CHAPITRE
En 1931, apparut une nouvelle crise monétaire. Celle-ci prit un tout autre caractère que celles que nous avons vues et qui suivirent la fin de la guerre. Elle fut d'autant plus violente qu'elle se produisit très vite après une stabilisation générale des monnaies qui avait, comme nous l'avons dit, imposé de lourds sacrifices aux
nationaux.
La caractéristique fut que les monnaies se bloquèrent, c'està-dire se refusèrent à tout rôle international : les pays voulurent vivre en économie aussi fermée que possible, réduisant leurs importations et surveillant les exportations. Le monde se trouvait donc transformé en une série de petites autarchies, par suite de la fermeture des frontières, pour éviter toute sortie de capitaux,
tant étrangers que nationaux.
Nous allons chercher les causes qui ont déterminé cette crise.
Une des causes que l'on a le plus incriminée, surtout en Allemagne, est le poids des dettes de guerre. En effet, tous les pays avaient à s'acquitter de fortes dettes vis-à-vis des Etats-Unis, mais les pays vainqueurs avaient trouvé la contre-partie dans les indemnités imposées à l'Allemagne, contre-partie calculée exactement
pour l'Angleterre et l'Italie, mais qui laissait à la France, la Belgique et la Yougoslavie (celle-ci sur la Bulgarie, l'Autriche et la Hongrie) un solde destiné à payer les réparations. Pour payer ces dettes, il fallait donc, soit envoyer de l'or, soit envoyer des marchandises. Les premières années de l'après-guerre, l'Allemagne ne pouvait exporter car son industrie avait besoin d'être remise en état, et son marché intérieur faisait des demandes considérables, mais dès qu'elle put le faire, elle vit les pays prendre des mesures douanières pour protéger leur propre commerce et industrie. Ainsi, en 1921, en Angleterre, une taxe de 33 9% fut établie sur toutes les importations venant de pays à change avili. Spécialement, le gros pays créancier qui était les Etats-Unis mit des tarifs prohibitifs à l'entrée des marchandises. Le seul moyen de payer était donc d'envoyer de l'or, ce qui se traduisit par une grosse diminution des encaisses des banques nationales et des couvertures.
Mais cette cause, si elle eut une action certaine, ne peut expliquer la crise monétaire de 1931, car elle s'étendit à des pays qui, comme ceux de l'Amérique du Sud, n'avaient rien à voir avec les dettes de guerre.
La cause de la généralité de cette crise s'explique par le fait que le blocage des monnaies fut une des conséquences de la crise économique, qui sévissait déjà depuis quelques années. Cette crise, dont nous allons rapidement étudier le développement, fut aggravée par les facteurs politiques. De plus, elle atteignit une intensité particulière par suite des illusions et des fautes commises du fait de la guerre. :
A la fin de celle-ci, on eut l'impression qu'il y avait tant de ruines accumulées que jamais on ne parviendrait à les réparer. De plus, les privations subies pendant la guerre avaient exaspéré les désirs et on entra dans une période de consommation active que l'instabilité des monnaies accroissait encore par suite de la destruction de l'esprit d'épargne. On se rua donc sur tous les pro-
duits, ceux-ci se trouvaient déjà en nombre réduit puisque bien des pays fabricants devenaient acheteurs, les prix montèrent d'une manière formidable, que la spéculation augmentait encore, ainsi que la crainte des vendeurs de ne pouvoir réassortir au même prix. Les prix de gros montaient donc, el ceux de détail suivaient
et souvent même les dépassaient.
Nous nous trouvons ici devant les causes qui amènent plus ou moins toutes les crises économiques de surproduction. Cette hausse des prix amenant des bénéfices énormes, encouragea tous les producteurs, ceux-ci cherchèrent à augmenter leur capacité de vente et rationalisèrent leurs productions par l'emploi de machines dont, évidemment, l'effet ne se fit sentir qu'avec un certain retard.
Pour acheter ces machines, ou faire les transformations nécessaires, les producteurs firent appel au crédit. Celui-ci ne se refusa pas, bien au contraire, car en voyant les bénéfices réalisés à ce moment, les capitalistes crurent que ceux-ci augmenteraient proportionnellement avec une production qu'ils supposaient ne jamais devoir atteindre le niveau de la demande.
Ces crédits furent octroyés avec une imprudence énorme, des entreprises, dont la conception et la direction impliquaient à . peu près sûrement des déficits d'exploitation, en bénéficièrent comme les autres. On croyait être dans une ère de prospérité que rien ne pourrait arrêter.
Dès 1927, cependant, on pouvait prévoir un changement. Les prix de gros accusaient, en effet, une tendance à la baisse. Ainsi l'indice des prix passa de 150, en 1925, à 136 en 1927. La réac- Hon fut vigoureuse et dirigée par les Etats-Unis. La politique des Federal Reserve Boards partit de ce point de vue : si les prix baissent c'est que la consommation a tendance à baisser. Il faut la stimuler par tous les moyens possibles et l'ère de prospérité continuera. Sur leurs conseils, les vendeurs usèrent de plusieurs moyens. Tout d'abord, ils augmentèrent énormément leur publicité dont l'étude fut à l'ordre du jour. On voulait, en effet, trouver les
moyens de tenter le plus possible le public. Les affiches, les réclames, le cinéma, les journaux, la T. S. F. furent employés. On institua des systèmes de primes : chaque produit étant accompagné d'un montant plus ou moins considérable de bons, dont l'accumurlation donnait droit à des objets plus ou moins coûteux, et sans aucun rapport avec le produit vendu. Ainsi, des fabricants de chocolat, de produits alimentaires, par exemple, donnaient en primes des phonographes, des bicyclettes, des montres, etc.
Enfin, ils organisèrent la vente à tempérament sur une grande échelle. Le principe consiste à livrer un objet contre une somme minime, le solde étant recouvert à échéances fixes et pouvant s'échelonner sur des années. Le public pouvait ainsi acquérir une marchandise pour un prix très faible, s'en servir tout en payant des sommes relativement petites et espacées. Cela évitait de gros débours et les sommes à verser pouvaient plus facilement être déduites des salaires. Les majorations que les vendeurs faisaient subir aux produits représentaient généralement juste le taux de l'intérêt. Ce système eut, aux Etats-Unis, un vif succès, chaque ouvrier put ainsi avoir une auto, un phonographe, un objet luxueux ou coûteux quelconque. La consommation augmenta, mais la production augmenta aussi. La crise fut différée, mais aucune mesure ne fut prise pour l'éviter.
Les progrès de la technique qui, grâce à la loi des prix de revient décroissants, aboutirent à des taux élevés de dividendes, attirèrent d'autres capitaux. D'où une partie des crédits destinés à stimuler la consommation se dirigea vers la spéculation boursière. Le nombre de titres négociés, qui était en moyenne de 576 millions en 1927, passe à 919 en 1929. Le jeu à la bourse fut d'abord encouragé, d'une part par la publicité, d'autre part par les facilités accordées. Un grand nombre de bureaux sont créés, où l'on reçoit les ordres de bourse, dont le résultat est communiqué peu de temps après la fermeture de la bourse. Les hausses des valeurs sont de 5 à 10 % par jour. On peut acheter à décou-
vert, sans enquête, les clients ne payant que 30 à 40 %, de leurs
achats. Les crédits de bourse étaient de 3 milliards 1/2 de dollars en 1927. En novembre 1928, ils atteignent 5 milliards. Les Federal Reserve Banks veulent alors freiner. Elles décident de ne plus prêter à 5 % que pour les besoins industriels ou commerciaux légitimes, mais les autres banques prêtèrent à des intérêts de plus en plus élevés, 15 % en juillet 1929, 20 % en octobre. Mais qu'importaient les taux aux spéculateurs, qui voyaient doubler leur mise en moins d'un mois.
Un des résultats de cette hausse fut que toutes les banques centrales d'Europe, du Canada, Argentine, etc. durent élever le taux de leur escompte et que les taux de prêts à l'industrie atteignirent souvent 20 %,, les capitaux que l'Amérique avait prêtés, étaient rapatriés et l'argent national se dirigeait vers Wall Street. Les bourses de tous les autres pays s'orientèrent nettement à la baisse. Il n'y avait plus aucune relation entre le cours des actions et le résultat des affaires, et il pouvait suffire du moindre incident pour faire crouler tout cet édifice. Ce fut de Londres que vint le
signal.
A la fin de septembre 1929, on découvrit une vaste escroquerie. Un aventurier, Hatry, avait mis en circulation des faux titres de valeurs, pour plus de 100 millions de livres sterling, et avait conquis une place très en vue sur le marché financier de Londres. La bourse de Londres accusa une chute de 45 %, entre le 30 août 1929 et le 27 novembre 1929. Les Anglais retirèrent, à ce moment-là, leurs avoirs à New-York, et la Banque d'Angleterre porta son taux d'escompte de 5 1/2 à 6 1/2 %.
Ces retraits augmentés par des réactions psychologiques causées par le précédent du krach Hatry, amena, le mardi 22 octobre 1929, une baisse de 5 à 10 9. Le jeudi, soit du fait de gros spéculateurs, soit de petits ordres amoncelés, les cours s'effondrent. Un syndicat de banquiers réunis par Morgan intervient alors dans le dernier quart d'heure de la bourse et, par des achats massifs, arrête la panique. Les cours ont l'air de se stabiliser les deux jours
28 LES MONNAIFES BLOQUÉES
suivants. Mais les brokers se mettent à étudier les prêts qu'ils ont consentis et ils invitent leurs clients à payer. Ceux-ci renvoient des ordres de vente. Aussi, le mardi 29, le flot atteint son maximum, les banquiers ne peuvent plus s'y. opposer. Au 15 novembre, le niveau des cours est de 50 %, de celui du 15 octobre ; sur certaires valeurs, les baisses atteignent même 75 à 80 %.
Si la hausse des valeurs avait stimulé la consommation, dans l'illusion d'une richesse factice, la baisse produisit les phénomènes inverses. Les achats d'autos diminuent de moitié pendant les trois mois suivants, l'indice de la production industrielle passe de 123, en septembre, à 95 en décembre. Ford adopte, au printemps de 1930, la semaine de cinq jours, puis de trois jours en août. Pour l'industrie du vêtement, 40 9% des ouvriers sont mis en chômage en 1930, pour les fabriques de chaussures, 25 %.
A l'intérieur, on se croit ruiné, on thésaurise, les producteurs réclament des protections et les tarifs douaniers sont, en juin 1930, élevés et atteignent 50 à 65 %, de ia valeur des marchandises. Enfin on rappelle les crédits investis dans les pays étrangers. Or, de 1922 à 1928, les États-Unis avaient placé plus de 9 milliards de dollars, dont 3 milliards en Amérique du Sud, et 4 en Europe, surtout en Europe centrale.
Nous allons voir comment ces remboursements, venant s'ajouter à la crise économique, provoquèrent la crise monétaire.
Nous étudierons d'abord le cas des pays de l'Amérique du Sud, puis de l'Europe centrale. Nous verrons leurs répercussions sur l'Angleterre, puis la généralisation de la crise monétaire après que la livre sterling eut abandonné son rattachement à l'or.
Les pays de l'Amérique du Sud, très spécialisés, se sont montrés particulièrement vulnérables. Si on considère, en effet, leur commerce en 1929, on voit que pour l'Argentine, 70 %, des exportetions sont constituées par les céréales et 25 %, par des produits de son cheptel ; pour le Brésil, 71 % par le café ; à Cuba, 77 %
par le sucre ; en Colombie, 82 % pour le café et le pétrole ; en Uruguay, 84 %, par les produits d'élevage : au Pérou, 70 % par le cuivre, le coton et le pétrole ; au Vénézuela, 74 % par le pétrole, etc. Donc, si le produit qui constitue souvent plus des deux tiers de son exportation vient à subir une crise, tout le pays est touché immédiatement.
Les monnaies de ces pays ont subi, dès 1929, un premier choc, par suite des retraits de crédits de New-York. Ainsi, l'Uruguay accuse une dépréciation de 8,32 % sur la valeur du peso, le Brésil, de 5,65 %.
Sur ces monnaies déjà atteintes, la crise agricole vient se greffer. Voyons d'abord la crise du blé, à titre d'exemple. Pendant la guerre, l'Argentine, l'Australie, les Indes, le Canada, les Etats- Unis, etc. firent de gros efforts pour parvenir à suppléer aux marchés européens normalement exportateurs (Russie, Roumanie), et aux demandes accrues des belligérants. [ls augmentèrent donc leurs emblavements, achetèrent les machines qui leur permirent cette extension, utilisèrent des engrais pour obtenir de gros rendements, bref, ils rationalisèrent leur agriculture en profitant des prix élevés. A la fin de la guerre, les prix continuèrent à monter et les demandes à dépasser les offres. Ceci encouragea les paysans démobilisés à revenir à la terre et à reprendre la culture, ils suivirent aussi l'exemple de l'Amérique et employèrent des machines et des engrais. Vers 1925, l'Allemagne, l'Italie, la France, la Roumanie, la Hongrie, atteignirent la production de 1913 pour le blé. L'Inde, le Canada et l'Argentine la dépassent, compensant la Russie : la surface cultivée en blé, dans le monde, est alors supérieure de 14 % à celle de 1914.
La Chine et l'Inde commencent à manger du blé, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, l'Italie, la Suède demandent plus de blé, 137 millions de quintaux en 1925 contre 74 1/2 en 1921. Les prix s'élèvent encore, dûs à de mauvaises récoltes : en France, par exemple, ils passent de 108,53 le quintal en 1924, à 131 en 1925,
et 187,69, en 1926.
Tous les pays accroissent donc encore leurs emblavures. Au Canada, de 8,8 millions d'hectares en. 1925, à 10,7 en 1930 : aux Etats-Unis, de 22,7 à 23,9 : en Argentine de 6,4 à 8,1 ; en Australie de 4,3 à 5,7 ; en Russie de 24,8 à 30,6.
La production croît elle aussi. Au Canada, de 71,3 millions de quintaux en 1924, elle atteint 107 en 1930 ; aux Etats-Unis, de 184 à 239 ; en Argentine, de 52 à 83,6 en 1929 ; en Australie, de 34,8 à 43,4 en 1930 : aux Indes, de 90,4 en 1925 à 105 en 1930 ; en France, de 63,1 en 1926 à 87,1 en 1929.
Les exportations étaient, en 1913, de 447,1 millions de quintaux ; en 1925, de 488,1 ; de 591 en 1929, et de 567 en 1930.
Or, la récolte excédentaire de 1929 a été encore augmentée du fait de la fermeture du marché chinois, par suite de révolutions et de guerres intestines, et du marché hindou par xénophobie. La consommation, de plus, avait baissé dans certains pays, depuis. 1928-29, par rapport à la moyenne 1909-1913. En Angleterre de 10 %, en France de 20 %, en Allemagne de 15 %, aux Etats-Unis de 19 %. Cela tient, d'une part, à un changement dans la composition de la population accrue de 6 %, mais par augmentation de la longévité. En Allemagne, les enfants de moins de 15 ans formaient, en 1913, 34 9% de la population ; en 1925, ils ne sont plus que 25 %. De même en Angleterre, la proportion va de 30 % à 24 %,. D'autre part, beaucoup de femmes travaillent ; les salaires sont élevés, aussi consomme-t-on plus de viande (20 9 de plus en 1929 qu'en 1913), de café et de sucre, dont la consommation augmente de 70 % entre 1921 et 1929 : plus de fruits, de lait, d'œufs, etc... Or, pour les produits agricoles qui sont d'une extrême nécessité, la satiété voisine, il y a peu de marge et risquant de se détériorer rapidement la concurrence fait très rapidement baisser les prix. De nouveau, une récolte excédentaire, en 1930, fit sombrer les prix, d'autant plus que la Russie voulut exporter à tout prix, ainsi que les pays danubiens. Mais le protectionnisme ferme un à un les débouchés, — le taux moyen
aux Etaïs-Unis des droits sur les produits agricoles, en 1930, varie entre 40 et 50 %, par exemple. Ils pratiquèrent des dumpings de différentes manières. En Russie, l'Etat, par suite du monopole de “exportation, écoulait son blé à n'importe quel taux. En Hongrie, les prix intérieurs sont augmentés de 3 Pengoes par sac (boletta) qui, en cas d'exportation, sont rémboursés par la douane.
Au mois de décembre 1930, les prix avaient baissé de 58 % sur les années 1927-28 et de 40 % depuis le début de l'année. Les prix moyens en or sont inférieurs à ceux de 1909-1913, étant de 90 en 1930 contre 97 en moyenne dans la période d'avant-guerre.
On arrive à ce paradoxe de la bonne récolte considérée comme un fléau. En effet, le revenu d'une mauvaise récolte de blé, comme celle de 1926, inférieure de 20 % à la moyenne, est plus élevé que celui de la bonne récolte de 1928. De même, pour le coton, en 1926, 18 millions de balles furent payés un milliard, tandis qu'en 1924, 13 millions de balles valaient 1,25 milliard et, er 1925, 14 millions de balles, 1,50 millards.
Le paysan, qui s'était endetté pour acheter les machines et les engrais, doit donner trois sacs de blé pour se libérer des intérêts au lieu d'un, et plie sous le faix d'autant plus que les produits industriels n'ont pas baissé dans les mêmes proportions. Les créances sont donc presque irrécouvrables malgré les demandes réitérées des Etats-Unis.
Or, ce que nous avons dit du blé peut être répété pour le sucre, le seigle, le maïs, le café, le coton, la laine. Les baisses de prix-or moyens à l'exportation sont, en 1930, de 60 % sur le café, de 63 % pour le maïs, de 65 % sur le blé.
Certains pays voulurent lutter contre la baisse des prix en restreignant la production, mais cela est très difficile, souvent les plantations demandent plusieurs années avant de produire (4 à 6 ans pour le caféïer, 2 à 3 ans pour la canne à sucre). Souvent, il n'existe pas de culture de substitution. Aussi les mesures prises
pour restreindre la production se sont-elles montrées peu efficaces. Le Parlement égyptien, en 1929, veut diminuer la surface des cultures du coton. On propose de même de réduire la production du caoutchouc par le plan Stevenson : le Brésil commence par stocker le café, puis le brûle, de même les Etats-Unis, pour le blé, veulent lutter contre la chute des cours par l'achat et l'emmagasi-
nement des stocks, mais tout est inopérant.
Pour sept articles agricoles : blé, seigle, orge, avoine, sucre, pommes de terre, caoutchouc, la valeur du commerce extérieur passe de 106 milliards de francs suisses, en 1929, à 46 en 1931.
Les réserves d'or fondent. En Hongrie, de 26 %, en Colombie, de 35 % ; en Argentine, de 29 % : au Brésil, de 47 %, par suite du déficit des balances des comptes. Devant ce fait, le Brésil institue, le premier, le contrôle des changes, le 18 mai 1931, suivi par la Colombie, le 26 juillet 1931, le Chili le 30 juillet 1931, l'Uruguay le 7 septembre 1931:
En Amérique du Sud, la crise monétaire est donc commencée et se présente, dès le début, sous la forme du blocage de la
monnaie.
En Europe centrale, les pays agricoles sont spécialement touchés. Cependant, c'est d'Allemagne qu'est parti le signal du déclenchement et nous allons voir comment les pays industriels eurent à subir un autre fléau : celui du chômage.
En 1927, en Angleterre, il y avait un million de chômeurs, à peine la moitié en Allemagne et le quart en Italie. Dans les autres pays, il n'y en avait que des quantités négligeables. La producion était massive, entièrement absorbée par la consommation. Les salaires étaient élevés et le standard de vie aussi. L'exportation européenne augmente, elle est même des deux tiers supé-
rieure à celle de 1913 pour les industries du fer, des textiles, des engrais.
Depuis 1924, les Etats-Unis et l'Angleterre avaient investi
d'énormes capitaux dans les pays de l'Europe centrale. Ceux-ci en profitèrent pour moderniser et rationaliser leurs usines, à l'exemple des Etats-Unis, et les principes de Taylor et de Ford y furent adoptés. Mais l'élargissement de la capacité de la production n'est pas proportionnelle à l'emploi de la main-d'œuvre et du total des salaires, donc du pouvoir d'achat. Ainsi, en Autriche, en 1924. 77 houillères employaient 18.634 ouvriers et produisaient 2,8 millions de tonnes. En 1929, seulement 11.241 ouvriers en extraient 2,5 millions de tonnes, c'est-à-dire que 7.000 ouvriers en moins correspondent à une production de 700.000 tonnes en plus.
De même, pour l'extraction du cuivre, qui double de 1923 à 1929, tandis que le nombre des ouvriers employés diminue de
En Tchécoslovaquie, la production des bouteilles augmente de 40 %, de 1923 à 1929, le nombre des travailleurs diminue de 60 % et le prix des bouteilles est paradoxalement augmenté de
Aux Etats-Unis, en 1927, on a calculé qu'un travailleur produit 50 % de plus en moyenne qu'en 1919. Dans certaines industries, par exemple pour les autos, le progrès atteint 172 % et même, pour les pneus, 211 S.
D'après les indices des Federal Reserve Boards, le pouvoir d'achat de la classe ouvrière passe, dans la même période, de 100 à 112. L'augmentation est donc loin d'être proportionnelle et cela tient en grande partie au chômage qui réduit considérablement les capacités de ceux qu'il atteint.
Or, la rationalisation, surtout en Allemagne, aurait dû se faire très lentement et progressivement. En effet, la main-d'œuvre y est abondante et bon marché et on l'a remplacée brusquement
par des machines très chères, mais acquises à crédit, ce qui fit croire aux industriels que le rendement augmenté permettrait de rembourser leurs prêts, de baisser leurs prix, donc de stimuler
encore la consommation, mais ces effets ne pouvaient se faire sentir que progressivement. Or, le renvoi des ouvriers fut immédiat et cela dans la plupart des industries à la fois. En même temps, les pays importateurs de main-d'œuvre, comme les Etats- Unis, l'Amérique du Sud, se fermèrent, car le chômage les a
atteint également.
Les chiffres en Allemagne sont éloquents. En janvier 1927, 350.000 chômeurs ; en janvier 1929, 2,5 millions, et, en janvier 1931, 5 millions. Le pouvoir d'achat de toute une partie de la population se trouve considérablement réduit. À cette diminution vient encore s'ajouter celle de la classe paysanne qui, voyant ses profits s'évanouir, n'achète plus ni machines, ni engrais et réduit ses dépenses au strict minimum. La production se réduit de 100, en 1929, à 84,4 en 1931, et la consommation bien davantage. lei encore, les débouchés se ferment, les pays agricoles ne peuvent plus acheter et les autres élèvent des barrières douanières pour
protéger leurs industries nationales.
Or, des causes politiques viennent encore s'ajouter au marasme économique. Les masses ouvrières qui souffrent, cherchent un soulagement, ou tout au moins, la promesse d'un mieux futur, et les partis politiques qui les leur font, les attirent.
Le 14 sepiembre 1930, les élections envoient 107 nationaux socialistes au Reichstag. Ils n'y ont pas la majorité, mais cela représente pour eux une grande victoire. Dans leur programme est inscrite la suppression de l'esclavage financier vis-à-vis de l'étranger, la fin des réparations et des mesures de socialisation.
Les capitaux, tant étrangers que naâtionaux, prennent peur et partent pour l'étranger. Les valeurs baissent, les comptes courants diminuent. La Reichsbank hausse son taux d'escompte à 5 %, le 9 octobre 1930, puis à 6 %. Les banques vendent leurs avoirs à l'étranger et, à la fin de l'année, cette première crise est conjurée. Mais la liquidité des banques est atteinte et leur portefeuille en devises, épuisé. Les capitaux sont plus craintifs,
On peut voir par là qu'une cause importante des crises monétaires réside dans la situation politique d'un pays.
Mais la lutte pour les débouchés économiques se poursuit toujours. L'Allemagne cherche à conclure un accord douanier avec l'Autriche et, le 23 mars 1931, publie un projet connu sous le nom d'Anchluss. A l'étranger on y voit un rapprochement inquiétant, une menace pour la paix, le premier stade de la préparation de la revanche.
Les capitaux étrangers sont alors rappelés avec vigueur. Or, ils constituaient une somme considérable.
On a calculé que l'Allemagne avait reçu; de 1924 à 1930, 18,2 milliards de reichsmarks utilisés à raison de 6,3 milliards pour combler sa balance déficitaire et 10,3 pour les réparations. Elle construit des routes, des canaux, reconstruit sa flotte, fait de grands travaux improductifs d'urbanisme, la dette publique passe de 11,659 millions de Reïchsmaks, en 1928, à 19,322 en mars 1931. Les charges sociales augmentent du fait du chômage et de beaucoup de lois tendant à la protection de la classe ouvrière. En Allemagne, on n'a aucune peur des dettes. Les banques, à leur tour, empruntent à l'étranger. Celui-ci ne veut prêter qu'à court terme, mais pratiquement les crédits étaient toujours prolongés ou les demandes de remboursement étaient compensées par des offres d'autres capitaux. Les demandes de devises, pour le paiement des intérêts, passent, de 1926 à 1930, de 0,2 milliards de Reichsmarks à 0,8. Or, pour avoir ces devises, il faut exporter des marchandises, maïs les marchés étrangers se ferment tour à tour. On importe d'autres capitaux, mais les années suivantes, les intérêts grossissent d'autant. || faut exporter de l'or, mais les réserves
diminuent ainsi que la couverture des billets.
Les banques se servirent de ces capitaux pour financer l'in- - dustrie qui, comme nous l'avons vu, en demandait pour se rationaliser, et pour l'agriculture. Les dettes de celle-ci atteignirent |! milliards et, par suite de la crise agricole, les paysans furent
insolvables. Les prêts à l'industrie se trouvèrent bloqués de la même façon et remboursables seulement par une augmentation de l'exportation dont tous les débouchés se fermaient.
Donc, pratiquement, les banques allemandes avaient emprunté de l'argent à l'étranger à court terme et l'avaient placé à
se VS. 1 s l'intérieur du pays à moyen ou à long terme. \
Depuis la dévalorisation du mark, l'épargne allemande avait beaucoup de peine à se refaire. En 1929, elle n'atteint pas 40
de son niveau en 1913.
Les banques manquaient complètement de disponibilités et se trouvaient à la merci de retraits massifs. Le coup de grâce partit de Vienne, et ce fut la fermeture du « Crédit Anstaldt », le 13 niai 1931, qui amena la crise monétaire.
Le « Crédit Anstaldt » était la plus grande banque autrichienne. Il avait absorbé, au cours des années précédentes, la plupart des autres banques, par exemple | « Union Bank », la « Verkehrsbank », et, en octobre 1930, le « Boden Crédit Anstaldt », qui était en faillite. Il avait des succursales dans les pays successeurs ou contrôlait les établissements de crédit les plus importants de ces états. || se trouvait en relations avec les marchés de Londres et de New-York et c'est par son intermédiaire que passaient les crédits destinés aux pays successeurs et balkaniques. Le « Crédit Anstaldt » imitait le marché de Londres qui recevait de l'argent de toutes les banques du monde et le replaçait en y gagnant la différence d'intérêts. Sa position, la connaissance qu'il possédait des besoins et des possibilités de tous les pays environnants lui donnaient une importance particulière. |
En 1931, il avait emprunté à l'étranger pour 650 millions de schillings à court terme, puisque on ne voulait prêter que dans ces conditions. L'habitude de voir toujours renouveler ces crédits ft qu'ils furent considérés comme des prêts de longue durée et inveshs dans des industries, en général, pour une durée de cinq années.
Le « Crédit Anstaldt » était spécialement intéressé dans la « Steyrwerke » {grosse fabrique d'autos, d'armes et de cycles), dans la € Mauthner » (industrie textile], dans la « Fanto » (affaire de pétrole), etc... Or, ces affaires souffrant terriblement de la crise. Le « Crédit Anstaldt » veut soutenir les cours de leurs actions qui baissent continuellement. Il procède alors à des rachats en bourse de leurs actions, distribue des dividendes, non d'après les recettes qui n'existent pas, mais sur les réserves et il fait de même pour ses propres actions, si bien qu'au moment de sa faillite, il possédait plus de la moitié de son propre capital.
Les rappels étrangers, augmentés par des retraits des nationaux qui se rendaient compte en partie des difficultés qu'il traversait, amena la faillite et, le 13 mai 1931, le « Crédit Anstaldt » dut suspendre ses paiements.
Les conséquences en furent énormes. D'abord, l' « Amstelbank », qui n'était qu'une succursale, ferma. De même, dans tous les pays de l'Europe centrale, on assiste, durant tout le mois suivant, à une ruée sur les banques, entraînant des faillites plus ou
moins considérables.
De plus, cela fit apparaître clairement les difficultés que les pays de l'Europe centrale, gros débiteurs de l'Angleterre et de l'Amérique, éprouvaient à faire face à leurs engagements.
En Allemagne, depuis un an, beaucoup de grosses entreprises subissaient les effets de la crise et étaient en difficultés. En août 1930, faillite de la Favag, le Konzern Karstadt est aussi menacé et naturellement, c'est le recours classique aux banques . qui augmentent leurs crédits dans l'espoir de retrouver les crédits antérieurs, de ne pas affoler le marché et de ne pas accroître le chômage : ceci sous la pression du gouvernement.
Mais le Norddeutsche Wollkammerei und Kausngarnspinnerei, connu sous le nom de Nordwolle, et qui est le plus grand syndicat allemand de la laine et où toutes les grandes banques, tant
allemandes qu'étrangères sont intéressées, subit de grandes pertes par suite de spéculation et doit fermer le 10 juin.
La Schultheiss Patzenhofer (une des grandes brasseries allemandes) est mise en liquidation le lendemain. Aussi la panique se déclanche et le 12 juin, 200 millions de reichsmarks en devises sortent par suite de la fuite des capitaux nationaux. Il se produit des paniques à la bourse où, dans cette seule journée, les cours de certains titres subirent des diminutions du tiers ou de la moitié des prix de la veille.
Le taux de l'escompte est relevé de 5 à 7 %, le 13 juin 1931, puis à 10 % en juillet. Le taux des avances sur titres passe de
Les ordonnances de détresse prises le 5 juin par le gouvernement qui décide des restrictions budgétaires, des réductions des traitements et des augmentations d'impôts ne peuvent donner des
résultats immédiats, mais augmentent l'évasion des capitaux nationaux devant les charges fiscales. Les banques, qui avaient subi de
si lourdes pertes à cause de leurs placements industriels, sont assaillies de demandes de retraits des dépôts. De la fin de 1930 au 15 juillet 1931, 2,9 milliards de Reichsmarks furent retirés. La proclamation du moratoire Hoover, à ia fin de juin, pour les dettes politiques extérieures, n'arrête pas le mouvement.
Le relèvement des taux de l'escompte est, pour beaucoup de banques, un désastre. La Reichsbank voulait les obliger à se servir de leur propre stock de devises, mais ceux-ci étaient infimes, et à faire pression sur leurs débiteurs, ce qui ne fit qu'amener une recrudescence des faillites et des liquidations.
Le 12 juillet, la Darmstadter und National Bank (Danat), qui a dû rembourser, entre le 1% mai 1931 et le 11 juillet, près de 700 millions de Reichsmarks, dont 250 du 1° au 11 juillet, et qui est une des grandes banques allemandes, doit fermer ses guichets. Une ruée se produit alors sur toutes les autres banques. Pour évi-
ter la généralisation des faillites, le gouvernement prend des mesures énergiques. || proclame le moratoire de toutes les dettes, tant nationales qu'étrangères, la fermeture des banques pendant deux jours (14 et 15 juillet), la fermeture des bourses de valeurs : le monopole des changes est donné à la Reichsbank. Sur le marché des changes étrangers, le mark, pendant quelques jours, cesse d'être coté officiellement.
L'Allemagne est donc entrée dans une période de blocage et de contrôle des changes, suivie immédiatement par la Hongrie, le 17 juillet 1931. Les autres pays de l'Europe centrale luttent pendant tout l'été de 1931 et cherchent à éviter de prendre ces trop graves mesures. Ce fut la crise anglaise et l'abandon de l'étalon-or par la livre sterling, en septembre 1931, qui les accula à l'obligation d'agir.
La crise anglaise est intéressante à étudier, car ici on se trouve dans des conditions très particulières. Ce n'est pas tant la crisé économique qui l'a éprouvée directement que la crise monétaire qui l'a suivie, et qui l'a atteinte dans son rôle financier.
Depuis la fin de la guerre, l'Angleterre vit dans une crise éconorique latente. Tout d'abord, par suite des différences dans la demande des produits qu'elle exporte. La houille a perdu son monopole. Elle est souvent remplacée par la houille blanche et, dans la période de prospérité de la fin de la guerre, de gros capitaux furent utilisés pour capter les chutes d'eau dans tous les pays montagneux, et utiliser leur force. Une économie considérable est réalisée dans la production de l'électricité par ce moyen, car si les frais de premier établissement sont considérables, ensuite le titre des réparations, lui fait une concurrence redoutable. De se généralise. Enfin, le charbon allemand importé en France, au causent une baisse notable des exportations.
À tout csei vient s'ajouter la politique déflationniste de l'Angleterre. Pour revaloriser la Livre, elle a sacrifié son commerce et
son industrie. Les prix de revient étaient trop élevés par suite de la fiscalité écrasante, d'une part, et, d'autre part, de la force des Trade Unions qui s'opposaient à toute baisse des salaires ouvriers, déclanchant des grèves à la moindre alerte.
L'industrie, de plus, est mal organisée, pourvue d'un outillage trop ancien, mais qu'elle n'ose moderniser par suite de l'exiguité de ses bénéfices. Elle est aussi très dispersée. Ainsi pour la houille, le propriétaire du sol l'est aussi du sous-sol et on trouve 1.400 producteurs indépendants pour 2.000 puits. En France, 130 compagnies exploitent 600 puits et en Westphalie, un grand syndicat contrôle 70 % des puits.
La revalorisation de la Livre sur le marché extérieur n'a pas été suivie par une hausse de son pouvoir d'achat sur le marché intérieur. De 1924 à 1930, les prix de gros baissent de 30 %, ceux de détail de 11 % et les salaires de 1,8 9%. Les exportations se trouvent donc terriblement handicapées de ce fait. En 1926, la balance commerciale était en déficit de 238 millions de Livres, en 1927 de 288, en 1928 de 354, en 1929 de 382, et en 1930, de 474, Or, les importations varient peu. C'est uniquement les exporprix de fabrication est minime. Le pétrole, d'autre part, fait aussi concurrence au charbon et son emploi sur les bateaux notamment même, les demandes d'objets manufacturés ont aussi changé et +2Hons qui régressent amenant une recrudescence du chômage. Le pourcentage des chômeurs, qui était de 9,8 en 1927, passe à 20,9 en 1931. L'écart des prix de gros et des prix de détail atteint 45 %,
Les revenus de la marine marchande fléchissent de 130 millions de Livres en 1928, à 80 en 1931, par suite de la baisse du commerce mondial et du prix des taux de fret inférieur de 20 % en prix-or sur ceux de 1913. |
De même les revenus des emprunts extérieurs passent de 250 Millions de Livres en 1929 à 220 en 1930 et à 165 en 1931.
Tout ceci influe sur la balance des comptes qui, depuis 1924, était toujours en excédent. Or, celui-ci passe de 149 millions de
Livres en 1928 à 28 en 1930 et se transforme en un déficit de 109 millions de Livres en 1931.
L'excédent de sa balance des comptes avait servi à l'Angleterre à faire de gros placements à l'étranger et même si l'on étudie les chiffres totaux, on voit que, de 1924 à 1930, l'Angleterre & placé 819 millions de Livres à l'étranger pour des emprunts à long terme, pour un excédent de 543 millions. C'est-à-dire que l'Angleterre a prêté 276 millions de Livres de plus que ne le lui permettait sa balance des comptes. Elle a pu le faire grâce à tous les capitaux qu'elle reçoit de l'étranger, mais en général, à court terme. Donc, l'Angleterre prêtait ce qui lui avait été prêté et elle y gagnait la différence des taux d'intérêts. Mais c'était une posiion dangereuse. Aussi, quand on apprit que l'Allemagne bloquait les crédits étrangers et ne les remboursait pas, les créanciers anglais, sachant celle-ci très engagée en Europe centrale (100 millions de Livres appartenant aux Anglais se trouvèrent gelés en Allemagne), lui demandèrent le remboursement de leurs avoirs. Les banquiers anglais remboursèrent facilement les Livres qu'ils devaient, mais les créanciers ne tenaient pas à avoir des Livres et ils les ont vendues sur le marché, ce qui ammena des sorties d'or considérables. La couverture de la Livre ne se trouvait pas être considérable. Jamais les excédents de la balance des comptes n'ont servi à acheter de l'or. La limite légale risquait d'être très rapidement atteinte.
L'élévation du taux de l'escompte à 3 1/2 le 23 juillet, à 4 1/2
le 30 juillet n'amène aucun arrêt.
Dans un autre ordre d'idée, les budgets étaient, depuis des années, en déficit. Celui de 1929-30 de 14,5 millions de Livres. Celui de 1930-31, de 23,2. Or, le 31 juillet, le rapport May «st publié. Il annonce un déficit de 120 millions de Livres pour le budget en cours et propose de réduire les dépenses et d'accroître les impôts ; en même temps, le rapport Mac Millan indique que les exigibilités sur Londres s'élèvent à 274 millions de Livres. L'or sort à une cadence accélérée, 2 millions de Livres par jour en moyenne.
42 LES MONNAIES BLÔOQUÉES
La Banque d'Angleterre obtient un crédit de 50 millions de Livres de la France et des Etats-Unis, qui est absorbé en quelques
jours.
La situation déclenche une crise politique, chute du cabinet Mac Donald, remplacé par un cabinet de coopération nationale, qui créa un léger arrêt dans les retraits. Mais celui-ci veut faire veter des mesures d'urgence, en particulier des réductions de salaires. L'opposition violente des socialistes alarme de nouveau l'opinion et l'or sort à flots de nouveau. Un crédit de 80 millions de Livres, ouvert cornme le précédent par la France et les Etats- Unis, disparaît immédiatement, Devant la gravité de la situation, les Communes votent les diminutions de salaires. Or, le 16 septembre, on apprend que les marins de la flotte, en manœuvre dans l'Atlantique, ont refusé de sortir par mesure de protestation contre les réductions de leurs traitements. Ce fut une panique et la nouvelle s'amplifia au point que l'on crut que l'Angleterre était à la veille d'une révolution. Ce jour même, l'or sort à raison de 5 millions de Livres, le lendemain 10 millions et, le 18 septembre, 18 millions.
Le Gouvernement, sur la demande de la Banque d'Andgleterre, décide de suspendre la convertibilité de la Livre en or et fait voter la loi nécessaire le 21 septembre.
L'Angleterre n'accompagna cette mesure d'aucune qui fut de nature à bloquer les capitaux étrangers. Son rôle de banquier international qu'elle voulait conserver, le lui interdisait. Elle contrôla uniquement les ventes de devises aux nationaux qui durent fournr des justifications du but de leur achat et ceci pendant six mois seulement. raie
On ne peut donc pas ranger la Livre parmi les monnaies bloquées. Elle fut seulement dévaluée et ses fluctuations furent surveillées et aHénuées par l'établissement du contrôle occulte du Fonds d'Egalisation des Changes.
Si nous avons parlé de la crise anglaise, c'est, d'une part, parce qu'elle fut causée par le blocage des monnaies en certains pays, d'autre part, parce qu'à son tour, elle fut le point de départ de grands troubles dans les monnaies et contribua au développement du système des monnaies bloquées.
En effet, le rôle commercial et financier de la Grande-Brotagne, l'adoption dans beaucoup de pays de la Livre, considérée comme de l'or, pour la couverture des billets, obligea ceux-ci à prendre des mesures. Les pays scandinaves, le Siam, le Canada, l'Egypte, l'Inde suspendirent également l'étalon-or et rattachèrent leur monnaie au sort de la Livre. D'autres décidèrent de pratiquer le contrôle des changes. À cet égard, les motifs donnés pour la constitution de la Commisison de contrôle des changes, en Argentine, sont caractéristiques.
« Considérant que l'abandon par l'Angleterre du patron-or « à provoqué sur les marchés mondiaux, déjà travaillés par la cri- « se, une situation d'expectative :
« Que les ventes se trouvent paralysées, ce qui a amené une
diminution extraordinaire des remises sur l'étranger :
« Que la spéculation a profité de cette circonstance parti- « culière et qu'il faut que de telles manœuvres soient supprimées, « (en effet, le cours du dollar avait passé de 157, le 10 septem- « bre 1931 à 220 le 6 octobre 1931) ;
« Que des mesures assurant le contrôle des changes ont été
& prises, en de pareilles circonstances, par bien des pays ;
« Qu'il est nécessaire de substituer à la dangereuse anarchie « régnant actuellement sur le marché un système centralisé dirigé
par des hommes choisis parmi les plus compétents. »
Le rôle de la crise, de l'Angleterre, considérée comme une excuse, et de la spéculation sont parfaitement mis en lumière. Un groupe de pays, tant en Amérique du Sud qu'en Europe centrele, bloqua donc sa monnaie. Cela fit très vite boule de neige, par
suite des créances bloquées des exportateurs rendant la balance commerciale déficitaire. À cela s'ajoutaient les craintes des capifslistes de plus en plus effarouchés par la moindre alerte.
La diminution des réserves en or des Banques nationales ne s'avère, en général, pas tellement dangereuse que leur incapacité à déclencher un mécanisme susceptible de l'arrêter, puis de la reconstituer.
Enfin, il faut mentionner le cas de l'Espagne et de l'Italie qui prirent des mesures de contrôle des changes uniquement dans le . but d'arrêter l'évasion des capitaux nationaux, inquiets de la politique suivie par le gouvernement (socialisation) et celui de la Belgique, qui institua un contrôle seulement pendant six semaines, c'est-à-dire le temps de dévaluer sa monnaie, sans avoir à subir une trop forte pression de la part de la spéculation, et pour réajuster son pouvoir d'achat intérieur à sa valeur extérieure.