AUX FORCES DU FLUIDE CÉLESTE
Communication spontanée.
« Les forces de la matière ne sont, en réalité, que des forces superficielles, car elles peuvent être annihilées par celles des fluides célestes.
« Ainsi, si nous ne voulons pas nous rendre visibles, nous n’avons qu’à jeter un.
bandeau fluidique sur les yeux des mortels ; si, au contraire, nous désirons nous montrer à eux, nous leur donnons pour un instant la
vue fluidique. Ceci l’expliquera, mère, pourquoi il y a des hommes qui peuvent, dans les séances d’apparitions,voir les esprits, tandis que leurs voisins s’écrient avec bonne foi :
« Moi, je ne vois rien! x
« Si nous désirons accorder à un médium le pouvoir de faire apparaître les esprits, ou encore de leur servir à se reconstituer une main, afin qu’ils touchent les incrédules qui, comme saint Thomas, demandent à voir et k toucher, nous leur donnons un peu d’un fluide qui leur permet d’obtenir ces résultats.
(( Nous avons en nous, ou plutôt nous sommes un composé de fluides si puissants que nous pouvons, comme je te l’ai déjà dit, nous transporter d’un lieu à un autre avec la vitesse de l’éclair. Nous voyons dans l’infini; nous lisons à livre ouvert dans la pensée des humains; nous passons à travers leurs barrières, murs et montagnes; nous pouvons transporter un objet d’un lieu à un autre, voire mêmeun mortel . Tu as su qu’à Londres,
dans une réunion spirite, soudain une personne présente avait disparu. Deux minutes après son départ elle s’était trouvée ù une lieue de l’endroit d’où elle avait été enlevée, et pourtant les portes du lieu de réunion étaient fermées; elles n’avaient point été ouvertes, juraient les personnes présentes.
« Le monsieur ainsi enlevé s’était senti pris de sommeil, et dans son sommeil il lui avait semblé qu’il nageait dans les airs, puis il s’était réveillé et s’était trouvé dans une cour entourée de hautes murailles; il avait appelé, on était accouru. Le maître de céans lui demanda comment il se trouvait là, les portes étant fermées. 11 répondit : « Je n’en « sais rien; j’étais à dix heures chez mon— « sieur un tel, telle rue, tel numéro; nous « faisions des expériences spirites. » Le propriétaire tire sa montre de sa poche : il était dix heures deux minutes. » C’est im- « possible! s’écria-t-il ; à pied vous auriez « mis trois quarts d’heure. »
« On monte en voilure, on va à la maison
où était la réunion : on cherchait ce monsieur, on se demandait ce qu’il avait bien pu devenir. — A leur tour les spirites ne voulaient pas croire qu’il eût pu se trouver à dix heures deux minutes si loin de là. (En effet, j’avais lu ce fait raconté dans les journaux anglais.)
« Voici ce qui était arrivé : les esprits qui se trouvaient à cette réunion avaient magnétisé et endormi pour une minute les personnes présentes; ils avaient pu ainsi ouvrir la porte sans qu’elles s’en aperçussent et transporter ce monsieur endormi — la force de nos fluides est plus que suffisante pour envelopper, soulever et transporter un corps humain. — Arrivés là où ils devaient le déposer, ils avaient réveillé cet homme.
« Notre fluide est donc plus fort que la matière : il lutte avec elle et il la soumet. Mais» dans les mêmes conditions de force, on ne pourrait pas agir aussi facilement sur un homme qui ne serait pas médium, car nous avons besoin du secours de son fluide, qui
nous sert comme de point de contact et de point d’appui.
« Avec un sujet puissamment médium on ne saurait limiter les forces qui peuvent en résulter et les phénomènes qu’on pourrait obtenir. Mais ceci n’est qu’une des nombreuses manières qu’ont à leur disposition les péresprits pour convaincre les incrédules. Ces phénomènes ne sont, en réalité, que des tours de force qui sont permis parfois aux esprits comme preuve de leur réelle présence.
« Les médiums qui ne demandent aux esprits que des phénomènes physiques ne sont point dignes de conserver leur don ; mais il est permis d’en voir parfois pour se sentir fortifiés.
« Le fluide des humains n’est, par rapport à celui des péresprits, qu’une force attractive qui attire, retient, tandis que l’autre la domine et lui fait obtenir les phénomènes demandés par sa propre force, et non par celle du fluide humain.
« Ces deux fluides ne sont pas de même essence; le premier, le céleste, est actif et puissant; l’humain n’est qu’un agent actif lorsqu’il est seul, mais il devient passif dès qu’il est soumis au premier.
<t Marie I.ouis. »
Ayant eiUendu vagueinent parler des âmes doubles, j’ai demandé à l’esprit de Fr. L. de vouloir bien m’expliquer ce qu’étaient ces âmes.
Voici sa réponse :
« Madame, c’est à tort qu’on appelle ces âmes-là doubles, on devrait plutôt les nommer âmes conquérantes.
« Il est des mortels qui se disent parfois « Comment ai-je pu commettre telle action , « qui est si en dehors de mes principes? »
et, avec une amère tristesse, ils ajoutent :
« Serais-je donc mauvais?» —'D’autres, qui sont par nature mauvais, égoïstes, lâches et avares, font soudain une action sublime de courage héroïque, eux qui étaient poltrons ;
de libéralité, eux qui étaient avares; de dévouement, eux qui étaient égoïstes. Et alors ils se disent le lendemain : « Mais qu’avais je « donc hier? »
« Ils ne se reconnaissent plus; ils ne peuvent deviner qu’un instant leur âme ordinaire a été annihilée ; elle a dû céder la place à une autre âme qui est venue s’implanter dans leur corps et paralyser la leur. — Ces cas sont rares.
« Les âmes qui viennent ainsi habiter un corps pendant une journée, une heure, une minute, sont des âmes qui ont à racheter une seule action blâmable.
« Dieu leur permet de ne revenir sur la terre que le temps nécessaire pour la réparer par une autre belle action.
« Celles qui en font commettre de mauvaises sont des âmes ennemies du bien, qui viennent s’emparer d'un corps humain et lui faire commettre une action coupable, poussées par leur instinct du mal.
« Si ces âmes malfaisantes ne portent pas
toujours au mal, c’est que le plus souvent l’âme en possession du corps a la force de se défendre : elle lutte, et elle finit par chasser cette intruse ; mais elle reste sous une impression pénible de doute et de désespérance, et elle se dit : « Hélas ! j’ai des mauvais instincts. »
« Celles qui n’ont point cette force au bien laissent l’intruse diriger un instant, une journée, leur corps; puis, le mal fait, elles ■ se disent avec épouvante : « Grand Dieu !
« moi ! moi ! j’ai pu me conduire ainsi ! «
!i Un homme bon et doux devient en une minute un assassin ;
<1 Un homme brave et courageux commet une lâcheté ;
« Un homme intègre devient un voleur.
« Tout cela par l’effet d’une âme, qui s’incarne en lui, domine son âme et agit à sa place.
« Mais Dieu, dans sa suprême justice, tient compte à l’âme victime de l’influence néfaste qu’elle a subie ; de même que celle
- i;iO -
qui commet une belle action sous l’influence d’une autre n’en a pas tout le mérite, l’autre n’en a pas toute la responsabilité.
<( Vous le voyez, le nom de conquérantes convient mieux à ces âmes. L’àme n’est pas double; elle est seule en possession d’un corps humain.
« Cependant, celte partie de Tàme que l’on nomme péresprit, qui vient s’incarner dans un corps et qui devient une sorte d’àme à son tour, a lù-haul une âme; mais puisqu’elle n’est qu’une émanation de cellelà, il conviendrait mieux de l’appeler, elle, âme fille, et de nommer l’autre l’àme mère.
« Fr. L. »
C ommu n ica lions s/Knifan ées .
« La foi est une vertu ou un don qui nous fait comprendre Dieu, et qui nous donne la prescience de la divine organisation de l’âme céleste. La foi nous sauve, car elle est agréable à Dieu, qui oublie les fautes que nous avons commises et nous les pardonne; avec la foi nous avons toujours le repentir.
« Fr. L. »
« La charité est une vertu que Dieu luiméme nous a enseignée, puisqu’il a envoyé
un divin messager sur la terre, qui a dit aux hommes : « Mes frères, aimez-vous les « uns et les autres, et Dieu vous aimera. »
«( Jésus a dit encore aux mauvais riches :
«Un chameau entrera plutôt par le trou « d’une aiguille qu’un mauvais riche n’en- « trera au ciel. »
« Fr. L. »
« La méditation est un bien réel pour l’àme ; elle empêche la nature humaine de prendre trop le dessus sur la nature céleste. Par elle, nous arrivons à comprendre la vraie vie, la vie éternelle, et nous sentons toute la puissance et la miséricorde divine.
« Mais si on ne s’absorbe pas dans la méditation, la chair prend le dessus; elle nous domine et nous dirige. Les joies de la terre, qui ne sont qu’un trompeur mirage, nous semblent les seuls biens enviables.
Sous la domination de la nature humaine.
l’homme a des révoltes contre Dieu, et il donne un libre cours à ses mauvais instincts.
« La méditation et la prière sont comme le feu qui purifia jadis les lèvres du prophète Isaïe ; elles nous font bien comprendre que la mort n’est pas la mort, mais simplement un changement de vie ; c’est la séparation entre les deux natures qui sont particulières à l’humanité.
« En voyant approcher l’heure de cette brusque séparation, tout homme éprouve un moment d’angoisse ; la pensée de perdre cette enveloppe, cette vie mécanique à laquelle il était habitué, épouvante le plus brave. L’âme, engourdie par la vie terrestre, et ayant perdu le souvenir de l’autre vie, se dit avec crainte ; « Que vais-je trou- « ver au delà de la vie? »
« Mais combien vous seriez moins perplexes si vous pouviez vous souvenir toujours que la mort n’est que le commencement d’une autre vie! Vous vous prépare-
lai —
riez mieux à bien mourir afin de bien commencer la vie éternelle. Mais, hélas! chez la plupart des hommes, la nature humaine étouffe la céleste ; ils ne voient dans l’avenir que l’avenir terrestre ; ils ferment tes yeux sur le seul réel, celui qui doit ne jamais finir, et c’est en ceci que la mort est terrible, car elle nous expose à une vie future misérable.
« Aussi on ne saurait trop dire et redire aux humains ; « Songez toujours et sans «t cesse à la mort; songez-y non comme h « une fin, mais comme au commencement « de la vie véritable. »
Demande. — Quelle est la vcrlu, l’aciion la plus louable au.x yeux de Dieu ?
Réponse. — « La foi eu lui, l’adoration de sa grandeur infinie, et ensuite la charité. La charité est doublement obligatoire : d’abord, parce que Dieu nous l’a ordonnée ; de plus, dans le pauvre qui vous tend la main vous pouvez rencontrer l’âme d’un père, d’un grand parent réincarné, et enfin vous ignorez si dans une autre vie vous ne serez pas un malheureux mendiant.
« L’égoïsme et l’avarice sont, par contre, les deux vices qui sont les plus blâmables aux yeux de Dieu : il les punit sévèrement. »
Demande. — Vous venez, cher esprit, de me dire une phrase qui me fait croire que la réincarnation est une vérité; voudriez-vous me donner des renseignements à ce sujet, et ensuite me faire l’histoire du spiritisme ? Réponse. — « Bien volontiers.
« La réincarnation successive de l’àme dans des corps humains différents est une réelle vérité, et cette loi divine vient expliquer bien des choses aux mortels.
<( Ainsi on voit, par exemple, le représentant d’une des plus illustres familles ayant des goûts vulgaires, roturiers, et manquant de ce chevaleresque courage qui illustra ses aïeux; il n’a du grand seigneur que le nom, et on se dit : « Est-ce bien là le des- « Cendant de ces preux dont l’histoire nous « conte les hauts faits? »
« Eh bien! c’est un péresprit au premier degré qui est venu s’incarner dans le sein d’une femme de cette famille ; l’éducation donnée à cet enfant corrige un peu la nature, mais elle ne peut améliorer l’ame.
« Une autre fois, dans une non moins noble famille, on trouve un homme ayant la rapacité «ordide du juif, qui a nié Jésus comme Dieu, et qui depuis s’est mis à adorer le veau d’or. Chacun s’écrie : « Mais le « comte de *** est-il assez peu gentilhomme ! » Je le crois bien, son péresprit a habité jadis le corps d’un vieux juif usurier par état et par instinct.
« Par cette même loi des réincarnations , on rencontre dans une famille de juifs un parfait gentilhomme de cœur, d’instincts et de générosité.Ici l’àme d’un péresprit, jadis emprisonné dans le corps d’un gentilhomme, est venue s’incarner dans cette famille d’Israël.
« Dans une famille d’une moralité extrême , d’une dévotion accomplie, se trouve ' parfois une fille qui, malgré l’éducation pure et austère qu’elle a reçue, devient une Messaline et commence par se prostituer à son palefrenier ou à son valet de chambre, et elle
finit par faire le trottoir, ou le boudoir, si
elle est riche. — Ici c’est le péresprit d’une courtisane qui est venu s’incarner dans le sein d’une femme de cette famille. — Cette mère honnête et bonne en cette vie avait peut-être manqué de charité dans une autre vie; elle avait été trop orgueilleuse de l’honnêteté de sa famille : la honte que lui donne sa fille est son expiation.
« De même, dans une famille probe, intègre, et réputée comme telle depuis des siècles, arrive un fils, un parent, qui devient un assassin ou un vulgaire escroc : cette famille expie, ou bien elle est soumise à une épreuve divine dont il lui sera tenu compte dans l’autre vie. — Elle a donné naissance a un enfant ayant pour péresprit celui d’un brigand. C’est une âme encore embryonnaire : l’éducation qu’on a donnée à cet homme a été impuissante à étouffer les instincts qu’il a conservés de sa vie antérieure.
« C’est dans leur existence antérieure que les hommes puisent ce qu’on appelle la vocation irrésistible. Ainsi, vous voyezun en-
fanl qui, d’insliiict, s’euipare d’uii morceau de charbon et se met à dessiner. Le corps de cet enfant sert de prison à un péresprit qui a été peintre dans sa vie antérieure. Le jeune prodige faisant les calculs les plus ardus, s’amusant à résoudre les problèmes les plus difficiles avec des petits cailloux, n’est autre qu’un mathématicien réincarné.
« Les femmes au caractère fier et audacieux, à la nature aventureuse, ces femmes qu’on nomme avec mépris, ou tout au moins raillerie, amazones ou viragosy ont des péresprits qui, ayant été enfermés dans un corps d’homme dans leur autre existence, en ont conservé des instincts masculins.
« Cherchez dans tous les personnages modernes, étudiez leurs caractères, leurs instincts, et vous retrouverez des personnages de la Grèce, de la Rome dissolue; vous trouverez un Français ayant le caractère de l’homme d’Orient; un autre, sanguinaire et féroce, celui-ci n’est qu’un Peau-Rouge réincarné en France.
« P. de C... a passé une de ses incarnations dans le corps d’un preux des croisades, et, d’instinct, il porte les couleurs de sa dame, il ferraille dur et ferme pour elle.
« B. D... a été au moyen âge un moine mariant l’austérité apparente à une voluptueuse immoralité; puis il s’est réincarné une seconde fois sous le grand Roi : il était une grande dame légère. Ces deux incarnations font son caractère et son costume actuel.
J. S... a été jésuite; puis il s’est réincarné dans le corps d’un ambitieux satellite de J. J. Rousseau. Ces deux incarnations font son caractère actuel : un libre penseur dévot.
G*** a été un de ces Grecs beaux parleurs, mais fort dissolus, dont Aristophane flagelle les instincts débauchés, ambitieux et âpres au gain, ne voyant dans la patrie qu’une vache à traire jusqu’au sang.
R... a été d’abord un obscur petit seigneur de la Provence, un de ceux qui voulaient
prouver leur noblesse en affichant leur cruauté au grand jour; puis il a été un habile agent d’affaires, ne cherchant qu'à remplir son escarcelle. Dans sa troisième incarnation, il a fait argent des instincts sanguinaires delà foule imbécile; il n’a vu dans la politique que le moyen de continuer le trafic productif qu’il faisait antérieurement, et il a injurié, il a divagué, il a poussé le peuple au crime, sans autre but que de faire de l’argent. Au fond il n’est pas féroce, mais homme d’affaires : les coulisses politiques sont pour lui les coulisses de la Bourse.
« M”° *** devrait trouver quelque indulgence : Messaline s’est réincarnée dans son corps.
,( ]yjm. ***^ femme du monde en ce siècle, était une vulgaire tricoteuse en l’autre siècle, et c’est pourquoi elle parle et sent en tricoteuse.
« Le brillant, le savant, mais un peu prêcheur A. D., était au siècle dernier un élo-
quent prédicateur. Sans le vouloir, il prêche encore.
« M. ***, qui ne parle jamais que de scs quartiers, de scs aïeux, était dans sa précédente incarnation un pauvre gardeur de...
vous savez ces bêtes qui figurent dans laTentation do saint Antoine. Il ne peut s’habituer cl être un si noble personnage aujourd’hui, cela lui paraît nouveau et incompréhensible ; et c’est pourquoi il parletoujours et sans cesse de sa noblesse.
« Réfléchissez, étudiez, et vous comprendrez beaucoup de choses qui jusqu’ici vous ont paru bizarres et extraordinaires.
(( Certaines aversions vous seront aussi expliquées. Un tel, brave autant qu’on peut l’être devant un boulet de canon, tremble dans un petit canot sur la Seine ; c’est que dans une autre vie il est mort noyé.
<( Celui-ci, fort brave aussi, verrouille ses portes et tremble au moindre bruit, et cela parce qu’il est mort assassiné dans son existence antérieure.
« Un homme desprit a un sot préjugé :
ne riez pas, un fait d une autre vie vous en donnera la clef.
« Un esprit m’a conté ceci : Dans une de ses vies, il était aide pour les tortures.
Eh bien, dans ses deux autres existences, il ne pouvait voir une tenaille, un fer, même un chevalet, sans se sentir frissonner de la tête aux pieds.
« Vous-même vous avez, je le sais, une vraie terreur, et pourtant vous n’êtes pas moins courageuse qu’une autre. — La bêle qui vous fait frémir d’épouvante, c’est la chenille; vous ne pouvez pas la voir sans vous sentir envahie par un sentiment de répulsion qui vous donne une vraie souffrance.
Eh bien! je vais vous donner la clef de celte violente antipathie c Dans une de vos vies antérieures, vous étiez homme et vous collationniez ces betes, qu alors vous trouviez jolies; vous en placiez des quantités innombrables dans une salle où vous leur donniez des fleurs comme nourriture, vous étudiiez le
travail da lour iKistamorphosa an alégant coléoptère. Maisun jour vousêtes tombé malade, vos chenilles n’ont plus eu leur nourriture ordinaire, et un des enfants que vous aviez alors est entré dans cette salie, s’y est endormi.
Ces horribles bêtes se sont précipitées sur celte proie ; elles se sont accrochées à cette jeune chair : les unes sont entrées dans la bouche, les autres dans les narines. Le pauvre enfant s’est réveille le corps enfle, la face boursouflée; il a vu ces bêtes sur lui, il a poussé des cris de terreur qui vous ont fait quitter votre lit de douleur. Ce spectacle, l’émotion qu’il vous a donnée, ont redoublé votre fièvre ; le délire vous a pris, vous êtes mort sous le coup de cette impression. Elle ne s’est point encore effacée, et dans cette existence-ci vous la conservez, et vous vous dites : « Est-ce possible que cette petite bête « ait le pouvoir de me causer une telle sen- « sation d’épouvante et de répulsion ! »
« Parfois le tambour bat aux champs; des enfants sont là, tous écontent joyeux ; mais
l’un d’eux prend soudain un air belliqueux :
sa figure devient martiale et virile, un éclair, un reflet de gloire brille dans ses yeux : « vocation précoce pour le métier des armes », dit-on. — Non , c’est une vague souvenance d’une vie antérieure; un éclair traverse sa mémoire. Cetenfant a l’âme d’un guerrier enfermée dans son petit corps; dans une autre existence il s’est couvert, de gloire sur le champ de bataille.
« Maintenant, si vous me demandez combien d’incarnations le péresprit subit avant d’arriver à ce degré d’épuration qui lui permet de rejoindre son âme, je vous dirai que c’est généralement trois ; mais il y en a qui sont forcés de s’incarner plus souvent et qui sont encore condamnés à une longue expiation-dans les sphères humaines, dites «inférieures ».
Demande. — Là-haut, se souvient-on de ses différentes incarnations?
Réponse. — Oui. Tandis que, comme je
viens de vous le dire, le péresprit incarné à nouveau perd le souvenir de ce qu’il a été, de ce qu’il a vu, il ne conserve qu’un léger pressentiment et des instincts analogues, mais moindres. Certains péresprits n'ont aucun pressentiment ; ce sont ceux quLen sont à leur première incarnation. — Dans le corps humain, l’esprit perd à peu près le souvenir; mais, dégagé, il le retrouve instantanément.
« Dans le somnambulisme, l’esprit quitte un instant sa prison terrestre ; il va, à l’état de pur esprit, voir une personne, un lièu pi’on lui désigne; il le décrit. Sa bouche n’est plus qu’un instrument dont se sert cet esprit; il le décrit de façon à prouver qu’il a bien vu. Le sommeil, qui n’est que la séparation momentanée des deux natures, cesse:
il se réveille, c’est-à-dire que l’esprit repl'end possession de sa prison, et ne se souvient rien de ce qu’il a vu. Ceci est l’image de la mort terrestre. Elle rend lucide ; la vie rend aveugle et inconscient. — Les phéno-
mènes du somnambulisme sont de même nature que ceux du spiritisme. Ici c’est l’esprit qui se dégage de son enveloppe et devient voyant; dans le spiritisme, c’est un esprit qui annule ou paralyse : le nôtre prend sa place et nous dicte ses pensées.
«jOn peut évoquer le péresprit d’un vivant. Si le médium est puissant, il pourra le forcer de venir à lui; il se sentira pris d’une sorte de somnolence; il croira s’endormir, tandis que son péresprit se séparera un instant de son corps pour aller vers le médium.
Dans le sommeil il est des hommes qui ne révent pas : ceux-là ont des péresprits peu avancés encore. Les autres rêvent; ils voient des villes, des contrées, des hommes, des êtres bizarres; ils sentent parfois qu’ils nagent dans les airs : leur péresprit a quitté leur corps, qui reste haletant, oppressé, et ils voyagent à travers les mondes humains et spirituels. Ici l’impression est violente, et il leur reste le souvenir.
<( L’est tout, madame, ce que j’ai à vous dire sur ce sujet.
« Que Dieu vous soit miséricordieux !
« Fr. L. ))
Ancien carme déchaussé.
Ce que ce bienveillant esprit vient de me dire de la possibilité d’évoquer le péresprit d’un vivant me donne l’explication d’une étrange histoire qui m’avait paru fort singulière.
Celui à qui elle était arrivée avait l’esprit sain, une grande situation, une honorabilité parfaite; il avait juré sur son salut'éternel qu’elle était vraie, et répété ce -serment à son lit de mort. Je ne pouvais ni croire cet homme halluciné, ni le soupçonner de mensonge; aussi celte histoire m’avait-elle rendue songeuse et perplexe.
Je vais la raconter pour ceux qui ne l’au-
ront point entendu conter de la bouche même du prince de G..., ou de celle d’un membre de sa famille.
Le prince de G... avait un grand amour au cœur. Celle qui le lui avait inspiré était une belle Anglaise. Or cette dame avait disparu un jour. Le prince l’avait vainement cherchée de par le monde, et il était aussi désolé que furieux de l’inconstance présumée de cette dame.
Un jour, il a occasion de rendre un trèsgrand service à un homme ; cet homme était son hôte dans un château où le prince lui offrait une cordiale hospitalité. — On cause spiritisme, et cet homme lui avoue qu’il est puissamment médium ; qu’il peut non -seulement faire revenir les péresprits des morts, mais encore obtenir que ceux des vivants se détachent un instant de leur nature humaine et qu’ils viennent se présenter aux yeux de ceux qui les évoquent avec un corps désincarné semblable à leur corps humain.
« Une personne que j’aime à la folie, s’écrie le prince de G..., a disparu ; je la cherche en vain depuis six mois. Si vous pouviez me la faire apparaître, vous me rendriez plus que la vie : le bonheur.
— Je n’ai rien à vous refuser, prince, dit le médium, et je vais faire ce que vous souhaitez, quoique les esprits m’aient dit que je serais cruellement puni si je faisais encore ce genre d’évocation. »
Il se plaça dans un cabinet attenant au salon et n’ayant point d’autre issue; il fit jurer au prince de rester assis dans le salon et de ne point venir le joindre, quoi qu il entendît. Le prince le jura. Il était depuis dix minutes seul dans son salon, dont il avait fermé la porte à clef et mis la clef dans sa poche, lorsqu’il entendit un bruit infernal dans la pièce où était le médium, qui poussait des cris de douleur. Bientôt une forme blanche et vaporeuse apparut aux yeux du prince; il aperçut, couchée sur le cana'pé,
la femme qu’il avait évoquée : c’était elle, bien elle. A son doigt brillait une bague qu’il lui avait offerte.
(( Qu’êtes-vous devenue? pourquoi m’avezvous laissé sans nouvelles », lui demanda le prince.
La jeune femme répondit qu’elle avait été malade, bien malade, dans un de ses châteaux d’Irlande; que la fièvre lui avait fait perdre toute mémoire; qu’elle était à peine en convalescence et ne se levait que depuis quelques jours.
(( Je ne vous crois pas, vous me trompez! » s’écria l’amoureux, et il lui prit la main et arracha la bague. L’esprit poussa un cri et s’évapora devant ses yeux.
Le prince aurait cru à une hallucination si la bague ne lui était pas restée dans la main ; c’était bien le joyau qu’il avait offert à son amie. Il courut dans la pièce où était
le médium : la fenêtre était ouverte, les chaises, les meubles étaient brisés, et cet homme avait disparu.
Le salon où ceci se passait était situé au second étage de son château ; jamais le prince n’a revu ce médium. Il est parti pour l’Irlande, et a trouvé la dame de ses pen^.
sées installée dans son château. Llle lui a conté qu’elle venait de faire une terrible maladie de six mois. Le prince lui a pris la main.
«^Où est donc la bague que je vous avais donnée ? lui a-t-il demandé.
— Elle m’a été enlevée d’une façon singulière, lui a répondu la jeune femme. Tel jour, à telle heure (c’était bien le jour et l’heure de l’évocation), j’étais couchée sur mon canapé; soudain un sommeil de plomb, un sommeil léthargique s’est emparé de moi. A mon réveil, personne n’était entré dans ma chambre, et pourtant ma bague avait disparu de mon doigt. »
Le prince l’a sortie de sa poche, la lui a montrées»en lui racontant de quelle étrange façon il Tavait eue.
Cette histoire a été racontée comme véridique, sous la foi du serment, par le prince de G... A son lit de mort, il a donné cette bague à sa fille, et lui a encore juré que cette histoire était vraie. *