L’AME DÉDOUBLÉE
Je n’ai jamais lu aucun livre sur le spiritisme, je ne sais donc pas ce que les autres ont écrit sur ce sujet; mon cher esprit familier s’est chargé de m’instruire, j’ai foi en lui, et je préfère ne pas savoir les communications qu’ont reçu les autres.
Un jour, dans une séance spirite, j’entendis prononcer le mot de péresprit. Je n’osai avouer mon ignorance et demander l’explication de ce mot-là ; mais le soir j’évoquai
mou cher Marie Louis et je le priai de m’expliquer ce que c’était que le péresprit.
Voici ce qu’il rn’a dicté sur ce sujet; mais avant je veux vous dire une chose qui m’a fortement étonnée, ou plutôt qui m’a semblé une des meilleures preuves de la réalité du spiritisme : Un Américain vint me voir trois semaines après que ce chapitre sur le péresprit m’avait été dicté. Nous parlions d’un médium de Boston; il me disait que, grâce à lui, il obtenait des communications très-intéressantes sur les sphères célestes et sur l’admirable organisation de nos êtres spirituels. « Ainsi, me dit-il, l’esprit familier de ce médium lui a dicté l’autre jour un chapitre bien curieux sur le péresprit; je l’ai là, et si vous le voulez je vous le lirai. » J’acceptai avec empressement, car cela allait me donner un renseignement que je souhaitais depuis longtemps, à savoir si sur les mêmes sujets les esprits sont du même avis avec des médiums différents. Il me lut son article; il était en anglais et avait été donné dans
cette langue. Lorsqu’il eut fini sa lecture, j’allai chercher mon manuscrit et le lui donnai à lire : sauf le style, c’était identiquement pareil.
Voilà donc un médium anglais qui pose à Boston la même question que moi je pose à Paris, lui à un esprit, moi à un autre : les renseignements sont les mêmes, les révélations faites sont pareilles !
N’est-ce pas concluantj et peut-on, après cela, insinuer que le médium écrit ce qu’il pense sans s’en rendre compte?
Du reste, je n’avais jamais songé, jamai je n’avais pressenti cette théorie du péres-' prit, et mon imagination n’y est, je vous jure, pour absolument rien.
Depuis, j’ai vu un Suédois, président d’un institut spirite dans son pays ; nous avons parlé péresprit, et j’ai pu me convaincre que la même théorie avait été dictée en Suède aussi.
Ceci dit, voici la réponse qui m’a été faite sur ce sujet :
« Le péresprit est une des plus hautes conceptions de la divine création; elle est si élevée que bien des mortels ne pourront ni la comprendre, ni y ajouter foi.
« Mais je vais cependant essayer de te donner une explication qui soit à la portée de l’esprit des humains. Nous sommes un composé de deux natures, ou plutôt de deux essences; je ne saurais compter pour une nature notre corps mortel, qui ne nous est donné que pour subir l’épreuve terrestre :
cette fragile enveloppe, qu’un rien détraque, est une prison momentanée pour l’âme, et c’est une prison aussi peu agréable qu’incommode. 11 est une chose qui nous amuse beaucoup ici, dans les sphères célestes, c’est de voir combien les humains tiennent à cette affreuse carcasse : ils l'admirent, ils la soignent, ils se demandent, avec un regret qui nous paraît bien comique, pourquoi elle n’est point immortelle, et ils ne pensent à la mort qu’avec une épouvante qui nous semble incroyable, à nous dégagés de cette triste na-
ture humaine; car enfin cette enveloppe ne vous laisse pas grande liberté de mouvement, et vous ressemblez, ainsi affublés, à des espèces de colimaçons empêtrés dans leurs coquilles, et qui ne souhaitent qu’une chose, la rendre plus solide encore. De plus, ce corps est soumis à mille sujétions, à mille souffrances; nonobstant cela, la pensée d’en être débarrassé vous glace d’effroi.
w Le souvenir que nous aussi, sur la
terre, nous avons eu ce même amour pour
notre prison, ces mêmes craintes, nous portent à avoir quelque indulgence pour votre ignorance, qui pourtant nous amuse; c’est une comédie que vous nous donnez, et, tout en riant, nous nous disons : « Ah! s’ils sa- « valent ! »
« Oui, chère mère, si comme nous vous saviez que la mort n’est que le commencement d’une autre vie, et que de suite après elle on se reconstitue en un corps céleste qui est forme, sensation , puissance, et qu’ainsi constitué on est un être ayant des facultés
mille fois plus grandes et plus nombreuses qu’on ne les a à l’état de mortel, vous souhaiteriez la mort au lieu de la craindre.
« Ce nouveau corps ne connaît ni les limites de l’espace, nous le franchissons plus rapidement que l’éclair; ni les barrières humaines, car nous passons à travers 1 eau, les murs et les monts ; la vue humaine n est qu’un semblant de vue, c’est une lunette limitée qui n’aperçoit que les choses que le Créateur divin veut laisser voir à l’humanité.
« Nous, au contraire, nous voyons des horizons immenses; du haut des célestes sphères notre vue plonge dans 1 infini, elle voit ce qui se passe dans les diverses planètes. Nous pouvons parcourir l’univers et contempler les innombrables merveilles que le Dieu suprême y a semées à profusion.
« Notre ouïe a aussi une grande puissance, et notre intelligence grandit en proportion de nos facultés.
« Mais je m’arrête, il serait trop long de le dire toutes les facultés que nous possé-
dons ici, et je reviens aux deux natures qui forment les êtres appele's par Dieu homme et femme, et je continue à ne point tenir compte de la nature humaine. Ces êtres ont une âme qui est une émanation de ta divinité; c est un être spirituel qui a la faculté de se dédoubler ; l’âme proprement dite ne quitte pas les régions éthérées, c’est une partie d’elle-même, une essence de son tout appelée jjevespvit qui anime le corps. Pour mieux me faire comprendre, je dirai : nous avons deux essences, 1 ame, souffle divin, principe créé éternel, etl intelligence, qui n’est qu’unedes nombreuses facultés de l’âme; nous donnons ici à l’intelligence le nom de péresprit, et c’est lui qui doit aller, comme mandataire de l’âme, subir l’épreuve terrestre et concourir auprogrès général, qui est la loi de Dieu.
«( Une fois sur la terre et enfermé dans un corps humain, le péresprit ainsi condensé devient une sorte d’âme; mais au moment de la mort celle-ci est bien plus matérialisée que sa sœur d’en haut : aussi doit-elle subir
une seconde épreuve dans les sphères célestes, puis elle est renvoyée sur la terre; elle subit les épreuves terrestres et les célestes alternativement, et ce n’est que lorsqu’elle a atteint le degré voulu d’épuration qu’elle retourne vers son âme sœur ou plutôt vers son âme mère, puisque la seconde n’est qu’une des émanations de la première ; les deux âmes se réunissent telles forment alors un tout pour lequel commence la vraie vie spirituelle et qui devient réellement un être. Ces êtres célestes portent le nom de Chérubins, Archanges et Dominations; c’est dans ces derniers que Dieu choisit ses ministres.
Ces êtres ont des corps opaques, c’est-àdire composés d’une matière résistante, mais ils ne sauraient être comparés à ceux des humains : ils sont mille fois plus beaux et ils ont des facultés dix mille fois plus grandes ; ils restent éternellement jeunes et beaux, ils n’ont aucune infirmité, aucune douleur, aucun chagrin.
« Le péresprit est donc le mandataire de
1 âme ; g est la partie d’elle-même qui doit subir l’épreuve terrestre, travailler à l’épuration et au progrès.
« C est le péresprit des âmes évoquées par les mortels qui leur sert de courrier; c est lui qui vient vers vous vous apporter leurs paroles et leurs pensées et leur rapporter les vôtres. Ainsi, mère, ce n’est point l’âme de ton fils Marie Louis qui est là près de toi et qui te dicte, c’est son péresprit; et vois combien l’âme et le péresprit sont étroitement liés : il m’arrive souvent, étant près de toi, de me dire : Vite, vite, retournons vers mon âme, qui attend avec impatience des nouvelles de ma mère; et lorsque j’arrive près d’elle, la chère âme me dit : Cher péresprit, tu es bien mon meilleur ami, mon mandataire le plus dévoué.
« Ici, dans les sphères célestes, se trouve aussi ton âme ; seul, ton péresprit est emprisonné dans ton corps. Mon âme est sœur de la tienne; mon corps humain a été iils
de ta chair : comment ne t’aimerais-je pas ?
« 11 y a deux sortes de péresprits qui ne peuvent plus venir à 1 appel des mortels médiums : ceux qui ont de nouveau quitté les célestes sphères pour aller se réincarner dans une planète, et ceux qui ont pu aller rejoindre leur âme et devenir des corps constitués.
<1 Maintenant, tu comprendras pourquoi, dans nos communications, nous nous servons du mot esprit et non du mot âme.
<1 Mauiic Louis. »
Le lendemain, évoquant le même esprit, et lui demandant un renseignement sur un autre sujet, il me dit :
« Mère, je veux, avant de te parler de cela, revenir sur le péresprit, car je me demande si tu as bien compris ce que je t’ai dit. Je ne veux pas te faire faire un travail si fatigant comme dépense de fluide sans te conduire à bien comprendre les sublimes mystères de la création des êtres.
« Il y a ici trois sortes d’êtres bien distincts, et qui sont : les âmes qui attendent que leur péresprit, épuré, soit venu se joindre à elles ; il y a les péresprits qui subissent dans les sphères inférieures l’épreuve de l’épuration ; et enfin les âmes réunies à
leur péresprit et qui sont constituées en corps bienheureux, et qui se nomment anges, archanges, chérubins. Dans ceux-ci sont pris les dominations, et dans les dominations Dieu choisit ses ministres.
«Ceci est la divine organisation des sphères dites célestes ; mais il y a encore les sphères dites humaines, qui sont au nombre de sept. C’est dans ces régions que les pérespi'its des humains subissent les diverses épreuves de l’épuration ; elles sont les sept premiers échelons du progrès, qui est la loi que le divin Créateur impose aux esprits. Les plus mauvais sont dans la première sphère qui se trouve la plus rapprochée de la terre ; dans la seconde sont placés ceux moins mauvais, et ainsi de suite. A partir de la quatrième, les péresprits sont réunis à leur âme, et ces esprits sont bien près de devenir des êtres célestes; les choses de la terre ne les intéressent plus, et pour qu’ils y retournent, il faut qu’une attraction puissante les y attire.
qu’ils y aient encore un être qui leur soit cher : alors iis viennent vers eux pour essayer de les rappeler au bien et à la foi. Si les spirites demandent à ces esprits des choses d’un intérêt terrestre, ils s’éloignent sans répondre.
« Pour finir, je te dirai que la nature humaine, c’est-h-dire la chair, est portée au mal par son essence même; le péresprit est enfermé dans cette prison afin qu’il ait le mérite de la lutte et du triomphe.
« C’est tout sur ce chapitre.
« Marie Louis. »