‹ Les Monnaies d'AthènesChapitre 68 sur 114 · SI · texte numérisé non relu

SI

près d'elle une biche ou un chien? C’est ce qu’il est difficile de distinguer ; je crois plutôt reconnaître un chien, l'attribut propre à une chasseresse (i).

A Athènes , en effet , Diane Àypoîipa ne devait pas ce nom au caprice d'un sculpteur et à la façon dont il avait posé et orné sa statue. Je crois que cette statue fut célèbre et servit de type à beaucoup d'autres; mais l'artiste s'était inspiré, avant tout, des idées religieuses; car Diane Agiotera était une divinité nationale et représentait les plus patriotiques souvenirs. On racontait qu’en passant de Délos en Attique, elle avait chassé pour la pre- , mière fois sur le territoire d’Agr.T, au delà de l'Ilissus. On lui avait élevé un temple à Agrte, et sa statue tenait un arc (a); l’arc n’est point visible sur la monnaie, mais Diane porte la main à jion carquois, ce qui suppose l’arc. De même , sur un étendard en bronze trouvé à Athènes que publie M. Iæ Bas (3), Diane met la main au carquois : l'arc n'est figuré que par un tronçon. J'y vois la Diane Agrotéra, si digne de figurer sur un étendard. Avant la bataille de Marathon , les Athéniens promirent , s'ils étaient victorieux, de lui sacrifier autant île boucs qu’ils tueraient d’cnitemisjf). Ils comparaient sans doute les Perses aux troupeaux d animaux fugitifs que Diane perçait de ses flèches. I« nombre des morts fut si grand que tous les lioucs de l’Attique n’auraient point suffi au sacrifice. On voulut y joindre les chèvres: c’était encore trop peu. Alors on résolut de diviser la dette en annuités, et d’offrir chaque année cinq cents victimes. I,e sacrifice eut tou- 'jours lieu (5), en effet, et le polémarque demeura chargé de l'offrir (fi).

Je remarque que ce culte de la Diane chasseresse vint de Délos, c'esi-àdire des îles de l’Asie. A Patmos, par exemple, Diane était adorée sons le. nom d'ÉXsfrÇôXot (7); on citerait bien d'autres lieux (8). J I est vrai que le nom d’Agræ prêtait à un de ces rapprochements de noms que les Orées aimaient tant. Il paraît peu douteux que les fclapItélioUes , fêtes attiipies qui avaient donné leur nom à l'un des mois de l'année, ne fussent célébrées en l'honneur de Diane Agrotéra.

Nous avons vu déjà (g) que Diane, Minerve et Proscrpine forment la triade lunaire, et représentent chacune des phases de la lune Souvent Diane se

(I) Comparez doui mooururnU publié* par Montfaiv mn, Aniiq. rxpliq., t. I, pi. LXXXVII (l) Pau*., Ir tp.

(3) Voyage arckfaloç. e* Grict, Mo». Fi| , pl. CJX.

(4) ÆJua., lar. Airf., Il, 34-

(4) Barkh, C I. U., n* liî.

(4) Poilu», Oncm , VIII. 91 (7) C. I.G., »• 190.

(I) Cf- Humer., flymn in thAMw, X, ■ (9) P«k* *5.

trouve mêlée au culte de Minerve (i). Mais j'ignore sur quel témoignage MM. Rückert et Gerhard (a) s’appuient lorsqu’ils aflîrnient que Minerve était surnommée elle-même Agrotéra (3) , et qu'on lui offrait aussi un sacrifice le lendemain de l'anniversaire de la bataille de Marathon. Ces deux savants paraissent avoir prêté à Minerve ce qui appartient à Diane.

APIZTION 4>l AflN

APOMO[KAEIAHI A

riE

M. de Prokesdi. Dromoclide est U* nom «l’un archonte de la a* année de la 76e olympiade.

MN

Musée britannique. Sans siffles à Berlin.

OEO[AnPOZ Ê

Berlin; Vienne; Musée britannique; Collection Pro-

kescli (Cf. Inniitn meiner Sammlunt*, p., 3<», où

M. de Prokescli lit un B sur l'amphore).

M. Rolliu. • .

An

L'auteur.

MH

Musée britannique.

L'auteur.

HHAZ X

Musée Hunter (p. 49, n* aa).

An

I /auteur.

MH

Berlin; l’auteur.

zo

Vienne ; l'auteur.

.1) fier liant, Sit/lhol., L I, p. iài- (3)Lâ clievrr. *ur le boudier dr Minerve, eut renihkme

(I) Rùikcrl, Mrtiif drléindf (£l. du wa*. Cér., I, pl. n»>.

APIITIXIN 4>IAflN

Berlin.

MH

Berlin.

Cabinet de Paris; Turin.

an

Paris (Mionnet, n°68); Berlin; l'auteur.

MH

Musée britannique («leux exemplaires); l’auteur

nE

M. Rollin.

L'auteur.

Musée Hunter (p. ne ai).

An

Berlin; M. lambros.

Berlin.

ne

M. Rollin; l’auteur.

MH

L’auteur.

nE

L’auteur.

Quatre magistrats se partagent les douze lettres : car le [*, qui seul n'a pas été retrouvé, appartiendra sans doute à Dromoclide ou à Théodore. Ce partage n’est point sans confusion, et je n’ai pu rétablir un ordre plus satisfaisant. Plusieurs lettres sont communes aux troisièmes magistrats, et la ressemblance des noms d'Hégias et d’IIégéas rend la lecture plus difficile encore. Iæ plus souvent on ne trouve que HH et HTE; mais quelques exemplaires m'ont offert les noms tout au long. De même, on trouvera dans la série de Micion et d’Eurvclidc, deux troisièmes magistrats dont le nom se ressemble, APIÏTOX et APE3ÜT05I. Frappée dans un temps de révolution, comme nous le verrons tout à l’heure, la série d’Aristion et de Phidon devait se ressentir elle-même de ees désordres.

J.e Pégase se rattache aisément au mythe de Minerve. Il est né du sang de Méduse, qui est une forme archaïque de Minerve (i); Bellérophon, qui le monte, est un des protégés de Minerve ; c’est Minerve qui a mis un frein { yÜLnov tvôeèra) au cheval Pégase, et elle lui doit dès lors le nom de Clialinitis (a); aussi Pégase figurc-t-il sur les métopes du Parthénon (3). Tout le monde connaît les charmantes représentations de Pégase soigné par les nymphes , qui le lavent à la fontaine Hip|>ocrène (4), ou saisi par Bellérophon

tl) Voy«x page 17. (3) L'Acropole Attend, t II, p. lis.

(*) Pau»., Il, 4. (4) Bartotdi, StpoJcro dit' ycuoni, XX.

LES MONNAIES D'ATIIÊNES.

pendant qu’il boit à la source Pirène (1). C’est pourquoi, lorsqu'on parle des monnaies d’Athènes et d'Amisus, ou de celles du roi Mithridate, on devrait dire qu’elles portent un Pégase s’abreuvant, plutôt qu'un Pégase paissant. Les anciens ne plaçaient point sans intention Pégase auprès des sources et des fontaines : il figurait à leurs yeux l'élément humide qui s’élève du sol, les nuages qui montent vers le ciel.

Si l'on examine les beaux tétradrachmes de Mithridate, on sera frappé de voir sur le revers, dans le champ entouré d'une couronne, le Pégase que nous offrent les monnaies d’Athènes. Sa pose, son mouvement, son style, tout est semblable ; l'un des deux types a été copié sur l’autre. D'autre part, le nom du premier magistrat inscrit sur les tétradrachmes d'Athènes est celui d’Aristion , ambassadeur d'Athènes auprès de .Mithridate, puis agent du roi de Pont et confident de ses projets , bientôt son allié, dès qu’il se fut emparé de la tyrannie. Enfin, comme on trouve à Athènes une autre série monétaire qui porte en toutes lettres le nom du rot Mithridate et ses symboles, on ne peut douter que la présente série n'atteste directement l'influence toute-puissante que Mithridate exerça sur Athènes pendant trois ans, de l'an 88 à l'an 8fi. La première année, l’an 88, il parut lui-même sur la monnaie; l'an 87, Aristion prit sa place en substituant au symbole favori du roi de Pont, le soleil et la lune, un autre symbole, le Pégase, qui ne lui était pas moins cher. M. Kathgcber (a) a assigné pour date à cette série l'an 86, parce qu’il ne tenait point compte de la série d’Apellicon et de Gorgias (3). Aristion était maître d’Athènes dès l'an 87, et le peuple athénien, impatient de secouer le joug des Romains, était tout dévoué à Mithridate dès l’an 88. L'histoire nous laisse donc assez de latitude pour classer trois séries dans cette curieuse époque.

Je n’ai point à raconter l’histoire d’Aristion. Intrigant enrichi par l’enseignement de la philosophie qu'il avait professée à Messène, à Larissc et à Athènes, il acheta le titre de citoyen dans cette dernière ville, et attira sur sa nouvelle patrie les plus grands malheurs. Il flatta les passions basses d’une multitude que Pison flétrissait si sévèrement au siècle suivant (4). L’a-

(I) Wtnrkdmaun, Sloria délit arti, III, 14. v ior. e Irtt., V, p. 330 ; Arncltt, Wiener Jahrbûthtr der

(3) Annales de t Institut archéologique de Home, t. X, LittrTatur, Anzcigctilatt. p. 41. (4) Colluvicm quamtlam nalionuut (Tacite, Annal ,

(3) Eckhel, II, p. 220. Cf. C&vedooi, M/m. di ret. Il, i4).

ÏI9

APIITO<j> H P A

ristocratie fut décimée, exilée, dépouillée de ses biens. La prise d'Athènes par Sylla mit lin aux cruautés et aux folies d’un tyran qui n’eut d'autre mérite que d’opposer à l’armée romaine une vigoureuse résistance. Il est vrai qu’il savait quel sort l’attendait, car Sylla le fit mettre à mort avec ses complices.

J’ai fait analyser un tétradrachme d'Aristion et de Philon. Il contenait ga4 millièmes d’argent, millièmes d’alliage, et un peu moins de i millièmes d’or.

APirTomfnN] hpa[kaeiahe

tXtxapracbmes.

EXE[KPATHS

AN

Cabinet de Paris (Mionnel, Suppl., n° 10a); collection

de l'Académie des sciences d'Amsterdam.

HPAKAn[N

HP

Copenhague.

BAEIAEI[AHE

AN

Le K est donné par une drachme citée plus bas. Collection de M. Stem la, à Dresde.

TA

L’auteur.

EniETP[ATOE

AN

Copenliague; M. de Prokesch.

TA

Collection de M. le duc de Luynes.

in

Cabinet de Paris.

APXEfAHMOÏ

AN

M. de Prokesch.

HP

in

Copenhague.

MENE[AHMOS, HP Musée britannique.

f70AYX[APM0I M. de Prokesch, deux exemplaires (Cf. Ined., p. 3i,où

le X manque; depuis la publication de son ouvrage. M. de Prokesch a acquis un tétradrachme avec TTOAYX); l’auteur; M. Lambros.

<{)IAQN[lAHZ TA M. de Lagoy; on lit sur ce tétradrachme (J>IAAN qui

est corrigé par un exemplaire sans sigles de Berlin <j>l AH et par les drachmes. Le tétradrachme de Berlin donne APIIÎO<{> tout entier avant HP A.

DRJICnXES.

Cabinet de Paris (la pièce pèse 3,85); Musée britannique, où on lit EX H, faute du graveur (Cf. Lcake, Hell. nom., p. 35).

Copenhague. ,

Cabinet de Paris ( Mionnet , n° 1 09) ; le poids est de 3,q5 . Paris (Mionnet, Suppl., n" 99); La Haye.

Paris (Mionnet, n° 1 10), poids 3, 90; Munich; Cabinet de Stosch (Corsini, Fast. ait,, II, p. a65) ; l’auteur. M. de Prokesch. Haym publie une drachme avec $1 A fl (Tes. krit.y I, pl. XX). Corsini donne <t>IAO (Fast. ntt., ibid.).

DSMI-DRACIIXES.

TlOAYjXAPMOr M. de Prokesch. Sur un autre exemplaire , qui est au

Musée britannique, il n’y a que les trois premières lettres flOA.

Le nom d'Aristophon , quoique le premier, engage ses dernières lettres au-dessous du nom du second magistrat. Cela pouvait prêter a quelque embarras, et Corsini n’y a point échappé. Un seul tétradrachme, qui est au cabinet de Berlin, donne APIZT04> complètement en première ligne, et H PA est au-dessous de la tin du mot. Comment le nom qui commence par H PA doit-il être restitué? Visconti voulut, avec raison, trouver un rapport entre le symbole qui est dans le champ (l’arc, le carquois, la mas-

EXE[KPATHE

HPAK[A]«[N BA£l[AEIAH2 K EÏTIX|TPATOI flOA Y[X APMOX

$IAn[NIAHI

apiito4> hpa

Ml

511e) et le nom du magistrat qu'il plaçait à tort au premier rang. Il proposa de lire HPAKAEI05. (i), qui est très-rare, à cause de l'adjectif iip«xXtHK. Il serait déjà préférable de supposer le nom d’HPAKAEITOÏI porté par deux archontes, par celui notamment qui comprima une sédition d'esclaves dans les mines du Laurin ni (2). Mais le plus simple n’cst-il pas d’adopter le nom d'HPAKAEIAHJE , si commun à Athènes, les inscriptions en font foi (3) , et dont Diogène de Laerte a recueilli jusqu'à quatorze exemples, tons athéniens (4)? Voilà bien un des cas où le désir de jouer sur les mots n’est point sans influence sur le choix du symbole. On conçoit qu'un personnage du nom d’Héraclide marque sur la monnaie les attributs d’Hercule. Mais il faut pour cela , comme je le disais au chapitre sur les symboles, qu’il occupe le second rang et soit maître du symbole. Nous verrons ce même nom d’Héraclide figurer au premier rang, appartenant peut-être au même personnage, et le symbole n’aura plus aucun tsait à Hercule, parce qu’il passera au second magistrat, Euclès.

lorsqu'une arrière-pensée d’allusion personnelle perçait sur les monnaies, elle était, aussi bien que l’allusion politique, déguisée sous le symbolisme religieux. L'arc, le carquois, la massue, ne sont point un vain jeu : ils rappellent avant toutes choses Hercule, ou, si l’on veut, Thésée, l’Hercule des Athéniens. Plutarque nous apprend à quel moment Thésée prit la massue et la peau de lion , s'étudiant à imiter Hercule (5). Les Athéniens ont consacré cette assimilation, en élevant aux deux héros un temple commun, le Théséion. Je remarque, dans un inventaire du Parthénon, un carquois d'or avec un support d’argent, pesant cent trente-huit drachmes et consacré à Hercule (6). Comme protégé de Minerve, Hercule unit ses attributs à ceux de la déesse : c’est ainsi que sur des drachmes d’Krythres on voit une chouette auprès de l'arc , de la massue et du carquois réunis. Rien n'est plus commun que l’association de Minerve et d’Hercule sur les vases peints et les monuments figurés.

(h) Dîogfne de Laerte, V, 93.

(5) Mut., FU de Thésée, VIH et XI.

(6) Bœcib, Staatth der Ath, BctLageo.p. Ibï, tig. lu

(I) Iconographie grecque, t. Il, pi. I, fig. il. (l) Cornai, F eut. Ait., t. IV, p. lli.

APOnor MNArATO[PA£

TtTRADRACBMCS.

AnOA[AnNIOS

An

Berlin.

An

L’auteur.

ne

L’auteur.

nE

Saint-Pétersbourg (Ermitage); l’auteur.

AH

L’auteur. J’ai cédé un exemplaire, par échange, au Ca-

binet de Paris.

AH

Chez M. Curt, marchand à Londres.

AH

Cabinet de Paris; M. de Prokcsch; M. Lambros, à Cor-

fou. M. de Prokcsch a vu sur l'amphore un mono-

gramme formé d’un A et d’un P.

nE

Berlin, sans troisième nom.

Cabinet de Paris (Mionnet, 69).

An

L’auteur.

nE

Berlin.

xo

M. de Prokesch {In edi ta, p. 3o).

IO

Berlin.

nE

nPAjïlAX

nE

Pièce signalée par M. Postolacca, t-onservatcur du Ca-

binet de ('Université, à Athènes.

4>iai[no£

Berlin. 4» A 1 est abrégé en $1 sur d’autres tétradrachmcs.

APOnOX MNAIAfO

An

L'auteur.

AH

M. de Prokesch.

nE

L’auteur. Un exemplaire semblable est chez M. Rollin ; un autre chez M. Lainbros, à Corfou.

ZO

Vienne; Berlin; Musée britannique; Cabinet de Paris, de mon écliange; le général Fox; M. ilollin; ma collection.

ZO

ZO

Ramus (I, p. 1 54, n° l6).

L'auteur.

AHME|AZ

AH

L’auteur; Cabinet de Paris, de mon échange.

nEP

L’auteur.

NIKOZjTPATOZ

nE

M. de Prokesch.

AnoA[Aoanpô£

MH

zo

L’auteur.

■drachme.

APOnOS MNAIArojPAZ Munich.

Peut-être le nom du magistrat qui a le A doit-il être restitué de la même manière que celui qui a l’A, le B, le T, car cette série est très-irrégulièrc. Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu’ Apollonius et Apollodore sont une supposition tout arbitraire de ma part. Il y a plusieurs manières de compléter les quatre lettres AnOA, même en n’acceptant que des noms athéniens, comme je le fais toujours pour mes restitutions.

Le symbole sera reconnu par tout le monde au premier coup d’œil : c’est Éros, vainqueur d’Antéros, se couronnant lui-même et tenant encore la palme à demi brisée que son rival a cherché en vain à lui arracher. Cette lutte était célèbre dans l'antiquité; elle avait inspiré le sujet d'un beau groupe qu'on voyait à Elis (t). Eros tenait une branche de palmier qu'Antéros s'efforcait de lui enlever. C'est ce que représentent des bas-reliefs retrouvés par les modernes (a). Montfaucon a publié divers monuments où tantôt Éros et Antéros luttent (3) , tantôt Eros vainqueur consacre b*

(1) P»u*., VI, 3J. 1843; Bôtliger, Klrme Schri/(cn, tmiie I, page 139.

(1) Wieseler, Denkmdtrr der Kunst , t II, pl. Ul, (3) Anti^uiU rjpiiqurr, t. I, pl. GXVlll.

n“* «64 et 683 ; Hmun, Antikc Marmvnrtrkt, Lcipiig, (4) JM-, L I, 3* partie, pl. CL&XX.

îîl

couronne, gage de sa victoire. Les philosophes prêtèrent à cette fiction une haute portée morale (i), de même que les mythologues avaient fait jouer à l'Amour un rôle si grave dans les cosmogonies (2). Les poêles tragiques eux-mêmes le chantèrent (3). iamhlique donnait à Eros des cheveux aux boucles dorées, à Antéros des cheveux noirs (4). Sans doute Zeuxis, lorsqu’il peignit, dans un temple d’Athènes, Eros couronné de roses (5), avait arrêté le type de ce dieu et lui avait fait les cheveux blonds.

L'Amour figuré sur les tétradrachmes se couronne-t-il de roses? Personne ne pourrait le dire, tant la couronne est de petite dimension. Mais je ne crois pas qu’on ait copié sur les monnaies la peinture de Zeuxis. Ou a dû reproduire plutôt une statue sortie des ateliers de la jeune école attique; seulement les anciens 11e viennent pointa notre aide pour nous apprendre quelle était cette statue, dans quel temple d'Athènes elle était placée, quel en était l’auteur; car elle n’était ni de Praxitèle, puisque ses statues étaient à Thespies et à Pariura , en Mvsie (6), ni de Scopas, puisque la sienne était à Mégare (7). Si l’on s’étonne de voir Eros se couronner lui-même, je renverrai à une frise en terre cuite du Musée Campana (8), qui représente une palestre ornée de colonnes et de statues. L’une des statues est un athlète qui tient une palme de la main gauche et se couronne lui-même de la main droite. Hercule se couronne également sur les monnaies d’Héraclée de Lucanie (9).

il est assez difficile de rattacher Lros au cycle de Minerve, même en le considérant uniquement comme vainqueur d‘ Antéros et comme l'amour céleste des mystères de Thespies (10). Cependant une tradition faisait naître Éros de Vénus et de Jupiter (11); il était donc le frère de Minerve. Si je comprends bien un récit de Pausanias(ia), ce fut du rocher de l’Acropole que se précipitèrent Timagoras le mctœquc et Mêlés le l»el Athénien , et ce fut dans l'Acropole qu’on éleva un autel à Eros et à Antéros. Déjà jadis, trouvant un piédestal avec des amours dans l’enceinte consacrée à Minerve Po-

(I) l’Ialon, Phtdre, p. làf», rf; Banquet, p. 415; (7) Peut., I, 43.

Plut, Vit tTAiclbinde, IV ; Ari»1-, Uetaph , I,*. («J Miutn Campana, I. Il, pl. XOIV.

(1) Héeiode, Thtag., v. lié cl suivants. (0) Catalogue Grtppo, h* 147.

(3) Sophocle, Chtrur d'Antigone, v. 700 el muant*, (10) Guiguiaut, Relig. de l'antiq, III, r* partie,

(4) Linibl., p. 15, fd. fîoittnntde. ch. vi.

(5) Cikomr de» Acharnicn» cl le Scolittte. (Il) Lec.L, I, 17.

(•’ Pline, Hat. IS'at., XXXVI, 4, Il ; Slrabon, IX, (11) l'au*., I, 30. Cf. ÈiUt dtt monum. eéram., I. III,

J» 44»; Lucien, f Amour. 1 1. p. 18 et son.

APXITIMOI AHMHTPI tir,

liade, je me demandais s'il n’y avait point entre Éros et la chaste Minerve un lien religieux qui est resté ignoré des modernes (t). Ce lien devient plus sensible si l’on réfléchit que la légende de Mêlés et de Timagoras est représentée sur un vase qui a pour sujet la naissance de Minerve (a). Sur le vase qui représente la naissance d’Érichthonius, que la Terre pose dans les bras de Minerve , Éros et Antéros se balancent sur des plantes enroulées eu spirales et assistent à la scène (3). Knlin , Athénée nous apprend (4) que dans l’Académie, lieu consacré à Minerve, on sacrifiait à la fois à Minerve et à l’Amour; il tire même de cette communauté de sacrifices la preuve que l’amour peut s'allier à la sagesse et à la chasteté.

APXITIMOX AHMHTPI[OZ

A AH Cabinet de Paris.

A EY Goltzius (pl, XIV, n* 1 3), copié par Corsini (Fort. «//., II, afi6), a lu KY

E Al Musée britannique.

I £0 Au même Musée.

A I Copenhague (Ranius, p. ■ 5/|, n* 1 7, n'a pas vu la marque d'atelier).

Sans sigles : Berlin; Turin; Musée britannique; Musée Hunter (p. <(J, n" a3); Collection de M. de tariehs (Calai., p. 107).

(!) I-trrcpcU it'Alhmei, t. Il, p 303. I, pl. LXXX1V. Cour 1» piaule», symbole de U te-

ta) £ltte tin nuwi. cèram , 1. 1, pl. LXV A. comblé, voyci If RulUtln circtieutoçtijur de Aaplei, l. Il,

(3) Brôodjted, Yoyaçei et recherekti m Grèce, V li-j pl. 111 et IV. criisou, planche XLI1 ; Elite des momiments céromofr., (S) L XIII. p. 501, d, c.

ÜO

Le symbole a embarrassé les arcliéologues. Cari Combe a vu une figure tenant un trident, le modius sur la tête; Taylor Combe (i) ne se prononce pas ; Paya Knight (a) met une fleur dans la main de la petite figure, Corsini un laiton. J'ai comparé les originaux ou les empreintes de sept tétradraclimes de cette série, qui n'en compte encore que dix , partout j'ai reconnu une femme portant un oiseau sur sa main étendue, et cette femme c'est une divinité, c’est Vénus.

Vénus était adorée à Athènes sous plusieurs formes. Sous le nom de Venus Céleste elle avait un temple dans /es Jardins. Sa statue était d’Alcamène; c’était une des plus belles œuvres de ce maître (3). Auprès du temple était une autre statue archaïque, terminée en pilier ainsi qu’un Hermès; là, on considérait Venus comme la plus ancienne des Parques. Dans le Céramique, un second temple avait été consacré à Vénus Céleste, et là sa statue, en marbre de Paros, était de Phidias (4). J’écarte la Vénus Pandémos ou Hétaira (5) et la Vénus Hippolytia , qui avaient des sanctuaires auprès de l’Acropole; le temple de cette dernière avait été élève par Phèdre en vue de Troezènc {(*). Ces cultes n’avaient point la haute portée religieuse du culte de la Vénus Céleste , qui , de l’Assyrie, s’était propage dans l'ile de Cypre, en Phénicie, dans l’île de Cythère, et jusqu’à Athènes. Comme pour ranimer la vivacité de la tradition qui avait pu s’obscurcir. Conon avait à son tour rapporté de Cypre le culte de la divinité syrienne. Sous le nom de Vénus de Cnide, il lui avait élevé un temple au Pirée, près de la mer (7), rappelant ainsi la victoire navale qui avait délivré sa patrie du joug îles Lacédémoniens. En outre, la Vénus de Cnide était favorable aux flottes et aux navigateurs, car on la nommait aussi Euplée (8).

Est-ce l’œuvre de Phidias ou celle d’Alcamène que reproduisent les tétradrachmes? Est-ce la Vénus de Cnide? Je crois d’alrord que les Athéniens s'attachaient à copier sur leurs monnaies, non pas les plus belles statues de leurs sculpteurs, ce qui n'eût été qu'un plaisir d’archéologue, mais les images qu’ils révéraient par-dessus toutes les autres, et qui leur rappelaient de grands et patriotiques souvenirs. f«t victoire de Conon était au nombre

(«) Diod. Sic., IV, et.

(7) Pauv, I, I.

(S) SI. Rangabé a publié dan» les Annalt* dt t’InU» arc*, dt Iteme, une lettre sur Vénus Eoplce et Vénus syrienne (1849, p. 188).

(I) Mm. BrU., p. 116, n* IR.

(3) Calai., p. 33.

(3) Pau» , I, IV

(4) Pau», 1, 14.

(4) Pau»., |, 23. Hvsych , mi p. Atbén., XIII, p. $71.

APXITIMOÏ AHMHTP

de ces souvenirs glorieux. Nous apprenons, en effet, par les inscriptions (i), que, sous J'archontat d’Héraclide, c'est-à-dire l'an taij après J. C., on n'avait point cessé d'offrir des sacrifices à la Venus syrienne.

Depuis quelque temps, un grand nombre de statuettes de Vénus, en terre cuite, en marbre et en albâtre, ont été apportées de Cyprc et de la Syrie. Ij» déesse est entourée de longs vêtements; elle porte le modius et un collier; elle tient presque toujours une colombe; telle nous la voyons représentée sur l’autel Borghèse (a). La colombe était l'oiseau consacré à Vénus, non-seulement à Cypre, mais dans le sanctuaire du mont Eryx, où l'on nourrissait des bandes de colombes, et à Sicyone, où le même usage est attesté par les monnaies. C'est jxmrquoi plus tard les poètes firent traîner le char de Vénus par des colombes. Sur la voie sacrée était un temple de Vénus Phila : on y a trouvé de grosses colomlves en marbre, qui appartiennent aujourd'hui à M. Forth-Rouen. Les anciens offraient à la déesse (3) des colombes, comme ils consacraient une chouette ou un serpent dans le temple de Minerve, un ours dans le temple de Diane llrauronienne (4). Sur un bas-relief célèbre, on voit une jeune fille assise devant la statue de Vénus et nourrissant des colombes (5). La ressemblance de la statue figurée sur les tétradrachmes avec les monuments rapportés de Cypre et de l'Orient doit donc nous engager plus vivement à reconnaître la Vénus syrienne ou Buplée, à laquelle Conon avait élevé un temple.

Quel sera le rapport de Vénus et de Minerve? Je le crois plus facile à établir que le rapport de Minerve avec Bros, bien qu’Eros, à travers la grandeur des mythes primitifs conservés dans les mystères de Thespies, soit aussi digne d’être uni à Minerve que la Vénus Céleste. La Vénus céleste est , comme Minerve, une déesse armée et victorieuse : aussi, sa statue était-elle placée à Sparte dans le temple de Minerve Chalcùecos (fi). Callias consacrait une Vénus dans la citadelle de Minerve (7), et, sur un miroir étrusque, on voit Minerve conduisant Vénus par la main (8). Vénus, à son tour, apparaît sur un vase avec l’égide, et joue vis-à-vis de Neptune le rôle de Minerve (g). En

(I) RantuÜK:, An/tq. hellén., U 11, p. 4

(J) De C Urac, Musée *'apot*w, pl. 173, 174. Cf. Orhard, /rtrr Yamstdole, Berlin,

(3) Cf. de Wilte, Catalogue Durand, n* 47, finie I.

(4) L'Acropole 6 Athènes, 1. 1, p. 21M1 (4) Mmto Bourbon, VI, pl. 10.

(fi; tous., III, 17; Nonn., XXIV, p. 13? et 341. Cf Gerhard, Mgth , t. I,p. 411.

(7) PauE.,1, 33.

(*) De Wilte, Catalogue du prince de (anlno, u 2W (9) VoyW les teste* cité* par MM. Lenorcnant et de Wilte, Élite des mon. «'ram., t. III, p. 47 ; cl. pl. XV.

ÜS

Attiqne, Vénus était considérée comme la plus ancienne des Parques; à ce titre elle se confond avec Proserpine (i). C’est pourquoi M. de Witte a appelé Vénus 4>(^xTTa une figurine semblable à celle des tétradrachmes. tenant une colombe, vêtue de la double tunique, coiffée du inodius, taudis (jue deux tresses de cheveux tombent sur ses épaules (a). Stackellterg assimilait également à Proserpine une femme portant une colombe (V). Or, l'on sait combien Proserpine et Minerve étaient étroitement unies; aussi la légende représentait-elle Vénus , Minerve et Diane courant au secours de Proserpine enlevée par Pluton (4).

Knfin je trouve dans les cérémonies mêmes du culte de Minerve un indice du lien qui la rattachait à la Vénus Céleste (5). Pendant la nuit qui précédait les Panathénées, les vierges Errhéphores partaient du temple de Minerve Poliade. Elles emportaient un fardeau mystérieux qu'elles déposaient dans une grotte souterraine auprès du temple de Vénus dans les Jardins; elles en reprenaient aussitôt un autre et le rapportaient à la prêtresse de Minerve (6).

APXITIMOr flAMMENHE

A Al Collection de fauteur.

4>l Cabinet de Paris (Mionnet, 70) ; Musée britannique.

I,c sigle I n'est connu que sur ces deux tétradrachmes et un tétradrarhme

(I) notant, RfixrtrormKhesmtockenshuUem, II, 147. (s) Gtrrhxni, Mp/A., I, p. 3S5.

(1) onaleçir VurmS. u“ ISIS et tels («) Pau»., I, 37. Ct. f icropolr dAthtnti, 1. 1, p. IM,

(1) G rater der «tUam, pl. LXUI. et L II, p. Ml. U grotte u'appttlenul peuVStre poiot

(A) GuignUut, IMiç. de r<mftg.,ni, 3*purUr, p. 1093. »u sauctaeiro, nuis elle eu était rirâlie.

de lu série tl’Adiieus et d’Héliodure. Comme il se trouve sur deux exemplaires différents, je n'ose dire que ce soit une erreur et que le graveur ait mis un 0 au lieu d'un A.

On peut hésiter sur Ja qualification <lu symbole figuré à droite de lu chouette. Kst-ce une torche avec lu bandelette des initiés;1 Alors je n’ai qu’à renvoyer à la série d’Andréas et de Charinautès , où j’ai dit quel rôle Bacchus jouait dans les Mystères comme parèdre de Cérès. Est-ce un thyrse? Je renvoie à la septième série des pièces à monogrammes, où j’ai déjà parlé de cet attribut bachique. Pour moi, je suis convaincu que c’est un thvrse : la pomme de pin, au lieu d’être fermée, a éclaté, comme cela *e voit souvent sur les peintures de vases ; quant à la bandelette , elle est le complément naturel du thyrse. On remarquera la même bandelette sur un bronze de la série de Dioclès et de Diodore. Je n’ai donc aucune explication nouvelle à présenter. J’indiquerai seulement des termes de comparaison à ceux qui ne voudraient point reconnaître un thyrse , à cause des pointes qui rayonnent comme les jets d’une flamme (i).

A4»POAiri[or] AnoAH=iz

MHTPOAflPOZ

A Vienne.

ME L’auteur.

10 Le général Fox.

(I) De Lettonie. Votes lambery, 1, pl. LXXXY11 ; Orberd, Ânliir SUitwerVe, pi. XLV et CVIII.

AHMOIO[ENHX

An

Turin. Autre exemplaire, sans sigles, au même Musée

Al

IAuteur.

L'auteur. Sestini [Lettre VI, Berlin, i8o/|, p. 3o) voit

sur l’ampliore un E ou un K. C’est vraisemblablement un B dont les deux boucles étaient un peu fruste*

MEIAflN

Al

L’auteur.

Musée britannique. Au Cabinet de Paris (Mionnet ,

Suppl. j 35), un exemplaire sans sigles. Mionnet a confondu les noms, et lu ATTOMEIAHN . ahâiî

kAA Al A[E

ME

Berlin.

Musée britannique (Cf, Payn Knight, p. 34)- L’auteur

IIMI[AE

ME

Berlin. Sans sigles, dans Iq collection de M. de Prokeseh

EYMAPElfûHÏ

Al

L'auteur.

ME

Paris (Mionnet, * 1),

L’auteur.

HrEMA|XOI

ME

Berlin.

M. de Lagoy (Cf. Mionnet, Suppl. % 34)- Un tétradrachme

de ma collection donne seulement HTE; les autres lettres sont effacées.

BAKXlfOX

ME

Copcnliague.

Saint-Pétersbourg iCabinet de l’Ermitage); M. de Pro-

kcsch. Chez M. de Prokeseh, l’amphore porte une lettre qui paraît un M ou un N .

Cabinet de Gotha (Ralhgcber, Ann. défi' Instit. di Ro/nu.

i838, p. 3g). Peut-être y a-t-il un M sur l'amphore

AEINOfKPATHE

Vienne; l'auteur.

HP AKAElfùHX

Al

M. de Prokech itned p. 3o). M. de Prokeseh possède

un autre exemplaire, dont l'amphore pu aît porter un N ou plutôt un H.

£<J> Payu Kniglit (p, 34 i ; au Cabinet de Turin, sans sigh** APt£TAP(XO£ M. de Prokeseh (inedita, p. 3o).

DEMl-DEACHME,

l-i demi-drachme ou le triobole existe à Lumia, dans la collection de M. le docteur Beretla. Elle suppose naturellement la drachme. Je n'ai pu m’en procurer l’empreinte. M. Postolacca, conservateur de la collection de l'Université

A<t>POAIII AnOAHÎIS 231

«l’Athènes, m'assure que la chouette, au lieu d'être posée sur une massue, est sur une palme. Ce serait une manière de rappeler le symbole du tétra* drachme : une Victoire présentant une couronne.

Mous avons déjà vu, sur une des séries à monogrammes, la Victoire présentant une couronne : nous la retrouverons encore dans plusieurs autres sériés. Je n'ajouterai rien sur un sujet aussi connu.

On remarquera seulement, à propos de la couronne que tient la Victoire, tpie les inventaires du Parthénon mentionnent diverses couronnes d’or consacrées à Minerve-Victoire, à Minerve Nicéphore, c’est-à-dire «pii porte la Victoire : telle Phidias l'avait représentée. Je vois, par exemple, deux couronnes du poids de ay drachmes et de a3 drachmes (i) : une autre couronne pèse 273 drachmes, 3 oboles l/a, et son importance nous atteste qu'elle a dû être offerte à titre d'àpiMiwv après quelque victoire considérable (2). I, offrande la plus singulière est assurément la couronne du poids de fi(i drachmes 5 oboles «pie consacra Lysandre, vainqueur d’Athènes, et «pie les Athéniens respectèrent (3).

Le nom de Simias, «pie je restitue, se retrouve sur les monnaies d'Apollonia (4) : d’ordinaire, on trouve plutiit Simmias. Hégémachus est le nom d'un archonte de la 1" année de la 120* olympiade. Ces rapprochements sont nécessaires pour justifier mes restitutions.

(!) Ua-ckh, StuatsA. der AtlkJi., Ikilaptn, p. 164, li- (3) Ibid., ligue 30 : Ittfffvoç xpvvoût, o» Atttwipo; gnes 17 et lfl. ’Afrnvata; Mtau <m3*vo; ypveoïç. Aax*8«ip.«jvvi>;

(I) C. I. G. U* 1 50, ligne 76. (4) Mionnet, L II, p. 30.

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