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INTRODUCTION

Le système de l'étalon-or assure à toute monnaie qui en respecte le libre jeu une stabilité de cours très grande.

Les variations ne dépasseront pas la limite fixée par les « goid point » d'entrée et de sortie,

Si, pour une raison ou pour une autre, les sorties d'or se multiplient à tel point qu'elles menacent de détruire toute l'encaisse de la banque d'émission, le gouvernement a le choix entre

deux solutions :

1°) Mettre l'embargo sur l'or, ce qui transforme la monnaie

en question en monnaie errante ;

2°) Restreindre la liberté d'envoyer de l'or à l'étranger à certains cas déterminés et sous certaines justifications, ce qui constitue la première phase du blocage d'une monnaie.

Ce système, pour être efficace, comme nous le verrons plus tard, devra être immédiatement étendu à toutes les opérations qui constituent une sorte de capitaux nationaux sans rentrée

équivalente. ;

En effet, tous les capitalistes nationaux ou étrangers, qui cherchent à sortir leur avoir sous forme de vente de monnaie nationale, voyant ce moyen interdit par des mesures restrictives, chercheront immédiatement toutes les possibilités qui leur sont

laissées.

La première mesure ne sera donc efficace que si elle est complétée par tout un système de restrictions.

Le blocage d'une monnaie peut donc se définir comme étant un système de restrictions à la liberté des particuliers, destiné à empêcher l'évasion des richesses nationales à l'étranger sous quelque forme que ce soit.

L'exportation des biens nationaux n'est pas une préoccupation nouvelle et l'idée de l'empêcher par tous les moyens possibles a été prônée de tous temps. Ainsi Montesquieu relate, dans l' « Esprit des Lois» (Livre 22, chapîtres 14 et 15), qu'en Moscovie, tous les sujets de l'Empire ne pouvaient sortir, ni faire sortir leurs biens sans permission et que, dans quelques pays d'Italie, les sujets ne pouvaient vendre les fonds de terre pour transporter leur argent dans les pays étrangers.

Toute l'école mercantiliste se préoccupe de cette sortie de richesse sous une forme simple : celle de l'exportation de l'or. Elle cherche à obtenir pour un pays le maximum d'or ou de métaux précieux et quand on n'a pas la chance, comme l'Espagne, de découvrir et de coloniser des pays contenant des mines d'or, au moins faut-il assurer une rentrée d'or au moyen du commerce et, pour cela, vendre plus de marchandises qu'on en achète, bref,

avoir une balance commerciale active dont le solde sera payé par une entrée d'or.

Ainsi nous trouvons ce précepte : « qu'un pays, envoyant tou- «€ jours moins de marchandises ou de denrées qu'il n'en reçoit, se « met lui-même en équilibre en s'appauvrissant : || recevra moins < jusqu'à ce que, dans une pauvreté extrême, il ne reçoive plus rien. > (Montesquieu, « Esprit des Lois », livre 20, chapitre 21.)

Sous la pression de l'école libérale, pendant tout le cours du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, on se préoccupa peu des exportations de capitaux. Les balances commerciales des pays à développement industriel ancien (Angleterre, France, Suisse, etc.) étaient en déficit constant, mais on ne le considérait pas comme une calamité et une preuve de déchéance. Le passif était payé automatiquement par les intérêts des capitaux placés

dans les pays neufs, dont on mettait, grâce à eux, les richesses en valeur. Les échanges internationaux s'opéraient ainsi avec un certain équilibre et la plupart des monnaies étant rattachées à l'or ou à l'argent (ou aux deux, dans les systèmes bi-métallistes), ne subissaient que peu de fluctuations. Les changes étaient stables.

Survint ls guerre de 1914. Les états belligérants durent faire face à des dépenses énormes. On a calculé que pour la France, de 1914 à 1919, elle a perdu plus du tiers des moyens de production. En Allemagne, les dépenses de querre se seraient élevées à 140 milliards de marks, etc...

Pour assurer les paiements nécessaires, les états eurent recours à l'inflation, par une grosse émission de billets et de moyens de crédit. En France, par exemple, l'indice de la circulation des billets passe de 100, en janvier 1914, à 103, en décembre 1914, et à 347, en 1919. En vue de cette inflation, où la couverture métallique des billets se trouverait insuffisante, ils décrétèrent le cours forcé. (En France, depuis le 5 août 1914, en Allemagne, le 4 août 1914, en Angleterre, etc...

Ils interdirent la circulation de l'or, qu'ils démonétisèrent et monopolisèrent et, par patriotisme, les nationaux apportèrent leurs pièces d'or qui allèrent s'entasser dans les caves des banques

nationales.

La guerre durant toujours les gouvernements eurent l'idée de demander aux nationaux de leur céder les créances étrangères qu'ils possédaient, en particulier les titres sur lesquels les états neutres consentirent à leur prêter de l'argent, ou bien les gouvernements les vendirent (en France, le 5 mai 1916, et en Angleterre, dès la fin de 1915). Les Etats-Unis rachetèrent, de ce fait, la plus grande partie de leurs dettes étrangères d'avant-querre. Enfin, les belligérants empruntèrent aux pays neutres, en particulier aux Etats-Unis qui, par ce moyen, obtenaient le paiement des fournitures qu'ils expédiaient aux belligérants.

Les pays luttèrent aussi contre l'exportation des capitaux, celle des marchandises se trouvait à peu près annulée, car la production était raréfiée, sauf pour les industries de guerre et les objets de première nécessité, par le manque de main-d'œuvre. En France, la diminution fut de 85 à 90 % et, en Allemagne, de plus de 90 %.

Nous voyons donc apparaître, au cours de la guerre, les pre-

mières mesures restrictives à l'exportation des capitaux et de contrôle des changes.

En France, l'expédition de l'or brut, des monnaies d'or et des monnaies d'argent fut défendue par la loi du 15 novembre 1918, puis la loi du 12 avril 1916 interdit la sortie de l'argent. Le décret du 1% avril 1915, celle des monnaies en nickel et en billion et bronze d'aluminium . Enfin, la loi du 3 avril 1918 réglemente l'exportation des capitaux, titres, valeurs mobilières, billets de banque, etc... |

Le décret du 17 juillet 1917 organise un comité de contrôle de l'exportation des capitaux au Ministère des Finances. Celui-ci prescrit l'obligation du rapatriement du prix des marchandises exportées, institue un contrôle des importations et distribue le change à des cours différents, suivant l'utilité plus ou moins grande

à laquelle répondent ces marchandises.

De même, en Allemagne, les ordonnances des 28 janvier 1916 et 9 février 1917 organisent une centrale des devises à laquelle doivent être livrées toutes les traites sur l'étranger et à laquelle doivent s'adresser tous ceux qui désirent se procurer des moyens de change directs ou indirects. Tous les ordres d'achat ou de vente de change doivent obligatoirement passer par une des vingt-six banques autorisées. Les exportateurs allemands étaient

obligés de se faire payer en monnaie étrangère.

En Allemagne, de plus, n'ayant pas de devises en quantité suffisante pour importer beaucoup de produits, on introduisit,

TEPEANCURE

dès 1916, le rationnement de toute la population pour certaines denrées, au moyen de cartes (pour le pain, le sucre, le café, etc...) à présenter et à faire timbrer au moment de chaque achat.

Ce système fut d'ailleurs imité par les autres pays belligérants. :

De même, en Italie, du || décembre 1917 au 13 mai 1919,

fonctionna un Institut National des Changes auquel les exporta-

teurs durent remettre leurs devises que les importateurs achefaient au vu de justifications pour la nécessité des produits et pour leur prix.

En Angleterre, un contrôle des changes fonctionna aussi du 21 décembre 1917 au mois de mars 1919 : en Serbie, depuis le mois d'août 1914, bref, dans presque tous les pays belligérants, oes mesures de contrôle furent prises.

Pendant la guerre, les changes avaient relativement peu bougé, par suite d'accords entre les divers pays alliés, et même les pays vaincus à l'armistice trouvèrent leur change peu dévalué. Ainsi, le dollar vaut 5 francs, 52, 6 lires, 33. La livre est cotée 4,76 au lieu de 4,86 au pair, le mark 48,5 à Zurich, en 1919 (perte de 60 %).

Mais, très vite, les relations internationales prenant un cours normal, les changes vont marquer les effets de la guerre au point de vue monétaire. Les ententes entre alliés par octroi de crédit de l'Amérique et de l'Angleterre cessent ; le franc, la lire et la livre subissent des dépressions qui s'aggravent durant toute l'année 1920. Ainsi le dollar, coté 5 fr. 52 en janvier 1919, vaut 17,40 en novembre 1920, et de 6 lires 33 monte à 28 lires 57. La livre tombe de 4,19 à 3,48, en octobre 1920.

Pour le mark, on assiste de même à une baisse continuelle : de 48,5, le taux passe à 73,37, en décembre 1920.

Tous les pays belligérants se trouvent, du reste, dans les mêmes conditions financières. Ils ont tous supprimé la convertibi-

lité de leurs billets et le rattachement de la monnaie à l'or, ce qui à entraîné une grande inflation et la hausse des prix.

De plus, ils ont tous contracté des dettes extérieures et intérieures considérables, ce qui amène le déficit permanent du budget.

Enfin, ils ont épuisé complètement leurs stocks et, la querre finie, ne possèdent ni denrées alimentaires, ni matières premières. lis sont donc obligés de les acheter à l'étranger et c'est encore vers l'Amérique que se portent leurs commandes, c'est-à-dire qu'ils augmentent encore leurs dettes vis-à-vis de leurs créanciers.

Ici des tendances diverses se manifestent pour retrouver un équilibre, suivant les pays, et nous allons étudier rapidement chaque type.

L'Angleterre représente la revalorisation d'une monnaie. Elle avait, il faut le reconnaître, un intérêt très spécial à avoir une monnaie qui reprenne sa parité ancienne, car elle était le centre du gros marché financier mondial. Et la livre était considérée comme une monnaie internationale dans laquelle bien des contrats étaient rédigés. Dès le début de 1918, pendant que la guerre durait encore, une commission enquêta sur la circulation monétaire et les changes étrangers. Elle émit un rapport en conseillant plusieurs moyens de redresser le cours de la livre :

1°) Le mécanisme du taux de l'escompte.

2°) L'amortissement de la dette publique.

3°) La limitation de la circulation.

4°) L'accroissement de la réserve or de la Banque d'Andleterre.

5°) Une politique fiscale déflationniste.

La plupart de ces mesures furent tentées. Le taux de l'escompte fut élevé à 7 %, le 20 avril 1920, ramené à 68,5 % le 28 avril 1921, et enfin baissé à 3 % en juillet 1922 et fut stabi-

lisé longtemps à ce cours. Ces mouvements paraissaient ne rien changer.

L'Angleterre fit un gros effort pour équilibrer son budget. Pour le budget de 1920-21, elle procéda à une réduction des dépenses de 35 %, ce qui amena, à la fin de l'année, un excédent des recettes de 230 millions de livres. De même, le budget de 1921-22 se solde par une plus-value de 45 millions de livres et celui de 1922-23, par 63 millions de livres, celui de 1923-24, par 48 millions de livres. La dette intérieure à long terme est réduite de 1920 à 1923, de 963 millions de livres : la dette flottante de 400 millions.

La dette envers les Etats-Unis se montait à 800 millions de livres : au cours des trois années 1920-23, cette dette fut réduite de 270 millions de livres.

Le cours du change, qui avait baissé jusqu'à 3,45 en octobre 1920, se relève rapidement à 4,25 en décembre 1921, puis à 4,65 en décembre 1922, et même à 4,72 en mars 1923. De nouveau une baisse se fait sentir et la livre se trouve à 4,36 en décembre 1923 et même à 4,25 en janvier 1924. Pourtant, depuis longtemps, il n'y à plus d'inflation, les budgets se soldent par des excédents de recettes, les dettes se réduisent, l'encaisse-or de la Banque d'Angleterre atteint 126 millions de livres en avril 1924, les prix sont stables. Le taux de l'escompte avait été porté, en juillet 1923, à 4 %. A partir de janvier 1924, la livre remonte et atteint le pair au printemps de 1925. Cette hausse fut due surtout aux variations favorables des mouvements de capitaux obéissant à des facteurs psychologiques, et non seulement aux taux respectifs des intérêts. L'Angleterre attire l'argent par le degré de sécurité et par la chance de plus-value attribuée aux placements effectués, en particulier par la volonté nettement affirmée et manifestée par des actes, de revaloriser la livre.

À partir de 1926, la Banque d'Angleterre vend de l'or en lingots de 400 onces au même prix qu'avant la guerre.

La revalorisation d'une monnaie impose à tous les nationaux de gros sacrifices. Tout d'abord, par le réajustement nécessaire

des prix de revient, la baisse imposée aux salaires précédant la baisse de prix, les exportations deviennent difficiles par suite des prix intérieurs plus élevés que ceux de l'étranger et les importations facilitées au contraire et qui augmentent la concurrence pour les industries nationales. Ensuite l'équilibre du budget impose aussi des sacrifices, car le chiffre nominal des recettes se réduit plus rapidement que celui des dépenses, spécialement la dette publique.

On voit par cet exemple, quel effort de tenacité et de volonté la revalorisation d'une monnaie demande. Aussi comprendon que d'autres pays n'aient pas pu ou pas voulu faire de même. En Allemagne, pour prendre l'exemple opposé, à l'armistice, la dette consolidée s'élevait à 98 milliards de marks et la dette flottante à 45. Les prix de gros avaient triplé et les disponibilités monétaires et fiduciaires aussi. La fin de la guerre fut suivie d'une panique financière, les retraits des dépôts dans les banques, les demandes d'escompte furent considérables. || y eut un effondrement des cours des valeurs d'état, par suite des demandes de remboursement des bons et des traites du Trésor.

La perte sur le change qui atteignait 60 % à la fin de 1918, atteignait 90 % en 1919.

Le pays se trouvait complètement démoralisé. Le fardeau de dettes dont on l'accabla à la suite du traité de Versailles lui parut démesuré et il ne voulut plus réagir. D'ailleurs, dès 1776, Adam Smith avait soutenu que l'on peut difficlement trouver l'exemple d'un peuple qui, ayant accumulé une grosse dette, l'a librement et complètement payée (La Richesse des Nations).

Le gouvernement sentait sa faiblesse et augmenta encore l'inflation. La circulation passe de novembre 1918 à 1919, de 27 à 49 milliards. Elle atteint 81 milliards en décembre 1920 : en décembre 1921, 122 milliards, enfin en octobre 1923, 2.500 quatrillions de marks. Mais, exprimée en or, la circulation est, en octobre 1923, en régression du 1/20 de sa valeur par rapport à

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