‹ Les mondes des esprits ou La vie après la mortChapitre 2 sur 16 · DIVERS GENRES DE MËDIANIMITÉ · texte numérisé non relu

DIVERS GENRES DE MËDIANIMITÉ

Ceux de mes lecteurs qui ne se sont jamais occupés de spiritisme se demanderont par quels moyens on communique avec les esprits, quels sont les phénomènes obtenus, et en quoi consiste le don de médianimité.

C’est pour eux que j’écris les lignes suivantes.

Celui qui peut évoquer les esprits et communiquer avec eux est appelé médium ou voyant, et ce don porte le nom de clairvoyance ou médianimité.

Il y a le médium typtologue le médium intuitif, le médium auditif, le médium voyant, le médium écrivain ; celui-ci écrit ou par la direction de la main ou par la transmission de la pensée.

Le médium typtologue a le pouvoir, en posant les mains sur une table, un meuble quelconque, une planche, une pierre même, de faire frapper dans l’intérieur de ce meuble ou de cette pierre des petits coups qui ressemblent assez aux détonations électriques.

Comme je l’ai dit déjà, les incrédules insinuent que ces coups sont le résultat d’une sorte de magnétisme que possède cette personne. Si cela était, les coups seraient frappés sans suite et au hasard, tandis qu’il y a' si bien une pensée qui les dirige que, supposez le médium ayant les mains sur la table, les coups commencent, et vous, incrédule, vous'pouvez dire mentalement l’alphabet ou encore en avoir un en main, en toucher les lettres avec une plume, un crayon, et sans que le médium voie les lettres que vous tou-

chez. Et l’esprit présent vous marque des lettres, ces lettres sont des mots qui sont des phrases ayant un sens; vous pouvez évoquer mentalement un mort, il vous répond, il donne son nom.

Avouez qu’il est impossible de soupçonner la fraude en agissant ainsi.

Du reste, laissons le charlatanisme de côté; car, si on pourrait à la rigueur se méfier de quelques médiums qui, n’ayant aucune fortune, utilisent leur don de médianimité pour vivre, il y a, même à Paris, une foule de médiums qui ne se servent de ce don que pour eux et leurs amis. Rien qu’à ma connaissance, il y a à Paris une princesse, une comtesse, cinq femmes riches et du meilleur monde, un auteur célèbre, plusieurs auteurs de talent, trois journalistes trèsconnus à titres diflérents, deux magistrats, deux hauts fonctionnaires de la.je m’ar¬

rête, soyons discrète, ils ne veulent peutêtre pas que cela se sache, qui sont médiums.

Maintenant, je parlerai de mon humble

personnalité. Je suis médium, mais certes je n’en fais et n’en ferai jamais métier; pour un million je ne m’exposerais pas à ce qu’on doutât de ma bonne foi et de ma véracité. — Je ne me sers de ce don que pour moi. — On ne pourra pas m’accuser de me donner à faux ce pouvoir pour me poser, puisque, en avouant que je suis médium, je ne m’expose qu’à me couvrir de ridicule aux yeux de certaines gens. S’avilir à mentir pour arriver à ce résultat serait plus que de la folie, convenez-en!

Avec un médium typtologue, ayant les mains sur une table, vous pouvez encore obtenir que la table se soulève du sol à une hauteur de trente, quarante et cinquante centimètres. Une personne présente peut penser mentalement à un air et prier la table de le rhythmer, et elle obéit de façon que toutes les personnes présentes reconnaissent le motif.

J’ai vu très-souvent arriver ceci : dans nos réunions spirites, un de nous amène un

curieux ou une curieuse, on ne prononce pas son nom, et tout à coup vient un esprit qui fait une communication personnelle pour cette personne, et il signe tous ses petits noms, donne la première lettre de son nom de famille. Souvent la personne qui a présenté ce curieux ignorait elle-même les petits noms de l’esprit qui vient ainsi se manifester sans être évoqué. Du reste, dans ce cas-là, cet esprit fait allusion à un fait connu seulement de la personne, ou enfin il lui parle de façon à bien lui prouver que c’est lui, bien lui, qui est là. Ces curieux, ainsi convaincus, deviennent alors des croyants et viennent grossir le nombre des spirites.

C’est ainsi que je suis devenue moi-même croyante. Il y a sept ans , un médium typtologue, M"' Huet, était chez moi. Des amis qui étaient en visite la prièrent de mettre les mains sur la table. J’étais plus qu’incrédule à cette époque, et, je l’avoue, je croyais que ce que j’appelais, moi aussi, les tables tournantes n’était qu’une agréable

fafon de passer le temps; mais les coups frappés distinctement commencèrent à m’étonner, car je savais bien que ma table n’était point machinée pour la circonstance.

On demande à l’esprit de se nommer, il frappe des lettres qui forment deux noms que ni le médium ni personne ne connaissait. Ces noms, Marie Louis, étaient ceux d’un enfant que Dieu m’avait repris. On comprendra facilement ma poignante émotion.

Je suppliai mes amis de s’éloigner de la table; le médium se leva comme pour me prouver que ce n’était point lui qui frappait les coups, et, debout, aussi éloigné de la table que possible, il laissa une de ses mains sur la table. Les coups continuaient, et, comme pour me mieux convaincre, l’esprit vint les frapper sous ma main. Je comprenais bien que la fraude était impossible, M”' Huet m’était connue par son honorabilité parfaite... et pourtant, ennemie du merveilleux, je ne pouvais croire. Alors j’adressai mentalement un appel suprême à mon enfant

adoré ; je lui dis que si c’était bien son âme qui était là vers moi, je le conjurais de me dire quelque chose que Dieu, lui et moi seule sachions ; je lui parlai mentalement. Je disais mentalement les lettres de l’alphabet; dès qu une était frappée, je l’écrivais sur un papier; j’allais vite, j’avais la fièvre et je ne me rendais pas compte do la phrase que feraient ces lettres que je jetais sur le papier. Lorsque ce fut fini, je lus t le cher ange •m’avait écrit les dernières paroles qu’il m’avait dites avant de mourir. J’étais seule avec lui, et je ne les avais répétées àpersonne. Enfin il m avait mentionné un fait connu de nul autre que de moi; puis il avait ajouté :

« Je suis désolé de te voir dans un tel état d’émotion, ma mère chérie, et j’attendrai que tu sois un peu plus forte contre la douleur de cette cruelle séparation pour me manifester encore à toi. »

Aucun doute ne m’était plus possible ; aussi depuis ce jour j’ai étudié le spiritisme en Russie, en Allemagne, en Amérique et en

Angleterre, et j’ai vu des hommes d’une haute valeur intellectuelle y croire, et quelques-uns écrivant sous la dictée des esprits. J’ai assisté à des phénomènes bien curieux ; ils se produisaient entre savants et gens du monde : l’idée de trucs était impossible à admettre.

Entre autres choses curieuses, j’ai vu ceci en Amérique :

Une jeune fille, repasseuse de son état et âgée de dix-huit ans, alla un dimanche assister à une séance publique de spiritisme.

Au bout d’un quart d’heure elle parut en proie à une invincible envie de dormir, et une demi-heure après elle était plongée dans un sommeil si profond que ses parents lui secouaient la main sans arriver à la réveiller. « Le spiritisme ne l’amuse guère », disait la mère en souriant. Mais soudain la jeune fille se lève, et, tes yeux fermés, elle se dirige vers la tribune. Étonnés, on lui fait place, et elle commence un discours en une langue que personne ne comprend. Cependant de

nouveaux auditeurs entrent, dont un est professeur : « Mais quelle est cette jeune fille qui parle hébreu! » s’écrie-t-il.

Son discours fini, elle rouvrit les yeux, demeura fort confuse de se voir à la tribune; elle ne se souvenait de rien.

Depuis elle vient tous les dimanches à l’institut spirite; dès son arrivée elle s’endort et elle va à la tribune. Elle fait des discours tantôt dans une langue, tantôt dans une autre; ils sont toujours d’un style pur, correct et de pensées élevées. Réveillée, elle ne connaît que la langue anglaise.

Comment admettre le charlatanisme? D’abord, cette fille ne tire aucun argent de ce don, et est-ce possible'que cette fille, âgée de dix-huit ans, qui passe ses journées à repasser, ait pu prendre assez de temps sur son sommeil pour apprendre huit ou dix langues, de façon à faire un discours éloquent dans chacune d’elles?

Si réellement elle connaissait ainsi toutes ces langues, au lieu de rester repasseuse

elle se ferait professeur et gagnerait beaucoup d’argent : les Américains pensent que le savoir n’a pas de sexe; elle obtiendrait des places même dans les instituts.

De retour en France, la guerre m’a empêchée de m’occuper du spiritisme. Enfin, il y a dix-huit mois, le hasard m’a fait rencontrer avec M'‘“ Huet; j’ai assisté aux intéressantes scènes de spiritisme qu’elle donne et auxquelles assistent des hommes intelligents qui presque tous ont un nom connu par leur haute situation.

Mon cher Marie Louis n’était jamais revenu, comme il me l’avait dit : il avait voulu non pas me laisser le temps de me consoler, —rien ne console delà perte d’un enfant,— mais il avait voulu laisser mes nerfs se calmer de l’affreux ébranlement que sa mort leur avait causé. Mais l’an passé il est enfin venu me dire quelques mots de douce consolation.

A une séance je l’évoquai et je lui demandai si je deviendrais médium, llmerépondit:

«Oui, bientôt; demande à Dieu cette grâce; de mon côté, moi, je la lui demande pour toi. »

Avant cette époque, j’avais essayé bien souvent, j’avais passé de nombreuses heures les mains sur une table; mais je ne sentais pas le plus petit mouvement ni je n’entendais pas le moindre craquement. Dix jours après que mon petit ange m’eut annoncé que je deviendrais médium, un ami me demanda comment faisait le médium pour obtenir des communications. Je posai les mains sur une lourde table pour lui montrer, et voilà que cette table s’agite et vient vers moi. Je l’avoue, je me suis reculée toute saisie, caria première fois que l’on sent cette force qui fait mouvoir ce meuble inerte, cela vous fait, je vous jure, un singulier effet.

Depuis, j’ai pu communiquer directement avec les esprits, ce qui a été une immense joie pour moi ; mais les communications à obtenir par la table sont lentes, il faut un quart d’heure pour faire une phrase, et sou-

vent je déplorais celte lenteur, qui, vu l’impatience qui m’est naturelle, me donnait fortement sur les nerfs.

Un esprit ami, qui faisait mouvoir ma table, m’écrivit un Jour la phrase suivante : « Ce mode de communication est, en effet, pénible et fatigant. Vous avez le don d’écrire sous la dictée de l’esprit ; prenez un crayon et du papier, et écrivez. » J’obéis, tout en me disant que ce moyen était moins bon, car je ne serais jamair sûre de ne pas écrire simplement ma pensée. Dès la première épreuve je fus rassurée, l’esprit me fit écrire avec une rapidité extrême. J’écrivis sans savoir ce que j’écrivais; ma pensée était comme paralysée. Je ne pensais pas, je regardais machinalement courir ma plume sur le papier. J’écrivis ainsi plusieurs pages. Cela fait, j’étais comme une personne qui s’éveille; je lus, et ce que j’avais écrit était de l’imprévu pour moi.

Depuis, c’est par ce moyen que je communique le plus souvent avec les esprits.

Ceux que j’évoque viennent; parfois, il en vient que je n’ai pas évoqués, qui me disent leurs noms, ce qu’ils ont été. Souvent ils me demandent des prières.

Certains incrédules me disent : « Sans vous en rendre compte, vous écrivez ce que vous avez dans l’imagination. )»

J’ai eu mille preuves du contraire ; je vais vous en citer une au hasard.

Un jour, un esprit vient et m’écrit ceci :

«Machère amie, que vous aviez raison de me dire que cette vie n’était que le commencement d’une autre, et de m’exhorter à songer à mon salut! Moi qui croyais qu’après cette vie tout était fini, jugez quel a été mon étonnement et mon effroi lorsqu’après avoir rendu le dernier soupir, je me suis sentie revivre. Alors je me suis figuré que je m étais sentie mourir dans un cauchemar, et que je me réveille; mais je sens que je nage dans l’air, qu’une force invincible me fait monter, et je me vois entourée d’élrcs

fluidiques qui me regardent, chuchotent et ricanent entre eux de ma surprise. C’étaient les mauvais esprits, conducteurs des morts ayant vécu sans la foi, qui venaient me chercher pour me conduire entendre mon arrêt. Mon amie, je suis dans une mauvaise, bien mauvaise sphère; l’expiation sera longue. Je vous en conjure, priez pour moi. »

Je n’avais reçu la nouvelle de la mort d’aucune de mes amies, je me demandais qui pouvait me parler ainsi.

« Eh quoi ! vous m’avez oubliée, ou ne savez-vous pas que je suis morte? Je suis Jeanne M. de V. »

Je courus au télégraphe, j’envoyai une dépêche à sa mère. La réponse fut qu’elle était réellement morte il y avait un mois ; la lettre de faire part qu’on m’avait envoyée s’était égarée.

Ici, avouez-le, croyant cette jeune dame

en parfaite santé, ne songeant point à elle dans ce moment, ce n’était point mon imagination qui m’avait fait écrire cela.

Il y a plusieurs genres d’écritures spiritiques. Celle par la transmission de la pensée : l’esprit vous jette le mot dans la pensée, comme celui qui vous dicte vous le jette dans l’oreille. Dans celle qu’on nomme directe, l’esprit vous magnétise le bras, et il vous guide la main, qui n’est plus que l’instrument passif de la volonté fluidique.

On nomme encore l’écriture directe celle que l’esprit fait tout seul sans le secours de votre main ; celle-ci est tout ce que le spiritisme peut présenter, selon moi, de plus extraordinaire, et lorsque vous avez vu, de vos yeux vu cette écriture, aucun des phénomènes spirites ne peut plus vous étonner. Je l’ai vu obtenir, je l’ai obtenu moimême, et je puis donc affirmer sur l’honneur que ce phénomène incroyable, qui vous émeut et vous donne le vertige, est réel.

Voici comment on l’obtient.

On commence par évoquer un esprit ami, et on lui demande s’il veut bien vous tracer son nom, un mot, une phrase. S’il répond affirmativement, on lui demande où il désire que l’on place le papier; il vous indique généralement le dessous de la table, ou le dessous de la lampe, ou bien encore il vous dit de le mettre dans un livre et jle ne pas le fermer; quelquefois il vous prie de piquer un papier au rideau, ou bien encore de prendre un cahier de papier blanc, de poser les mains dessus et de faire une demiobscurité.

Voici arrivée cette grande question de l’obscurité qui sert de cheval de bataille aux incrédules pour essayer de battre en brèche le spiritisme.

Mais raisonnons, je vous prie. — Moi, médium, je suis en tête-à-tête avec moimême, je désire obtenir cette écriture, l’esprit me dit ceci ; « L’obscurité nous aide pour accomplir ce travail; je ne saurais vous expliquer pourquoi, car cela dépend de lois

chimiques qui ne pourraient être comprises inêriie par un chimiste humain, car nous avons des facultés, une fois à l’état d’esprit, que vous ne pouvez comprendre. »

Où est le charlatan? Qui me trompe?

J’obéis à l’esprit, je fais l’obscurité; au bout de quelques instants il fait remuer ma table, et au moyen de l’alphabet il me dit s’il a pu réussir à écrire; parfois ils vous disent qu’ « ils n’ont pas pu ». - Si leur réponse est affirmative, vous prenez le papier blanc, ce papier que vous avez examiné avec soin et sur lequel il n’y avait rien, absolument rien, et vous trouvez un mot, une phrase et un nom ; vous reconnaissez leur écriture, et ces caractères sont parfois écrits avec une matière qui n’est ni fusain, ni mine de plomb, ni encre. Quelquefois ils vous prient de mettre un crayon à côté du papier, et alors, tandis que vous êtes là haletants, immobiles, les mains sur la table, vous entendez soudain le grincement du crayon sur le papier. Vous êtes seul, bien seul. Avouez

que cela est bien fait pour vous donner le vertige, et que lorsque vous avez obtenu ces phénomènes, les autres, et même les apparitions, ne peuvent plus vous étonner!

Je le répète, je l’ai obtenue, cette écriture merveilleuse, et je l’ai vu obtenir devant moi.

Vous me direz que celui qui n’est pas médium ne peut pas être aussi sûr de la réalité de ce phénomène. Il y a moyen d’arriver à cette certitude": prenez le papier vous-même, déchirez une page de votre carnet, placez-la à l’endroit indiqué par l’esprit; ensuite, prenez dans les vôtres les deux mains du médium, soufflez la bougie; l’écriture obtenue, allez ramasser vous-même le papier.

Je crois que ces précautions-ci suffiraient à défunt saint Thomas lui-même.

Pour me résumer, je dirai qu’il y a en spiritisme une foule de dons différents : des médiums obtiennent le langage typtologue, d’autres des communications par la table qui soulève le pied lorsqu’on touche ou qu’on dit la lettre de l’alphabet qu’il désire;

il y a ceux qui ont le don de l’écriture directe, l’esprit dirige leur main et les fait écrire ; d’autres reçoivent la transmission non de la pensée de l’esprit, mais du mol, et on aligne ainsi les mots h la suite les uns des autres sans se rendre compte du sens. Lorsque c’est terminé et qu’on se relit, on est tout étonné de voir que ce qu’on a écrit a un sens; c’est le plus souvent une révélation ou des réflexions sur un sujet auquel on ne songeait pas.

Il y a des médiums qui obtiennent l’écriture directe des esprits : l’incrédule pose un papier sur la table, le médium y pose les mains et l’esprit écrit, non pas sous les mains du médium, mais bien dans le milieu du cahier de papier ou en dessous.

Viennent ensuite les médiums qui, comme MM. Home, Williams et miss Fox, ont le pouvoir de faire apparaître les esprits, ou de leur aider à se reconstituer; des mains qui viennent serrer les vôtres, vous taper sur l’épaule, déplacer des sièges, voire même

soulever une personne et la placer sur la table.

Les journalistes de Paris ont eu l’air de traiter M. Williams d’émule de Robert Houdin; ils ont eu tort, c’est-à-dire le tort de nier sans avoir cherché à se rendre compte des phénomènes spirites. Je puis leur affirmer, moi, qu’il n’y a aucuns trucs dans tout ce qui s’est passé aux séances de M. Williams. Je l’ai vu trois fois, chez des gens honorables, rien n’avait été préparé; de plus, je disais mentalement aux esprits présents de faire telles ou telles choses, ils m’obéissaient comme pour bien me prouver que le médium était de bonne foi. Ainsi, je disais mentalement : « Si c’est bien réellement des esprits qui sont là, qu’ils viennent me frapper deux coups sur l’épaule droite et cinq sur l’épaule gauche, le premier et le second très-fort. »

Et les coups étaient frappés comme je l’avais désiré. Pendant toute la séance j’ai renouvelé ces expériences, et toujours les esprits m’ont prouvé qu’ils lisaient dans ma pensée.

Comment, après cela, admettre les trucs préparés! Du reste, comment s’y prendrait Robert Houdin lui-même, s’il arrivait chez des inconnus, sans compère pour l’aider et les deux mains prises? Pourrait-il faire ses tours d’adresse?

M. Williams n’est pas le seul médium ayant ce don. Je connais un Russe, aussi savant qu’intelligent, qui était fort incrédule en spiritisme. Il y a six mois, il allait à Londres. Nous venions de parler esprits et phénomènes spirites. Impatientée de son incrédulité, je finis par lui dire ; « Je vous parie tout ce que vous voudrez que vous serez convaincu dans un mois de la vérité de ces phénomènes. Mais je compte sur votre bonne foi, et vous devrez faire ce que je vais vous dire. » Le pari fut ainsi accepté. Alors je me contentai de lui demander de faire venir les médiums à l’hôtel et d’assister aux séances avec un esprit impartial. Arrivé à Londres, il a fait venir à son hôtel M. Williams, miss Fox et autres médiums.

~ so —

Ces personnes arrivaient seules, d«ns un appartement qui leur était inconnu; une fois arrivées, on les faisait asseoir et on s’emparait de leurs mains qu’on ne lâchait plus.

Dites, je vous prie, au plus habile des émules de Robert Houdin d’opérer de cette manière! Dites-lui de faire mouvoir des sièges, 'de faire des mains sans corps qui viennent serrer les mains des personnes présentes, de produire des clartés qui prennent des formes, de faire des voix qui chuchotent à l’oreille de toutes les personnes qui se trouvent là, et qui à chacune disent le nom d’un mort aimé ; dites-lui de faire écrire l’esprit sur un papier placé sur la table ou ailleurs; dites-lui de faire jouer une harpe, un violon, un piano, voire même une boîte à musique; de faire que ces instruments, devenus lumineux, voltigent dans les airs tout en jouant. Je vous défie bien qu’il le puisse; mais n’oublions pas que j’admets le médium chez l’incrédule sans

compère, n’ayant pu rien préparer et ayant lés mains tenues..

La photographie spirite a fait faire un article spirituel, mais non spiritualiste , à M. Delbos, dans le Petit Moniteur. Voici ce qu’écrit ce journaliste :

« En vérité , je vous le dis , ce n’est pas une plaisanterie de journaliste ; cent personnes ont vu, de leurs yeux vu , ce que je vais raconter. Quelques-unes sont allées consulter les successeurs de Robert Boudin ; quelques autres en ont perdu la tête.

<( On a beau dire que le positivisme à outrance de notre civilisation a bien et dûment enterré le merveilleux , il y aura encore quelques jours heureux pour les industriels qui prétendent exploiter la crédulité publique.

« La philosophie du siècle dernier n’eut pas toujours beau jeu dans sa lutte contre les fanatiques du diacre Paris. Mesmer, l’hom-

me aux baquets; triompha quelque temps des savants du Parlement. Cagliostro introduisit la fantasmagorie la plus épouvantable dans les épreuves des francs-maçons.

« Les tables tournantes ont fait tourner des milliers et des milliers de têtes ; le zouave Jacob a eu son heure de gloire ; les bonnes femmes qui ont perdu leur chat font antichambre chez les Lenormand qui lisent dans la main et révèlent les mystères de l’avenir.

<( Et le spiritisme ! Il a eu, il a encore peutêtre des millions d’adeptes.

« Je vous affirme que cette première semaine de mai a été signalée par un fait qui a toutes les apparences du prodige.

« Association du spiritisme et de la photographie , voilà le fait.

«Ecartons tout ce qui ressemblerait à une réclame en faveur de cette industrie naissante , de cette nouvelle exploitation du merveilleux , mais soulevons au moins un coin

du voile qui couvre les fautastiques opérations de Collodion-Médium.

« Vous pénétrez dans le temple, —le temple est le salon du photographe ; — vous demandez une douzaine de portraits-cartes et vous insinuez qu’il vous plairait de voir apparaître l’image vénérée de la vieille tante qui vous a légué dix mille livres de rentes.

« Le médium se recueille et vous fait poser, c’est bien le mot. Ne bougeons plus! là, c’est fait !

« Le photographe emporte le cliché dans les ténèbres de l’antre aux drogues ; il développe l’épreuve, et au bout de trois ou quatre minutes vous voyez apparaître sur le cliché humide le visage parcheminé de la vieille tante, qui sourit à votre portrait.

« Les plus habiles photographes de Paris, assistés des plus illustres chimistes , ont voulu voir s’opérer le prodige. Us ont vu !

« Us ont vu, ils ont examiné tous les appareils ; ils ont posé eux-mêmes , opéré eux-

mêmes ; ils ont pu pénétrer le secret du photographe médium.

<( Bertall, notre spirituel collaborateur, a gravi les quatorze étages — au-dessus de l’enlre-sol — qui conduisent au sanctuaire.

« — Monsieur, lui dit le médium, exami- « nez mes appareils: voyez de très-près cette " glace ; y trouvez vous quelque chose d’é- II trange?

•I — Non, elle est immaculée.

« — Brisez-en un angle, celui que vous « voudrez et comme vous voudrez. Bon ! gar- « dez le morceau brisé, afin de constater « tout à l’heure que nous n’avons pas changé Il la glace qui vous a été présentée.

« Maintenant, prenez place dans ce fau- II tquil, en face de l’objectif. »

« Et Bertall pose; ses amis, sceptiques

comme lui, surveillent les préparatifs. L’un d’euK opère, tandis que le médium , concentrant toute sa volonté , se broie le front en crispant ses doigts maigres et nerveux.

c.— La foi est toute-puissante , dit le spi- « rite ; j’appelle en ce monde et je fais appa- « raîlre un homme dont le souvenir vous est ■I cher... Ne bougeons plus!...»

« L’opérateur compte les secondes réglementaires; la glace s’abaisse; on l’emporte, on la développe, et sur le cliché , entre le fauteuil et le fond noir du salon, se dessine, un peu vague, un peu flou, comme il convient à une ombre, un grand fantôme qui étend les plis de son linceul sur les épaules de Bertall.

a Bertall a emporté chez lui, dans son atelier de photographie, le cliché fantastique, le cliché au fantôme. Il en fait tirer des

~ Sf) —

épreuves , et voici la lettre qu’il nous adresse :

Paris, le 6 mai 1874.

Cher monsieur,

J’ai posé hier chez le photographe - spirite. Gomment a-t-il pu faire? je l’ignore. Mais, en dépit de toutes mes précautions photographiques sur le cliché préparé suivant la méthode ordinaire^ est apparu, au moment du développement, un personnage inconnu enveloppé d’un suaire, et qui n’avait en aucune façon posé devant l’objectif avec moi. Cinq personnes étaient présentes à l’opération et, comme moi, ne croyaient pas au spiritisme, mais étaient forcées de conclure que la chose pour le moins avait été faite avec beaucoup d’esprit.

Bien à vous.

Beutall.'

P.-S. — Vous en aurez ce soir une épreuve.

(( J’insiste sur cette particularité : que le' médium n’opère pas lui-même. Il se recueille , à distance respectueuse du merveilleux appareil. 11 évoque les morts; et les

morts, singulièrement dociles, les plus oubliés comme les plus illustres , viennent se faire photographier.

« M"'' de C..., une femme charmante, dont le grand caractère et la haute intelligence ne peuvent laisser supposer aucune connivence avec de lugubres mystificateurs, a consenti, avant-hier, à faire l’épreuve qu’avaient déjà faite les photographes et les savants.

« A sa prière le médium a évoqué l’ombre d’un illustre écrivain.

« Les traits bien connus du grand homme défunt se sont fixés sur la glace photographique.

« Incrédule encore et se disant que l’image d’un illustre personnage peut être photographiée d’après quelque dessin ou quelque gravure, M"*' de C... a voulu évoquer un de ces iriorts obscurs qui n’ont laissé que des souvenirs intimes, souvenirs pour ainsi dire pieusement voilés, comme ces portraits

qu’on couvre d’un crêpe et qu’on va contempler, aux heures de mélancolie, dans la chambre mystérieuse où ne pénètrent jamais les indifférents ni les étrangers.

- « M”' de C... ne croit pas encore. Et pourtant elle a vu !

« Elle a revu, photographié comme l’illustre personnage évoqué tout d’abord, l’homme dont le souvenir ne surgit guère que dans le cœur d’une seule femme, l’homme obscur, discrètement aimé.

«Un Mexicain prétend avoir fait évoquer, avoir vu apparaître sur la glace du photographe quatre vivants et une morte : sa femme et ses trois fils qu’il avait laissés il y a trois mois là-bas, par delà l’Océan ; sa fille, couchée sous la pierre, dans le cimetière de San- Christobal.

« Faut-il conclure, et comment faut-il conclure ?

« — Mon cher ami, me disait Bertall, je

« ne crois pas au spiritisme, et je n’ai d’ail- ■i leurs aucune raison de croire. J'ai beau « dévisager le fantôme qui est venu se dres- « ser derrière mon fauteuil, il ne me rap- « pelle aucun être aimé. C’est le fantôme « d’un inconnu.

« Et pourtant le spirite médium a ses fart natiques. Ils veulent me convaincre; ils « veulent venir opérer chez moi, dans mes « ateliers, avec mes appareils!

M Peut-être sont-ce des confrères qui ont rt juré de me rendre fou ! »

Tout ceci est exact, seulement il y a phénomène spirite où M. Delbos voit un truc ingénieux. Des personnes incrédules ont fait à Londres et en Amérique les épreuves les plus concluantes. Ainsi, un photographe amateur a fait venir le médium photographe chez lui, il a préparé ses plaques lui-même, il a opéré avec ses propres instruments, il n’a même laissé entrer le médium dans son

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