LA PATRIE
SULLY PRUDHOMME
Viens! ne marche pas seul dans un jaloux sentier, Mais suis les grands chemins que l'humanité foule : Les hommes ne sont forts, bons et justes, qu'en foule : Ils s'achèvent ensemble, aucun d'eux n'est entier.
Malgré toi, tous les morts t'ont fait leur héritier ; La Patrie a jeté le plus fier dans son moule,
Et son nom fait toujours monter comme une boule De la poitrine aux yeux l'enthousiasme altier !
Viens ! il passe au forum un immense zéphire ; Viens! l'héroïsme, épars dans l'air qu'on y respire, Secoue utilement les moroses langueurs.
Laisse à travers ton luth souffler le vent des ânes, Et tes vers flotteront comme des oriflammes, Et, comme des tambours, sonneront dans les cœurs.