ÉDOUARD PAILLERON
Noël! Voici l'hiver joyeux, la nuit de fête ; Riche, puisque aussi bien ta vie est ainsi faite, Qu'il te faut un plaisir par jour, tu vas l'avoir. Au réveillon quelconque où l'on t'attend ce soir Après ton cercle, après ta visite au théâtre,
Tu vas souper avec des personnes folâtres.
Mais, sans illusion aucune toutefois,
Comme tu vas au bal, comme tu vas au bois :
Pour remplir, en faisant n'importe quelle chose, Le vide de tes jours qui ne sont jamais pleins, Pour t'amuser, du moins tu le dis... Je te plains!
Je te plains d'aller là, toi pour qui toute fête
N'est qu'un long baïllement suivi d’un mal de tête : Je te plains de courir la ville cette nuit
Pour te désennuyer et te changer d’ennui ;
Je te plains de n'avoir que l'ombre de la proie,
Que l’orgueil d'un bonheur dont tu n'as pas la joie, L'orgueil, absurdement stérile et douloureux,
De vouloir qu’on t’envie et qu'on te croie h
Ah! si, dans un moment d'oubli, d'oubli supririe, Tu pouvais donc penser à d'autres qu’à toi-mên.e, Si tu pouvais aimer, haïr, si tu pouvais
Intéresser ton cœur aux choses que tu fais,
Ce cœur qui n'est pas mort, mais qui ne veut plus battre, Quand tu tires à sept ou tu conduis à quatre ;
Si tu pouvais jeter ton masque d'homme fort, Connaître la douceur saine qui suit l'effort, T'évader du plaisir, sortir de toi, renaître
Dans quelque émotion profonde de ton être, Croire, lutter, souffrir, te donner, vivre enfin...
CEE
mn rrernnemeer sen re mrnapnee ne + Fer 5 +
ee nil) :
enr en nb
De MT, à
2h, init
Tu le peux : vois ce pauvre; il a froid, il a faim : Regarde-le, tremblant et nu, sous la bise aigre,
Dans le carrefour noir, rôder comme un loup maigre, Les passants qu'il supplie, en marchant dans leurs pas, Refusent de l’entendre et ne s'arrêtent pas.
Eh bien! arrête-toi, entre, et fais-lui l'aumône :
Le seul bonheur qu’on a vient du bonheur qu'on donne, Essaie et tu verras, fais l'aumône, crois-moi :
Fais-la pour lui, fais-la pour Dieu, fais-la pour toi.
Car, et ce que je dis va te sembler étrange, L'aumône, entre le pauvre et toi, n'est qu'un échange : Vous souffrez tous les deux ; toi, de l'horrible ennui, Lui, de l’horrible faim. Tu souffres plus que lui.
I1 ne veut qu’exister, mais toi, tu voudrais vivre : Délivre-le du mal, afin qu'il t’en délivre :
Donne-lui l'être afin qu’il te donne à son tour
La vie, entends-tu bien? c’est-à-dire l'amour.
Sa pitié, sa tendresse, et sa joie et sa flamme ; Guéris son corps, afin qu'il guérisse ton âme.
Votre mal à tous deux s'appelle pauvreté...
Faites-vous tous les deux, frères, la charité !