À MA MÈRE
FRANÇOIS COPPÉE
Quand j'étais tout petit, espiègle et cher tyran,
Que j'avais des enfants la bruyante colère,
Que je frappais du pied — rappelle-toi, ma mère —
Tu disais maintes fois : ‘* Quand donc sera-t-il grand ? **
Mais me voici jeune homme. Hélas! l'indépendance M'entraîne en son courant. Tu souffres en secret À Tu penses à ces jours heureux de mon enfance :
Ton espoir d'autrefois se transforme en regret.
Et lorsque, loin de toi, quelque plaisir m'attarde, Inquiète, écoutant un pas qui retentit,
Tu te souviens : ton cœur dans le passé regarde ; Tu songes : ‘‘ Que n'est-il encore tout petit?’
Jeunes gens, mes amis, s° vous lisez ces lignes, Qu'un tendre sentiment me dicte en un bon jour, Oh! rappelez-vous bien qu’il faut, pour rester digne Des baisers d’une mère et de tout son amour,
Repousser les désirs d’une liberté vaine,
Lui prouver votre amour en lui concédant tout. Et, sans un seul soupir, savoir porter la chaîne Que vous font ses deux bras passés à votre cou.