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Si nous étudions le change, la valeur du mark en mai 1921 est à 6,77 % de sa parité : en décembre 1921 à 2,26 % et en octobre 1923, le mark vaut 2 dix milliardièmes de sa valeur nominale.

La dette flottante en décembre 1920 atteint 272 milliards. Les déficits budgétaires croissent également, de 57 milliards en 1919-20 à 90 milliards en 1920-21. Les recettes fondent, de 104 millions (en marks-or) en janvier 1921, elles passent à 46 en janvier 1922 et à 16 en octobre 1922, bien que les taux des impôts atteignent 50 % des revenus, favorisant encore l'évasion des capitaux.

L'indice des prix de gros est en 1923 aux environs de 140 milliards. L'indice des prix intérieurs passe de 2.054 en janvier 1923 à plus de 3 milliards en octobre 1923. Exprimé en or, le coût de la vie passe de 60 en août 1923 à 130 en novembre 1923. Les stocks monétaires diminuent par rapport aux prix, tout est détruit, les fonds de roulement, l'épargne, etc. C'est la fuite devant la monnaie, chacun s'empressant d'acheter des marchandises, ne voulant pas garder des billets dont la valeur se déprécie

d'heure en heure.

La population est malheureuse, car aucun réajustement des ressources n'est assez rapide pour suivre la dépréciation de la monnaie. Ainsi la livre de pain qui valait 25 milliards le 3 novembre 1923, vaut 140 deux jours plus tard, etc... On ne voulait plus libeller de contrats en monnaie, car on ne pouvait en prévoir la valeur : parmi les paysans on prenait le sac de-blé comme étalon et les marchés étaient conclus en se basant sur lui. D'autres se servaient de devises, d'autres enfin faisaient leurs contrats en marks-or (salaires, loyers, etc...)

Pour donner une idée de cette dépréciation, on a calculé qu'au moment le plus accentué de cette dévalorisation de la monnaie, le cours du dollar en Autriche montait de 21 couronnes par jour. En Pologne, le dollar monte à la vitesse de 68 marks po-

lonais à la minute, en Russie de 18.000 roubles à la seconde et en Allemagne de 613.000 marks par seconde.

On comprend que lorsque la chute d'une monnaie prend ces proportions-là, toute vie économique, tout équilibre est impossible, les marchands sont assaillis et haussent leurs prix sans arrêt pour pouvoir les maintenir au niveau du remplacement de leurs stocks. La spéculation bat son plein, mais tout est entravé et paralysé. Aussi ces pays entreprenèrent-ils une réforme monétaire.

Le pays voulait maintenant la stabilité et était prêt à supporter les sacrifices nécessaires. En 1923, le gouvernement est investi des pleins pouvoirs dans ce but. Il crée la Retenbank qui émet les Retenmarks gagés par une hypothèque de 4 % de la valeur en capital de chacune des propriétés agricoles ou industrielles de l'Allemagne. 1| procède à une réorganisation fiscale par les ordonnances des 7 et 19 décembre 1923. || réduit les dépenses publiques de plus de 15 %. Aussi le résultat ne se fait pas attendre et les exercices budgétaires de 1924-25 et de 1925-26 se soldent par un excédent de recettes.

La dette publique s'élevant à 191.600.000 trillions de marks en 1923 est remboursée par 22 millions de marks-or.

Les restrictions de crédit font sauter toutes les affaires économiquement mauvaises ou mal dirigées, ce qui assainit le marché et permet une reprise plus durable. Les capitaux allemands se rapatrient. L'étranger consent des prêts, 15 millions de livres par l'Angleterre pour la création de la Golddiskontbank (Banque d'escompte-or). Enfin l'élaboration du plan Dawes allège le fardeau des dettes de guerre et permet un emprunt de 800 millions de marks-or émis à l'étranger.

La Reichsbank est réorganisée le 30-8-24, Les créances sont réduites à 15 % de leur valeur-or, les hypothèques à 25 %. Le taux est de 2,50 % pour les dettes publiques. Evidemment, c'est la ruine de toute une classe sociale, de plus, une crise économique suivit la stabilisation par la disparition de la prime à l'ex-

portation, du stimulant à la production par les demandes inlassables et l'apparition du chômage, mais tout rentra bien vite dans l'ordre par suite de la baisse des prix intérieurs.

__ Les autres pays se stabilisèrent également. L'Autriche en 1923, la Hongrie en 1924 sous l'égide de la S. D. N. qui. fait __ d'abord procéder à tout arrêt dans l'émission des billets (En Autriche, le gouvernement fabriquait 800 milliards de couronnes par mois), réorganise les banques d'émission, fait voter des budgets à peu près équilibrés [en Autriche, le déficit budgétaire se’ chiffrait par plusieurs trillions de couronnes), bref, remet de l'ordre dans les finances publiques, redonne confiance aux nationaux et aux étrangers et permet une stabilisation des monnaies.

Mais la stabilisation d'une monnaie, tout comme sa revalorisation impose des sacrifices aux nationaux. Il faut en effet, arrêter l'inflation, remettre le budget en équilibre et même en excédent pour pouvoir acheter les devises nécessaires, et pour cela réduire les dépenses (donc les traitements), et augmenter les recettes {donc les impôts), convertir les emprunts contractés pendant et après la guerre à des taux moins élevés [réduction des revenus), prendre donc des mesures déflationistes qui réduisent les salaires et revenus, avant que la baisse des prix ne puisse suivre. Il est nécessaire d'insister sur les sacrifices imposés à ces pays qui ont subi une dévaluation plus où moins considérable, car au moment de la crise monétaire de 1931, ils prirent d'autant plus facilement des mesures de blocage de la monnaie qu'ils avaient un souvenir récent d'une dévaluation de la monnaie arrêtée difficilement. La stabilisation à un cours fixe leur avait coûté trop de sacrifices pour que l'idée d'y renoncer ne leur fut bas insupportable et ne les pousse pas à essayer de tous les

moyens avant d'y recourir.

Neuf pays ont subi une dévaluation totale de leur monnaie. Ce sont la Lettonie, la Lithuanie, l'U. R. S. S., l'Allemagne, la Pologne, l'Autriche, Dantzig, la Hongrie et l'Esthonie. Les autres pays subirent des dévaluations plus ou moins fortes et au moment

où ils voulurent stabiliser leur monnaie afin d'éviter une complète dévaluation, comme les pays cités ci-dessus. leur donnaient l'exemple, mais en leur en montrant tous les inconvénients, ils prirent souvent des mesures de restrictions à l'exportation des capitaux

et instituèrent un contrôle des changes.

Les caractéristiques de ce premier blocage de la monnaie sont qu'il vise surtout les capitaux nationaux et la spéculaticen,

pour l'empêcher de jouer sur la monnaie.

En effet, au lendemain de la guerre, il y avait peu de capitaux étrangers investis dans ces pays. C'est donc les capitaux nationaux qui fuyaient devant la crainte de dévaluation toujours plus grande, ou des mesures envisagées pour redresser la situakon et qui comportent presque toujours des augmentations d'impôts ou parfois des amputations du capital, permettant de rétablir les déficits des budgets publics.

Nous allons rapidement passer en revue les mesures prises

par les divers pays.

En Finlande, de 1920 à 1923, une commission de contrôle fixa les conditions des achats et ventes de devises et en vérifia le but.

__ En Espagne, le contrôle eut lieu d'octobre 1919 à la fin de 1924.

En Hongrie, une centrale des devises fonctionna du 8 août 1922 au |*% janvier 1926.

En Yougoslavie, le contrôle fut assumé par le Ministère des Finances, à partir du 30 décembre 1922. L'exportation d'or, d'argent, de billets est interdite, sauf 6.000 francs français ou leur équivalent pour des voyages. Pour les exportations, on doit garantir l'importation de la contrevaleur.

En Allemagne, Autriche, Grèce, Turquie, les demandes de change doivent se faire à un organisme centralisateur en prouvant la nécessité de l'opération.

En Bulgarie, depuis décembre 1923, les bourses de changes furent fermées : la banque nationale se chargeant seule de toutes les opérations.

Au Danemark, du 29 mars 1924 à décembre 1925, on décrète l'interdiction d'exporter des titres, des obligations, etc. ou d'acheter des devises sans justifications.

De même, en ltalie, à partir du 29 août 1925, où l'on interdit en plus tout octroi de crédit à l'étranger.

En Belgique, du 25 janvier 1923 au 27 février 1926, les demandes de change doivent être accompagnées de justifications ; il est interdit d'expédier des titres, marchandises, coupons ou espèces dont la contrevaleur ne ferait pas l'objet d'une remise en Belgique de francs ou de devises. Les chèques ne sont pas négociables à l'étranger.

En Pologne, de 1923 à 1926, on institue une limitation dans les transferts de devises et leur exportation. Les achats de devises étant admis sous justifications.

En Roumanie, l'exportation des capitaux et des titres est interdite. Les voyageurs ne peuvent emporter que 1.000 lei ou 2.000 francs français. Les non commerçants peuvent acheter l'équivalent de 2.000 francs français, tous les trois mois, et les commerçants, jusqu'à la contrevaleur de 30.000 lei.

En U. R. S. S., les voyageurs sont limités à 300 roubles, inscrits sur le passeport, et les virements ou transferts de devises à l'étranger à 200 roubles par mois.

Au Portugal, du 6 septembre 1924 à 1926, on exerce un contrôle sur les banques. Les voyageurs ne peuvent sortir qu'avec 1.000 Escudos. L'achat de titres étrangers, le dépôt à l'étranger, les envois de capitaux de toute nature à l'étranger sont interdits, sauf sous justification d'un achat de marchandises.

En France, on voulut augmenter les restrictions à l'exporta-

tion édictées pendant la guerre. L'achat de devises étrangères ou le transfert de fonds fut laissé libre jusqu'à 1.000 francs : audelà, nécessité de passer par un intermédiaire autorisé. Pour les achats de devises, on devait faire des demandes écrites indiquant le but (importation de marchandises avec les factures jointes, frais de transport ou de douane pour elles, redevances pour brevets, paiement de primes d'assurances, de legs avec copie notariée, etc..). ;

Le transfert à l'étranger de coupons ou de titres amortis en vue de leur encaissement était libre sous condition de l'engagement d'en rapatrier le montant. Les achats de titres, créances, d'actions, de fonds publics, etc. à l'étranger sont soumis à l'autorisation du comité du contrôle de l'exportation des capitaux.

Enfin, on édicte l'obligation du rapatriement du prix des marchandises exportées.

Pour les voyageurs, ils peuvent acheter en devises, librement, la contrevaleur de 1.000 francs. De 1.000 à 3.000 francs, la présentation du passeport est nécessaire et l'exportation ne peut se faire qu'en monnaie étrangère. Toute exportation en espèces métalliques est interdite.

Ces lois ne furent abolies qu'en juin 1928.

La réglementation la plus complète est celle de la Tchécoslovaquie, qui date du 27 février 1923, créant l'Office Bancaire.

Par suite de cette loi, toute remise de chèque, billets, traite, etc, en monnaie étrangère, ne peut être créditée que pour sa contrevaleur, les opérations d'arbitrage sont interdites. Les remices de billets de banque tchécoslovaques envoyés de l'étranger

Ni

sont soumises à autorisation.

Les versements à l'étranger sont libres jusqu'à 3.000 couronnes. De 3.000 à 20.000 couronnes, il suffit de présenter des justifications. Au-delà, l'accord de l'Office Bancaire est nécessaire.

De même, les envois de chèques, coupons accréditifs en couronnes, par les établissements financiers, ne sont autorisés que

iusqu'à 20.000 couronnes par jour et le montant mensuel par client ne doit pas excéder 100.000 couronnes.

À partir du 8 janvier 1924, les exportateurs furent tenus de remettre les valeurs provenant d'exportation pour le change.

Pour les voyages, contre présentation du passeport sur lequel ie chiffre est marqué, on obtient 3.000 couronnes par personne ou 5.000 pour une famille. À partir du 2 mars 1924, il fut permis de verser au crédit d'un étranger 20.000 couronnes par jour, par compte et par expéditeur. De 20.000 à 100.000, il fallut fournir des justifications : au-delà, il fallut avoir l'accord de l'Office bancaire. Les envois par la poste, les chèques, billets à ordre, etc. furent limités à 3.000 couronnes. La législation tchécoslovaque de 1923-24 était de beaucoup la plus complète, entrant dans tous les détails pour éviter toute fuite. Elle a servi de base à plusieurs pays, au moment de la crise monétaire de 1931, que nous étudierons plus loin, et la Tchécoslovaquie elle-même, au début de la crise, a simplement remis ces lois en vigueur, en leur faisant subir

quelques modifications de détail.

D'une manière générale, on peut dire que le contrôle des changes, à ce moment-là, a duré un temps assez bref, deux ou trois ans au plus. || avait pour but de permettre la stabilisation au cours de la monnaie et, pour cela, d'empêcher la spéculation, la fuite des capitaux nationaux, par suite du manque de confiance dans la monnaie ou de la crainte des mesures fiscales.

Ce contrôle fut accompagné de sanctions rigoureuses. M. Subercasseaux a déclaré : « Quand le papier monnaie commence à sombrer, le châtiment n'a plus qu'une efficacité dérisoire, car quelque grande que soit la force de la sanction, elle n'arrive jamais à violer le sanctuaire psychologique où réside le sentiment de l'attribution de valeur ».

Les réglementations, en effet, furent souvent tournées et rendues assez illusoires. Elles n'en ont pas moins aidé le redresse-

ment monétaire, en montrant la volonté du gouvernement de parvenir à son but et en agissant plus péychologiquement que matériellement.

Toutes les monnaies arrivent, en effet, vers 1928 au plus tard, à une stabilisation de fait d'abord, qui fut régularisée par la suite par des lois qui les rattachaient à l'or avec convertibilité légale, mais sans circulation effective d'or comme avant la querre.

Il semblait donc que tout était rentré dans l'ordre. Les changes se stabilisaient, les mesures restrictives furent abolies. On pouvait donc penser que les crises monétaires étaient passées, que les échanges internationaux allaient pouvoir s'opérer librement et qu'il s'ouvrait une longue période d'équilibre monétaire comparable à l'avant-guerre.

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