‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 117 sur 230 · UNE LEÇON · texte numérisé non relu

UNE LEÇON

PAUL DÉROULÈDE

Le camp des prisonniers est tout au pied du fort, Les baraques de bois craquent à peine cluses ; Et, sous le ciel brumeux de ces pays moroses, La neige tombe drue, et le vent souffle fort.

Puis, par crainte du feu, l’on ne nous chauffe guère ; La lumière, le soir, est défendue aussi :

Ils n'imaginaient pas, se rendant à merci,

Quelle merci c'était, les prisonniers de guerre !

Le matin, l’on partage un pain rare et sans blé : On partage, le soir, une soupe noirâtre,

Et, las de remuer la pioche et le plâtre,

Sur une paille humide on r-pose accablé.

Et ce ::': st pas, hélas! seulement leurs baraques, Leurs tentes ou leurs toits qu’ils construisent le jour : Le travail de la honte est encor le plus lourd :

Les Français fortifient la Prusse en cas d'attaque.

Ah ! combien ont voulu refuser ce travail !

Combien refaisaient mal une tâche mal faite ! Mais l’aiguillon prussien était la baïonnette, Comme si ces malheureux étaient leur bétail.

Page 1