AUGUSTE BRIZEUX
Il est dans nos cantons, Ô ma chère Bretagne ! Plus d’un terrain fangeux, plus d'une âpre montagne, Ë Là de tristes landiers comme nés au hasard, F Où l'on voit à midi se glisser le lézard :
Puis un silence lourd, fatigant, monotone,
Nul oiseau dont la voix vous charme et vous étonne, Mais le grillon qui court de buisson en buisson,
Et toujours vous poursuit du bruit de sa chanson 3 Dans nos cantons aussi, lointaines, isolées,
Il est de claires eaux, et de fraîches vallées,
Et d’épaisses forêts, et des bosquets de buis, Où le gibier craintif trouve de sûrs réduits. k Enfant, j'ai traversé plus d’un fleuve à la nage, Ravi sa dure écorce à plus d'un houx sauvage,
Et, sur les chênes verts, de rameaux en rameaux, Visité dans leurs nids les petits des oiseaux.
Oh! lorsqu'après deux ans de poignantes douleurs Je revis ma Bretagne et ses genêts en fleurs, Lorsque, sur le chemin, un vieux pâtre celtique * Me donna le bonjour dans son langage antique, É Quand, de troupeaux, de blés, causant ainsi tous deux, Vinrent d'autres Bretons avec leurs longs cheveux, Oh! comme alors, pareils au torrent qui s'écoule,
Mes songes les plus frais m'inondèrent en foule !
Je me croyais enfant, heureux comme autrefois,
Et, malgré moi, mes pleurs étouffèrent ma voix !…
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