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LE TROUVÈRE

FRANÇOIS CopPÉ::.

Vivent les nuits d'été pour faire un bon voyage ! Le soir on a soupé dans quelque humble village, Sous la treille, devant les splendeurs du couchant,

Et l’on part au lever de la lune. En marchant, On chante, et l’on oublie, en chantant, la fatigue. Vivent les nuits d'été, quand le ciel est prodigue De clartés et que l’astre au regard presque humain Vous sourit À travers les arbres du chemin !

Vivent les nuits de juin et vive l'espérance !

M'y voici. Dè: demain je saurai si Florence Aime toujours le luth et les chansons d'amour.

Mais nous sommes encor bien loin du petit jour ;

Et, quand on est ainsi vêtu de vieille serge Et qu’on porte ceci sur l'épaule, l’auberge Est sourde au poing qui frappe, et s'ouvre avec ennui. Où pourrais-je donc bien me coucher aujourd’hui ?

Ce vieux banc? Oui. C'est dur ; mais la nuit est si douce! Et puis je les connais, les oreillers de mousse :

On y dort; et, si l’on a froid dans son sommeil,

Le matin on se chauffe en dansant au soleil.

C'est égal, on est mieux entre deux draps de toile. Cette nuit, je te prends pour gîte, ô belle étoile.

... Je ne veux pas garder l'incognito ; Je suis musicien et j'ai nom Zanetto.

Depuis l'enfance, étant d'un naturel nomade,

Je voyage. Ma vie est une promenade.

Je crois n’avoir jamais dormi trois jours entiers Sous un toit, et je vis de vingt petits métiers Dont on n'a pas besoin. Mais, pour être sincère, L'inutile, ici-bas, c'est le plus nécessaire.

Je sais faire glisser un bateau sur un lac :

Et, pour placer la courbe exquise d’un hamac,

Choisir dans le jardin les branches les plus souples,

Je sais conduire aussi les lévriers par couples,

Et dompter un cheval rétif. Je sais encor

Jongler dans un sonnet avec les rimes d’or ;

LES MONOLOGUCES LASSALLE.

Et suis de plus, mérite assurément très rare,

Éleveur de faucons et maître de guitare.

Toutes professions à dîner rarement,

N'est-ce pas? Oh! bien moins qu'on ne croirait vraiment. h Pourtant, c'est vrai, je suis un être peu pratique, a L'heure de mes repas est très problématique, H Et je suis quelquefois forcé de l'oublier,

Alors que le pays m'est inhospitalier.

Souvent, loin des inaisons banales où vous êtes, Assis au fond des bois, j'ai dîné de noisettes ; Mais cela m'a donné l'âme d'un écureuil.

Et puis presque partout on me fait bon accueil ;

Je tiens si peu de place et veux si peu de chose ! J'entre dans les châteaux, le soir, et je propose De dire une chanson pendant qu'on va souper.

Tout en chantant, je vois le maître découper

Le quartier de chevreuil et la volaille grasse ;

Et ma voix en a plus de moelleux et de grâce.

Je lance aux plats fumants de longs regards amis ; On comprend, et voilà que mon couvert est mis. J'ai mon caprice pour seul guide, et je voyage Comme la feuille morte et comme le nuage. BE Je suis vraiment celui qui vient on ne sait d'où F: Et qui n'a pas de but, le poète, le fou, ti Avide seulement d'horizon et d'espace,

Celui qui suit au ciel les oiseaux, et qui passe.

On n'entend qu'une fois mes refrains familiers. Je m'arrête un inst int pour cueillir aux halliers Des lianes en fleur dont j'orne ma guitare,

Puis je repars. Je suis le voyageur bizarre

Que tous ont rencontré, léger de ses seize ans, Dans le sentier nocturne où sont les vers luisants. Quand il pleut, je me mets sous l'épaisse feuillée, Et je sors, ruisselant, de la forêt mouillée,

Pour courir du côté riant de l'arc-en-ciel.

Ne la cherchant jamais, je trouve naturel

De n'avoir pas encor rencontré la fortune.

Je suis le pèlerin qui marche sous la lune,

Boit au ruisseau jaseur, passe le fleuve à gué,

Va toujours et n’est pas encore fatigué.

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