LE CHEVEU BLANC
FERNAND BEISSIER.
Au miroir je me regardais — Quelle es* celle de nous, soit-elle peu coquette, Qui ne s’y regarde jamais ?
Le miroir n'est-il pas l'ami sûr, qu'en cachette On consulte dens bien des cas, Qui vous fait bouder ou sourire, Mais à qui l’on se fie et qui ne trahit pas, Car il en aurait trop à dire, S'il pouvait parler. — J'étais ]à, Rêvant de ceci, de cela, De tout, de rien, de mille choses, Du dernier cotillon, d’un vieux bouquet de roses Que je venais de retrouver, quand, sans savoir Dans quel coin de mon tiroir J'allais-soudain chercher ma pensée, Je me dis que le temps qui ne laissait aux fleurs Et leur parfum et leurs couleurs Que l’espace d’une journée, Nous mesurait : ussi la jeunesse, — Comn:ent ? Vous riez? Vous croyez donc qu'il est impossible De penser, une fois au moins, sérieusement — L'esprit est vagabond et bizarre au possible, Qu'on soit demoiselle ou garçon, Chacun le suit à sa façon.
Je pensais donc que le temps passait, et que l'âge Viendrait. J'avais seize ans, j'en aurais vingt b.entôt, Puis trente... puis... Le courage Me manquait pour compter. Comme l’on vieillit tôt, Pourtant! Les ans passent pour tout le monde ! Et l'heure arriverait où mon doigt, tout tremblant, Découvrirait mon premier cheveu blanc Se cachant tout honteux sous une boucle blonde ! Oh! ce premier signal que l'hiver va venir !
Que votre jeunesse est partie,