées... J'étais là, de service à la porte... le soir, et alors il y avait un tas de consignes à part. Y avait des gens qu'il fallait laisser entrer ; y en avait qu'il fallait faire sortir... On ne reconnaissait plus le blanc d'avec le noir. Moi, je croyais que c'était elle qui faisait donner ces ordreslà, et je me disais : « En v'ià une poseuse I ... » Et puis, un soir, le gérant m'a dit qu'elle y était pour rien... même elle ne savait pas... Alors j'ai dit : « G'est une bonne fille I » Et, depuis ce jour-là, j'y ai fait un beau service à sa porte. Comme à l'Elysée... Ça lui ferait plaisir si elle savait ça I

MADAME Bouju. — Sûrement.

LE GARDIEN. — G'cst quc uioi, madame Bouju, j'aime les artistes.

MADAME BOUJU. — Vous en avez eu dans votre famille?

LE GARDIEN. — Ditcs... quc j'ai pratiqué moi-même.

MADAME BOUJU. — Commcnt ça?

LE GARDIEN. — Quaud j'étais au régi-

ment, j'marchais avec la musique... J'ai été second deuxième piston, madame Bouju, et je faisais les doublures.

MADAME BOUJU. — Voycz-vous ça I

LE GARDIEN. — A propos, jVoulais vous dire... donne-t-elle des leçons, mam'zelle Manette ?

MADAME BOUJU. — Nou, pourquoi ?

LE GARDIEN. — C'cst fâchcux I car j'y aurais proposé une élève.

MADAME BOUJU. — Et qui douc ?

LE GARDIEN. — J'ai uue bonne amie qui ferait très bien sur le théâtre. (On frappe.)

MADAME BOUJU. — Voilà quelqu'un pour mademoiselle, monsieur Vaillant. Excusezmoi si je ne vous retiens pas.

LE GARDIEN. — Suffit!... (Il sort.)

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