Les mondes des esprits ou La vie après la mort
Croyez-le bien, lecteurs, je sais que je m’expose à un terrible danger en écrivant ce livre : — car les uns diront que je suis folle ; les autres, que je ne suis qu’un pauvre esprit borné, prenant pour vérité une chimère, une hallucination ou l’habile manœuvre d’un charlatan; d’autres enfin ne diront rien, ils se contenteront de hausser les épaules de pitié; à leurs yeux je deviendrai une fort ridicule personne.
Je m’attends si bien à ces trois accusations que je vais les discuter par avance.
Bien ne rend plus furieux un fou que de
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lui dire qu’il est fou ; eeei est un des traits caractéristiques de la folie. Eh bien, je sens que si on me traite de folle, loin d entrer en fureur, je rirai de bon cœur î donc je ne suis pas folle.
Un esprit borné! Voici encore une accusation qui ne me fâchera pas ; je prierai seulement qu’on se serve du mot limité, et je conviens avec empressement que mon esprit est très-limité; il est pratique, prosaïque, pas inventif du tout ; le merveilleux le charme peu; à une belle illusion il préfère la froide réalité. Aussi jamais au grand ja-
maisje n’aurais découvert ce lien qui unit le
monde terrestre et le monde céleste, la vie et la mort.
Très-incrédule et fortement ennemie du merveilleux, j’ai nié la vérité du spiritisme alors même que des hommes de haute intelligence m’affirmaient sa réalité, et que les Anglais et les Américains, peuples cal-
mes, n’ayantpointunesurabondance d’imagination, m assuraient la même chose. Je n’ai pas même cru après avoir vu, car, je 1 avoue à ma honte, je me disais : « Tous ces spirites, ces médiums, sont des farceurs qui essayent de tromper les crédules et les pauvres d’esprit. » Je n’ai cru que du joui ou, médium moi-même, je produisais les pareils phénomènes. Il m’était impossible de douter de ma bonne foi, j’étais forcée d’avoir confiance en moi, d’autant plus que, je le répète, je n’ai point à redouter les erreurs de mon imagination; elle est bien trop terne, trop pratique et terre à terre pour se laisser illusionner. Par conséquent, la limite de mon esprit et ses défauts sont unegarantiepourmes lecteurs.
Passons à ce ridicule dont je me couvre en osant venir parler de spiritisme, alors qu on a cru le tuer à toujours en le nommant « Tables tournantes ».
En effet, les hommes qui poliment veulent vous (lire: « Le spiritisme est une niaiserie, et vous tous qui y croyez vous n’êles que des imbéciles », ceux-là prennent un air de pitié dédaigneuse et vous disent :
« Ah ! vous croyez aux tables tournantes! »
En insinuant que je crois que le spiritisme est une réalité, que la communication entre ce monde et l’autre peut s’établir au moyen des tables, d’une pierre, d’un morceau de bois, etc., il est donc acquis que je m’expose à cette chose terrible, mortelle, qu’on nomme « ridicule ».
Ce ridicule est-il si terrible? fait-il des blessures mortelles? Je ne le crois pas. Que de gens qui depuis quelques années s en sont couverts, s’y sont vautrés à plaisir, et qui pourtant, hélas ! se portent fort bien !
N’ayant aucune réputation d’esprit, je' ne cours pas grand risque en m’exposant à ce que bien des gens me croient idiote.
Du reste, il est impossible de se soustraire au ridicule, quoi qu’on fasse : l’esprit humain est ainsi fait, que l’homme a une forte tendance à trouver absurdes les idées, les croyances, les opinions qu’il ne partage pas.
Celui qui voit le ciel bleu vous traite de myope si vous lui insinuez que vous le voyez gris.
Le sot qui se croit un grand homme vous prendra pour un parfait imbécile si vous vous permettez d’étre d’un avis contraire.
En politique, il est d’usage d’appeler ignares, crétins et coquins tous les hommes des partis opposés.
Les savants eux-mêmes n’ont que raillerie et dédain pour ceux de leurs collègues qui émettent des doctrines contraires aux leurs.
Il n’y a qu’un moyen de se faire une ré-
putalion d’esprit aimable et de jugement éclairé, c’est de trouver toujours son interlocuteur un homme de génie, de l’approuver en tout et pour tout, et de lui jurer que ses adversaires ne sont que des sots.
Mais alors il faudrait bien se garder de recevoir plus d’une personne à la fois, car une des deux vous trouvera stupide en vous entendant louer l'autre.
Mentir est peu dans mes aptitudes : je ne sais pas, et le mensonge me répugne, il me paraît dégradant pour l’homme. Nonseulement'je ne sais pas déguiser ma pensée, mais j’ai encore beaucoup de peine à me contenir assez pour ne pas la dire à un chacun brutalement.
Combien donc en est-il qui doivent me trouver ridicule !
Je suis trop bonne Française pour reculer devant le nombre de mes ennemis. Sans me préoccuper d’eux, je vais parler es-
prits, médiums, apparitions, écriture directe.
Un remords méprend, celui de dissimuler la raison,.la vraie raison qui me donne la bravoure d’écrire sur un tel sujet.
C’est toujours comme cela avec les femmes : au moment où elles vous jurent qu’elles ne savent pas mentir, elles vous cachent quelque chose!
Voici toute la vérité.
Depuis que j’ai acquis la conviction que le spiritisme est, qu’il est même palpable, j’ai tenté l’épreuve suivante, j’en ai parlé à toutes mes connaissances : elles se divisent en hommes d’une haute intelligence, en hommes d’une intelligence moyenne, et enfla en..., disons le mot, en nullités.
Parmi les premiers, beaucoup m’ont répondu : « Oui, le spiritisme est une science bien extraordinaire; elle vous ménage de bien grandes surprises. »
D’autres m’ont dit; «Nous ne nous en sommes pas occupés.» Ils ont écouté avec intérêt ce que je leur en disais, et ont conclu qu’ils voudraient voir et essayer d’analyser ces phénomènes.
Parmi la catégorie des esprits médiocres, presque tous ont essayé de me démontrer par un raisonnement toujours faux, etquelquefois absurde, que j’étais la victime d’une hallucination; ils ont essayé de m’éblouir par l’étalage de leur savoir ; ils m’ont parlé science; ils ont voulu m’écraser par leur intelligence qu’ils croyaient supérieure.
Lorsque je les ai priés de m’expliquer d’une façon scientifique les phénomènes produits, les uns m’ont dit : « Je n’ai pas vu, je ne veux pas voir, mais je sais que cela ne peut pas être. » — Les autres ont vu, et, devant l’évidence, ne pouvant nier, ils se sont contentés de me dire : « Ces phénomènes sont au-dessus de la science con
nue, explorée, analysée; mais croyez bien que tous sont dus à une cause physique :
ce ne sont pas les esprits des morts qui reviennent. » — Avec quelques-uns le dialogue suivant s’est engagé souvent :
« Croyez-moi, madame, ne vous occupez pas de spiritisme ; c’est une niaiserie, cela ne mène à rien. Quel service cela peut-il rendre? Aucun. »
J’ai insinué qu’il vient raviver notre foi, nous donner quelques renseignements sur cette vie qui commence pour nous de suite après notre mort.
A cela il me répète d’un air grave que tout ceci n’est que futilité, qu’il comprendrait et croirait au spiritisme si les esprits donnaient la cote de la bourse du lendemain ou bien indiquaient des endroits où se trouvent ensevelis des trésors.
Cet homme me trouve un bien pauvre esprit de préférer à ces indications un mot
— io¬
de souvenir d’un mort aimé, une espéranee pour cette vie future et éternelle. Moi, je songe tout bas, du reste, absolument la même chose de lui.
La troisième catégorie, celle-composée des vrais sots, est implacable. Pour elle, spirites et médiums ne sont que des fous, des êtres victimes de la faiblesse de leur intelligence; ceux-ci ne veulent pas même discuter, ils haussent les épaules d’un air . de pitié, ou bien ils déclarent que Dieu n’a aucune raison pour permettre ces communications, d’après eux,- et que par conséquent elles sont chimériques.
Quelques-uns m’ont dit : « Si l’esprit peut faire telle chose, eh bien, alors, j’y croirai. »
Impossible de leur faire comprendre qu’il est fort probable qu’aucun esprit ne tient énormément à'ies convaincre ; les esprits se manifestent à ceux qui songent à
eux ; qui, au milieu de ce monde terrestre, vivent un peu par la pensée dans le monde spiritualiste, et non pas aux matérialistes qui mettent les choses de la terre bien audessus de celles d’en haut.
C’est donc surtout aux yeux dès sots que je passerai pour un esprit borné : je m’en console. Le moyen, du reste, d’avoir de l’esprit avec eux?
N’avez-vous pas remarqué cent fois combien la bêtise humaine est contagieuse? L’homme le plus spirituel de la terre, s’il passe une heure avec un imbécile, se sentira devenir d’un bête inouï.
Si je suis par trop attaquée à cause de ce livre, j’espère bien que quelques journalistes me défendront; j’en connais trois qui sont non-seulement spirites, mais encore médiums. Je ne les nomme pas, je suis trop femme pour n’être pas discrète, et peut-êtreveulent-ïls cacher leur croyance
au public; cependant, si une sœur en spiritisme courait un danger, je suis bien sûre que le chevaleresque et excellent cœur me défendrait dans son journal, et il pourrait dire : « On peut croire au spiritisme sans être folle ou idiote; car, moi, intelligent et spirituel, j’y crois. »
V***, qui, quoique républicain, est bon et serviable, serait aussi trop galant homme pour ne pas prendre ma défense et dire :
« Moi aussi, je suis un croyant. »
Je compte moins sur le troisième, car plus d’une fois il m’a dit ; « Le vulgaire ne peut croire au spiritisme; il estdonc inutile d’avouer que l’on a foi en cette science, pour ne point être tourné en ridicule par lui. » Voilà ce qui s’appelle n’avoir pas le courage de son opinion.
Mais avec deux défenseurs comme *** et ***, je n’ai rien à craindre, et hardiment je dis : « Le spiritisme est; la communica-
tiern avec ce monde-ci et les autres est possible, elle est réelle, et je vais vous conter les phénotnènes que j’ai vus, vous dire les communications que j’ai reçues. Auparavant, deux mots encore sur les deux écoles spirites.
Il y a les spirites spiritualistes et les spirites matérialistes. Ces derniers ne nient aucun des phénomènes, car ils les ont étudiés avec soin ; seulement ils vous disent :
« Nous ne pouvons admettre la communication possible entre ce monde et l’autre. »
Quelques-uns insinuent qu’ils ne croient pas à l’âme et que, par conséquent, ils ne peuvent admettre les esprits.
« Mais alors, leur dites-vous, comment expliquez-vous ces phénomènes? »
Les uns vous répondent qu’ils sont impuissants à les expliquer. D’au très vous assurent que cesphénomènessont purement physiques, qu’ils sont dus aune force nerveuse
que certaines personnes possèdent, force qui, jusqu’à ce jour, a échappé à l’examen de la science.
M. A. M., un savant, un homme d’une haute intelligence et d’un grand savoir, soutient une singulière thèse. Voici la discussion que nous avons eue un jour, et comment elle est venue.
Je ne connaissais pas ses idées matérialistes. Un jour il vient chez moi et me prie de poser ma main sur la sienne pour voir si, aidé de mon fluide, il pourra écrire spiritiquement. J’essaye, mais en vain.
M. A. M. part, et alors vient un esprit qui m’écrit spiritiquement la phrase suivante :
« Il est bien inutile que vous essayiez de communiquer votre fluide à M. A. M., il ne sera jamais spirite; les esprits ne viendront pas à lui, car il ne croit pas en eux. Matérialiste complet, il attribue tous les phénomènes que nous produisons à
— lo —
une essence, à une faculté de la nature humaine; il n’est pas même très-convaincu de l’existence de l’âme. »
J’étais très-étonnée et j’avais quelque peine à croire que telle fût l’opinion de M. A. M. Quelques jours après il revint me voir. Je lui montrai ces lignes.
« Mais c est parfait, c’est exactement ma pensée sur le spiritisme. Depuis vingt ans je l’étudie; j’ai constaté les effets, je n’ai jamais pu arriver à en deviner la cause, seulement je suis convaincu qu’elle est toute matérialiste.
C est impossible. La matière se meut, se dissout, se constitue sous l’influence de divers agents ; mais elle ne saurait raisonner et penser. Ainsi je pose les mains sur une table, des coups sont frappés : « Effet d’un magnétisme humain non bien connu encore, me direz-vous. — Fort bien; mais ces coups sont frappés avec intelligence et
réflexion, car ils forment des mots, des phrases ayant un sens.
— Ceci, me répond M. A. M., est produit par la volonté de votre cerveau qui donne à la table l’ordre de frapper sur telles et telles lettres.
— Mais remarquez, monsieur, que la force qui fait mouvoir la table peut répondre à votre pensée à vous, elle donné un nom que vous prononcez mentalement.»
— L’explication en est simple : vous avez la double vue, vous lisez dans ma pensée ; une fois que vous l’avez sondée, vous donnez des ordres à la table.
— Pardon, mais je vous jure que je n’ai pas la double vue.
— Vous l’avez sans vous en rendre compte.
— Si ma volonté, mon intelligence, ma pensée ne se rendent pas compte de ce que vous pensez, quelle est l’essence en moi
qui le connaît et impose à ce meuble inerte l’ordre de vous répondre? Notez que la réponse est le plus souvent tout à fait imprévue pour moi.
— Celte essence, cette force, voilà précisément ce qui est inconnu et ce que je voudrais connaître afin de l’analyser, me dit M. A. M.
— Et si la phrase formée par ces coups • me prédit un événement, quelle explication donnez-vous?
— Une toute simple : cette faculté inconnue se détache de vous un instant, va sonder l’avenir et vous apporte cette nouvelle, et alors elle impose à ce meuble l’ordre de vous la communiquer.
— Comment expliquez-vous les renseignements que m’a donné l’esprit l’autre jour, après votre départ, sur le matérialisme de vos croyances?
— D’une façon bien naturelle. Noire
cerveau est un composé d’atomes; quelques-uns des atomes de mon cerveau étaient restés chez vous, ils se sont introduits dans le vôtre et lui ont appris mes pensées. — La pensée est un fluide qui se dégage de la matière, c’est une de ses nombreuses facultés. — Si un jour les savants se donnent la peine d’étudier avec soin la matière qui constitue le corps humain, ils verront que la pensée, le raisonnement, l’intelligence, ce tout que Ton a nommé âme, n’est qu’une essence de la matière même, essence qui se dissout dès que ta matière se dissout elle-même. »
J’avoue que ce que M. A. M. nomme naturel me paraît, à moi, bien 'plus merveilleux et difficile à admettre que la vérité, ou ce que je crois la vérité. Cette double vue inconsciente me paraît difficile à admettre, et je ne crois pas à la possibilité d’imposer à un objet sans vie, inerte, l’ordre de se
mouvoir, de frapper avec intelligence telles ou telles lettres. Notez que les esprits ne vous obéissent pas le moins du monde; souvent on les évoque, on appuie fiévreusement les mains sur une table, et rien ne se produit, aucun coup, pas le moindre mouvement; d’autres fois, et sans qu’on y songe, ils viennent se manifester à vous.
Pour moi, qui crois fermement à l’âme, car je sens les aspirations de la mienne vers son créateur et souverain maître, je ne puis admettre l’opinion de M. A. M.
Chrétienne, je retrouve des preuves de l’ancienneté des croyances spirites dans la Bible et dans l’Évangile. Si les esprits prêchaient une religion autre que celle du Christ, je croirais que les auteurs des ouvrages de théologie ont eu raison en disant : « De tout temps on a connu le moyen d’entrer en communication avec l’esprit des morts au moyen de ta pierre ou du
bois ; mais il est dangereux de se livrer à ces pratiques, car le plus souvent les mauvais esprits seuls viennent. »
Que les mauvais esprits seuls viennent, nous avons mille preuves du contraire, car l’esprit qui vient vous exhorter à la foi, à la prière, à la charité envers le prochain, ne saurait être un mauvais esprit. Peut-être, ayant péché, a-t-il encore à expier; mais, connaissant le châtiment d’une vie mauvaise et sans foi, il exhorte les humains à ne pas l’imiter; de plus, sachant par expérience que toute faute est punie, il évite d’en commettre d’autres.
Pourtant je dois dire qu’il vient parfois des esprits peu épurés ; mais leur influence ne pourrait être mauvaise pour un homme intelligent. Le plus mauvais des esprits vous demandera des prières et sera recohnaissant de celles que vous direz pour lui.
Enfin, puisque les savants n’ont pu expli-
— tiquer les phénomènes spirites, il me paraît plus rationnel de croire ce que nous dit cette force, cette pensée qui vient vers nous, que de chercher une autre explication.
Dans les contradicteurs du spiritisme, j’ai trouvé des hommes le réfutant par des arguments si dénués d’esprit, et eux-mêmes ont montré une telle absence d’intelligence, que ma croyance n’a pu être ébranlée.
Maintenant, beaucoup de personnes viennent assister à des expériences spirites, et, se regardant entre elles d’un air de raillerie dédaigneuse, ils se chuchotent à l’oreille qu’il y a autour de la table des compères, que ces coups sont frappés par une habile manœuvre; elles cherchent à voir si nous n’avons pas des petits marteaux adhérents à nos souliers! Un jour, on avait laissé entrer une famille de bons bourgeois bien bornés et voulant faire les
malins; ils ricanaient, ils chuchotaient, et je les entendais se dire : . « Tous ces gens qui sont à la table sont des compères. »
Impatientée, je leur dis à haute voix :
« Vous avez raison; M. le comte de M..., là présent, le colonel L..., le général I..., l’avocat L..., M. de T..., savant distingué, M. d’A..., chambellan de l’empereur de Russie, et enfin votre humble servante, nous nous exerçons depuis sept ans à nous faire les compères de notre aimable médium, et cela par la seule raison que nous pressentions que nous aurions un jour l’honneur de répéter devant vous autres notre petite comédie. »
A côté de ces gens croyant encore qu’il y a un truc, il y a les hommes qui pensent que tout ce qui sort des'idées admises par tous, que tout ce qui prise le merveilleux ne saurait être accepté que par des esprits faibles, et alors pour se poser en esprits
forts, ils vous disent: «Nous croyons les phénomènes spirites , nous constatons qu’ils sont réels , palpables même ; cependant nous ne pouvons pas admettre le surnaturel... »
Voici le grand mot,— «le surnaturel! »
Que ces gens-là me feraient donc plaisir s’ils voulaient bien m’apprendre ce qu’ils appellent surnaturel.
Pour moi, je nomme surnaturel tout ce qui est au-dessus des forces physiques et intellectuelles de l’homme.
Or dites-moi, je vous prie, si tout n’est pas surnaturel autour de nous ?
L’homme le plus savantpeut-il faire germer une graine de sa composition?
Croyez-vous que le premier homme à qui on a montré un gland, et auquel on a dit que ce gland jeté en terre deviendrait un chêne, n’ait pas crié à l’impossible et au merveilleux? Et lorsqu’on lui a montré
une petite graine imperceptible et qu’on lui a dit; « Jetée en terre elle deviendra un bel arbuste qui portera des roses , fleurs possédant un parfum exquis, n’aura-t-il pas dit: « C’est impossible »?
Que tous les savants réunis essayent de fabriquer des graines artificielles, elles ne germeront pas, car Dieu possède seul le secret du germe de vie.
Tous nos savants astronomes sont bien forcés de reconnaître la main d’un ouvrier surnaturel dans ces milliers de mondes suspendus sur nos têtes. Ils admirent ces phénomènes, ils cherchent à les expliquer; mais une explication n’est réelle et rationnelle que lorsqu’on peut fournir la preuve comme on la donne en mathématiques, tandis qu’en astronomie on raisonne par hypothèses et conjectures... Tous ces mondes appelés parles humains soleils, lunes, planètes, étoiles, vus de la terre, ressem-
blent à ces phares qui indiquent aux marins que là est le port. Oui, là-haut est le port; mais on ne connaît les mystères de ces refuges qu’après la mort; jusque-là ils restent pour les humains l’emblème du surnaturel.
L’homme, c’est-à-dire l’âme emprisonnée dans sa prison d’os et de chair, est entouré du surnaturel, et il se débat dans un épais nuage d’ignorance; ses forces sont limitées, son intelligence est limitée, sa puissance est limitée. Aussi, que sont tes forces scientifiques humaines à côté de cette grande science surhumaine qui a fait l’univers?
Les savants peuvent-ils seulement faire naître la brise, arrêter la tempête ?
Ils ne peuvent pas même arrêter « des ans l’irréparable outrage ». La vieille femme fardée, avec ses cils peints, ses lèvres
au vermillon, sa perruque et son faux râ-
telicr, représente la quintessence de la science humaine; la jeune fille fraîche et rose est l’œuvre de l’ouvrier surnaturel.
La science humaine fait la poupée bien articulée, le bébéqui dit «papa»,le joueur de flûte de Vaucanson, son petit oiseau gazouilleur ; — l’ouvrier surnaturel fait l’homme avec son mécanisme merveilleux, avec ses deux natures, la matérielle et l’immatérielle; il fait le rossignol; d’une graine il fait venir une fleur suave; d’un œuf inanimé il fait sortir une poule, un paon ou un oiseau; — il fait métamorphoser cette horrible chenille en superbe papillon ; il fait des merveilles que l’homme accepte, car il les voit, mais qu’il ne peut ni refaire ni expliquer.
Le spiritisme est encore une des merveilles surnaturelles de l’ouvrier divin'; nous voyons ses phénomènes sans pouvoir les expliquer, mais ils ne sont pas plus
surnaturels que tout ce qui nous entoure, ils sont moins eonnus, voilà tout.
Dans cinquante ans d’ici on trouvera extraordinaire que jadis on pût ignorer ou nier qu’il y avait un lien, un moyen de communication possible entre ce monde-ci et l’autre.
En attendant, e’est en France que cette science trouvera le plus d’incrédules , car le Français est peu chercheur, et les idées nouvelles le charment moins qu’on pourrait le croire.
Si Christophe Colomh était venu dire dans notre France qu’il existait une autre partie du monde, on lui aurait ri au nez, en lui faisant cette observation digne de M. de la Palisse : « Allons donc, farceur!
Si elle existait, nous le saurions... Nous l’ignorons, donc elle n’existe pas. »
D’un autre côté, le Français, qui a une bravoure sans pareille devant la mitraille
ennemie, devient généralement pusillanime devant le ridicule : braver la mort lui paraît plus facile que de braver la raillerie des sots. Aussi le Français spirite n’ose pas toujours l’avouer, et beaucoup préfèrent nier cette science sans se donner la peine de l’étudier; ils auraient bien trop peur, en se livrant à des expériences de spiritisme, de passer pour des esprits faibles et crédules.