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atelier qu’après lui avoir lié les mains, et celui-ci n’a contribué que par sa seule présence à l’épreuve photographique, et pourtant il est venu sur la plaque, derrière le portrait de la jeune fille qui posait le portrait d’une de ses amies de pension morte.
Ce monsieur a renouvelé l’expérience plus de dix fois, et toujours un esprit est venu.
D’autres sont allés chez des photographes médiums de qui ils étaient parfaitement inconnus ; ils ont évoqué de leurs parents morts depuis longtemps, et ils ont ainsi obtenu leur portrait.
M™' Lincoln s’est déguisée en paysanne, elle s’est totalement grimée, et elle est allée chez un photographe spirite de Boston.
Derrière son portrait est apparue l’image de son mari; il avait les bras nus, et, de la main droite, il lui montrait une cicatrice qu’il avait sur l’épaule gauche et qu’elle seule connaissait.
Une de mes amies, entendant parler de ces portraits spirites, est partie pour Lon-
dres sans prévenir personne ; nul ne la connaissait en Angleterre. Dès le lendemain de son arrivée, elle est allée chez un photographe ; il l’a fait asseoir, ne lui a point demandé môme si c’était un portrait d’homme ou de femme qu’elle souhaitait, et elle a obtenu ainsi le portrait d’une jeune fille qu'elle avait perdue. Il est très-ressemblant comme traits; de plus elle porte la robe blanche avec laquelle sa mère l’a ensevelie.
Elle a reconnu jusqu’à la broderie.
Ici où est la supercherie ?
Quel procédé pourrait employer un habile jongleur?
Mais, me dira-t-on, souvent il vient bien un portrait, mais ce n’est pas celui de l’esprit qu’on a évoqué.
Oui, ceci arrive.
Lorsque je me mets à ma table, ou que je prends un crayon pour évoquer un esprit, il m’arrive souvent que c’est un autre esprit auquel je ne pensais pas, quelquefois même un esprit inconnu qui se manifeste.
Qu’est-ce que cela prouve? Je fais ces expériences pour moi, je suis en téte-à-tête avec moi-même, qui me trompe? Où est le charlatan ?
Nous sommes entourés d’esprits, les uns bons, les autres mauvais. Ces derniers, étant plus rapprochés de la terre, sont les plus à même de venir à notre appel ; de plus, le bien et le mal, le vrai et le faux, sont répandus sur la terre, et nous sommes au milieu de ces courants divers, laissés sans autre boussole que noire conscience. Les esprits mauvais cherchent à nous empêcher de croire à la religion spirite, car cette croyance nous apporte la foi, l’espérance et la résignation. Ils essayent donc de nous rendre incrédules. A la table ils viennent nous tromper, ou prendre le nom d’un esprit aimé, et cela afin de nous décourager du spiritisme. Dans les photographies, ils prennent parfois la place de ceux que nous évoquons, afin de nous faire croire qu’il y a charlatanisme là où il n’y a qu’un phéno-
mène spirite des plus merveilleux. Les bons, qui veulent nous donner la foi, luttent contre les mauvais. Dieu permet cette lutte, car, dans la foi, il faut que nous ayons un mérite.
Mais que ce ne soit pas toujours les esprits évoqués par nous qui viennent nous donner leur portrait, faut-il en conclure que ces photographies spirites ne sont pas une réalité? Non, certes.' Si vous n’avez pas confiance à la bonne foi du médium, prenez les précautions dont j’ai parlé plus haut, et, ceci fait, ne soyez pas plus incrédules que saint Thomas, qui a cru après avoir vu.
Nous avons à Paris un photographe spirite, M. Buguet, je le nomme. Les personnes qui me connaissent me savent incapable de livrer ma plume à une réclame intéressée; elles me savent aussi incapable de mentir ; elles comprendront que si je parle ainsi de cet artiste, ce n’est qu’une conviction profonde qui me pousse, et aussi le désir de
parler d’une chose excessivement curieuse.
Les personnes qui ne méconnaissent pas auront, je l’espère, la même pensée : il ne faut jamais croire les autres capables d’une vilaine action. Faire d’une chose sacrée et sérieuse une vulgaire réclame serait odieux.
Il n’y aura que les rares personnes capables de la commettre elles-mêmes qui me soupçonneront. Ceci ne m’arrêtera pas : je tiens essentiellement à l’estime des honnêtes gens; des autres, je ne m’en préoccupe jamais.
Je reviens à M. Buguet. Je lui ai demandé une photographie spirite; j’ai pris la plaque moi-même; il l’a nettoyée àl’iode collodionné, puis l’a mise dans un bain d’argent pour la sensibiliser; j’ai vu la chambre noire, il n’y avait rien ; j’ai posé, une de mes amies était là et elle surveillait, pour voir si, par un moyen ingénieux, l’artiste ne projetait aucune ombre derrière moi. J’ai évoqué, l’artiste a évoqué. La pose terminée on a développé au bain de fer : derrière moi se trouvait le portrait d’une femme enveloppée dans
une blanche draperie et posant sa main sur ma tête. Cette femme ressemble parfaitement à une de mes amies qui habite l’Amérique, dont je suis sans nouvelles depuis six mois. A l’heure qu’il est je n’ai pas encore de réponse à savoir si elle est morte ou vivante.
J’ai posé trois autres fois. Sur une plaque est venu un vieillard ressemblant à un de mes grands-oncles, sa fille l’a reconnu de suite ; sur une autre, deux êtres qui me sont chers ; enfin, la dernière fois, j’ai dit mentalement : « Je prie ce bon et tout aimable Alexandre Dumas de venir, et je voudrais bien qu’il ne se fît pas la figure de gros poupon qu’il s’est faite sur le portrait de M'"“ X... » La plaque développée, j’ai vu ce cher maître : il est de trois quarts, sa figure est amincie; il me voila le visage avec son voile.
On me dira: Dumas est une figure connue.
— C’est vrai ; mais le photographe ne pouvait prévoir que j’allais l’évoquer; de plus,
il est impossible d’arriver à préparer à l’avance ces draperies qui m’enveloppent.
Ma conviction est que M. Buguet n’est point un habile chimiste, mais bien un puissant médium, et mon humble avis est que nos savants, nos chimistes, feraient mieux d’étudier ces nouveaux phénomènes spirites que de répondre, lorsqu’on leur en parle, par la raillerie ou par cette phrase : « Verrions-nous, que nous ne croirions pas. »
Enfin, lecteurs, un mot encore; il n’est qu’une répétition, mais, comme l’a dit M. Déroulède dans ses beaux vers.
Clou martelé n’entre que plus avant.
Quel intérêt pourrait me pousser à vous dire que le spiritisme n’est pas une plaisanterie, mais bien une science et une réalité?
Faire un livre? J’en ai fait une vingtaine auxquels vous avez bien voulu faire bon accueil, de sorte qu’ils se sont bien vendus.
Et celui-ci, je puis prédire qu’il ne sera pas un succès d’argent ; la seule chose probable qu’il me rendra sera un succès de ridicule, puisqu’aux yeux de certaines gens être spirite c’est être fou ou pauvre d’esprit.
Mentir pour arriver à ce résultat serait plus que de la folie.
Si vous me disiez que je suis de bonne foi, mais que j’ai mal vu et que j’ai été victime de jongleurs ou de ma propre imagination, je vous répondrai que je suis d’une nature fort incrédule, si bien que, pire que saintThomas, jen’ai pas même cru après avoir vu : il m’a fallu cent, deux cents preuves, et enfin devenir médium moi-même pour être convaincue.
C’est donc avec une profonde connaissance de cause que je dis : Il y a un lien entre ce monde et les autres, entre la vie terrestre et la vie céleste, qui commence entre ceux qui sont sur la terre et ceux qui l’ont quittée ; ce lien, ce télégraphe fluidique est le spiritisme.
dont les nombreux phénomènes sont aussi réels qu’intéressants à étudier.
Devant le bûcher, le cachot, la-guillotine, je dirai et redirai : cela est.
Olympe Aüdouard.
LE PÉRESPRIT
OU