‹ Les mondainsChapitre 8 sur 22 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, MANETTE, SAUVAL, BENJAMIN, NICOT, D'ORIGNY.

MANETTE. — Hein? Madame Bouju , qu'est-ce que je vous ai dit?

LE BARON. — Ma chère divette...

POSTEL. — Mademoiselle...

FERRARO. — Signorina.

MADAME BOUJU. — Mademoiselle, ces messieurs sont entrés malgré moi.

MANETTE. — Nou, ïiOTi, messieurs... Il faut sortir... Et vous, madame Bouju...

CHANSON

Air : A Grenelle.

A la Porte,

Quand il viendra des nourrissons Vous leur direz : « Mes p'tits garçons, C'est pas comm'ça qu'on se comporte*..

A la porte! »

Quand il vous viendra des rasta's M'offrir des sacs de chocolats, Vous leur direz qu'ils les remportent... A la porte!

Quand il viendra de vieux pastels Pour m'offrir des petits hôtels, Ou d'payer mes manteaux chez Wort' A la porte!

Et maintenant, rompez ! . . . (On les met dehors.)

SAUVAL. — Ils reviendront.

NicoT. — Et ça ne vous touche pas cette constance -là.

MANETTE. — Moi? Il n'y a que l'infidélité qui me fasse battre le cœur... madame Bouju !...

MADAME BOUJU. — Mademoiselle...

MANETTE. — Qucllc hcure est-il?...

MADAME BOUJU. — Ncuf hcurCS I

MANETTE. — Allous, j'ai uuc bonuc demiheure à moi. A-t-on apporté le courrier?

MADAME BOUJU. — Il cst sur la toilette.

MANETTE. — Bou!... (Se tournant vers ses amis.) Mes enfants, vous connaissez les

habitudes de la maison... Vous allez décacheter pendant que je fais ma figure... Qui est-ce qui a une belle voix?

TOUS. — Moil

MANETTE. — Arraugcz-vous ! (Elle leur jette les paquet de lettres par-dessus son épaule. Ils les 7'amassent . )

SAUVAL. — J'ai le bon numéro... Écoutezmoi ça...

MANETTE, quî se maquille. — Voyons.

SAUVAL. — Ça vient de l'avenue de Vincennes... (Lisant.) « Manège du Progrès. » (Il vient au milieu de la scène.) « Mademoiselle, je vous ai entendue à votre concert. J'ai vu ce que vous faites ; j'ai compris ce que vous pouviez faire. Savez-vous ce que le public attend de vous ? Il attend qu'au grand galop, rataplan, rataplan, vous débouchiez sur la scène, à cheval.., un étendard à la main, dans la cuirasse de Jeanne d'Arc, et que vous lui chantiez l'hymne russe. »

MANETTE. — Il n'y a pas ça?

SAUVAL. — Laissez-moi finir! « Qui

"iG

VOUS empêche de réaliser ce rêve? La cuirasse ? Elle est à l'Hippodrome I L'hymne russe ? Il est dans toutes les bouches I Reste le cheval, et j'ose dire que j'ai votre affaire. Un agneau pour la douceur et qui a vu la rampe... Ce serait un jeu de vous adapter avec... » (Parlé.) Ci : douze leçons!

MANETTE. — Sauval... passcz-moi ce placet... il aura les honneurs du sac.

BENJAMIN. — Non... au mur.

MANETTE. — Va pour le mur. Voilà une épingle... (Benjamin accroche la lettre.) A qui le tour ?

NicoT. — Voilai « Foire de Montmartre.

Ménagerie modèle. Mademoiselle, il ne manque plus qu'une consécration à votre gloire : Entrer dans la cage aux bêtes féroces et y chanter une dé vos chansons. ...Quand il vous plaira, je réponds de mes lions et de moi-même. » Signé : ad ri en PEZON. » (Benjamin imite le rugissement du lion. Cris €1"* animaux.)

MANETTE. — Ah! mou Dieul... Est-ce qu'il est là?

NicoT. — Fermez la porte I

d'origny. — C'est une fausse alerte.

MANETTE. — Eh bien I moi aussi, j'ai une petite lettre à vous lire.

SAUVAL. — De qui?

MANETTE. — Une lettre d'amoureux.

NicoT. — Est-ce qu'il y a des vers?

BENJAMIN. — Ou un ctièque.

MANETTE. — Ni louis, ni rimes d'or.

C'est un poulet du jeune blanc-bec qui était là tout à l'heure. (Elle fredonne : « Quand il viendra des nourrissons. »j — « Mademoiselle, un jeune homme très moderne et dont la conversation ne vous ennuiera pas, vous invite à souper pour ce soir ou pour demain... Fixez le jour... Très pressé... Pour régler le menu... viendrai ce soir à onze heures... tète-à-tête naturellement. — Ça vous va?... Baise les doigts... louis postel. »

NICOT. — A la bonne heure I

BENJAMIN. — Il va au fait, celui-là I

d'origny. — C'est un garçon pratique.

SAUVAL. — Vous le recevrez?

manette. — Sûrement!

S AU VAL. — Manette, vous êtes sur une mauvaise pente.

MANETTE. — Écoutez douc, Sauval, je vois tant de vieux messieurs! (On frappe à la porte, le baron Gaillard passe sa tête dans la fente de la porte.)

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