‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 113 sur 230 · MA SŒUR SE MARIE · texte numérisé non relu

MA SŒUR SE MARIE

JACQUES MIRFILLE.

Je suis furieuse contre ma sœur Jeanne... Savez-vous ce qui 2 prend? Elle veut nous quitter. Tout ça, parce qu'elle se marie... La belle raison! Oh! c'est une inéchante! je le lui dirai.

C'est vrai... qui est-ce qui m'expliquera les images maintenant? qui est-ce qui me racontera des histoires, qui est-ce qui me bordera le soir dans mon lit? Oh! je la déteste, si vous saviez; et son prétendu donc — un vilain — c'est lui qui est cause de tout; moi, je le trouve très laid, ce monsieur-là : il a de grands yeux noirs qui brillent quand il regarde ma sœur, et une barbe rousse qui pique quand il m'’embrasse. Moi, je n'aime pas les barbes qui piquent — personne ne les aime d’abord, Jeanne non plus, j'en suis sûre. Tiens, mais elle ne le sait peut-être pas, qu'il a une barbe qui pique. 11 faudra le lui dire; ça fer. peut-être manquer le mariage, et comme ça tout le monde sera content; maman aussi, Car j'ai bien vu que Ça lui faisait de la peine que ma sœur s’en aille, elle pleurait presque, en m'apprenant la nouvelle, Mon Dieu! que c'est bête le mariage. Ça fait du chagrin à tout le monde: à la petite sœur, à la grande qui quitte la maison, à maman, et puis à papa! Tout ça pour faire plaisir à un monsieur dont la barbe pique.

C'est vrai que le jour de la noce on met de belles robes ; c'est joli ça, et puis il y a des petits gâteaux — moi, je les aime, surtout ceux à la crème —oh! que je les aime !.… Et puis on danse le soir, c'est amusant aussi !... et voilà! c'est fini... on est marié, et la grande sœur s'en va en Suisse, en Italie, très loin, dans les pays où on achète des enfants.

Écoutez : vraiment, à part les petits gâteaux et le bal, ça ne sert pas à grand’'chose, le mariage. Pourtant tout le monde se marie, il faudra que je fasse comme les autres — ça me préoccupe. En tout cas, mon mari à moi n'aura pas

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de barbe, Je sais bien comment je le voudrais: comme Maurice par exemple. Il est gentil, mon cousin Maurice : il a neuf ans, c'est très bien, moi j'en ai huit, Seulement, il met toujours ses doigts dans son nez, et ma tante dit que c'est sale ; je suis un peu comme ma tante, et je ne voudrais pas d'un mari qui fasse ça. Eh bien alors, pas Maurice, un autre, Ça m'est égal... Tiens, Paul... Seulement, il est vieux, Paul, il a dix ans, et puis nous n'avons pas les mêmes goûts; quand je veux jouer à la poupée, il veut jouer aux soldats, toujours aux soldats, c'est ennuyeux à la fin, nous ne pourrions pas être heureux en ménage... Alors pas Paul, un autre... Et puis non, décidément je ne veux pas me marier aveC un garçon; j'aime mieux me marier avec ma-

man; elle voudra bien, petite mère, elle fait tout ce que je veux.

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