‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 111 sur 230 · JEAN RAMEAU · texte numérisé non relu

JEAN RAMEAU

Armellus regardait les étoiles lointaines.

Dans la forêt barbare où grouillaient par centa. 5 | Les oiseaux carnassiers, les monstres écailleux, i4 Dans la broussaille louche aux sentiers périlleux

Où pointaient des cactus, où sifflaient des vipères, Inattentif aux dards, sourd aux voix des repaires, Le front haut, l'âme pure et le cœur plein de miel, Armellus regardait les étoiles du ciel,

Les étoiles aux longs sourires de lumière,

Les étoiles penchant sur lui leur face altière

Et murmurant tout bas des concerts fabuleux, Comme des luths de perle effleurés de doigts bleus.

‘Que regarde-t-il donc?" disaient-ils, dans leur antre. Et l’un d'eux, bondissant, lui mit ses crocs au ventre.

: Le front ha: ïe pure et le cœur plein de miel,

: Armellus re: es étoiles du ciel,

Alors, de toutes parts, les monstres l'attaquèrent, : Sa chair frémit, son dos saigna, ses os craquèrent, Sous les dents des chacals, ou les becs des vautours : Mais ses yeux regardaient les étoiles toujours, Les étoiies aux longs sourires de lumière, Les étoiles penchant sur lui leur face altière… Alors, en meute, avec d'horribles hurlements, Hyènes, loups, jaguars et tigres, écumants, Dévorèrent ses bras, ses jambes, sa poitrine. L'homme tomba, sanglant.

Mais sa tête ivoirine.

Sa tête pâle et douce, ouvrait plus grands ses yeux Et regardait encor les étoiles des cieux,

(2 Les étoiles aux longs sourires de lumière, Les étoiles penchant sur lui leur face altière…

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Et murmurant tout bas des concerts fabuleux, Comme des luths de perle efflrurés de doigts bleus.

Qu nd ils virent cela, tous le: auves tremblèrent. Oh! les yeux d’'Armellus! Quels rayons les éclairent ! Que voient-ils donc là laut qu'eux jamais ne verront ? ‘‘Crevons-les! Crevons-les ! ”?

D'un bec farouche et prompt, Comme on croque, en passant, deux mûres aux venelles, Deux hiboux ténébreux percèrent les prunelles.

Mais alors la forêt s’emplit de cris d’effroi.

Les monstres écailleux fuirent en désarroi,

Se jetant dans leur fosse, ou leur eau croupissante : Une étoile tombait du ciel, éblouissante,

Et, voyant que les yeux ne la regardaieut plus, Elle vint se poser sur le front d'Armellns.

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