LES FLOTS
BLANCHE LAMONTAGNE
Depuis que la guerre s'élève, Et met dans nos cœurs des sanglots, J'entends soupirer sur la grève
Les flots.
Quels terribles bruits leur apporte La brise en son manteau vivant ?
Quelles sombres rumeurs leur porte Le vent ?
Est-ce la voix de ceux qui tombent, ë
Dans l'égorgement des combats, Es Et le cri de ceux qui succombent, ÿ s bs
Là-bas ? EE
Sont-ce nos frères qui reviennent, É
Les petits Français, aux yeux doux, Qui sont morts, et qui se souviennent De nous?
SR
Sont-ce les soldats de vaillance, Couchés par un bras sans merci, Attendant le réveil de France, Ë Ici?
Nul ne répond. Le fleuve pleure En lourds sanglots, durant la nuit :
Et l'oiseau, quittant sa demeure,
S'enfuit…
Dans le ciel, où le soleil plombe, Une rougeur monte et descend.
On croirait que, sur nous, il tombe Du sing.
— 9 France ! Ô ma mère! sois forte !
De tes ennemis sois vainqueur !
Je t'aime, et, de loin, je t'apporte Mon cœur !
LA Vi 'PGE ET LA CRÈCHE.
\' PHONSE DAUDET.
Da: n; vs blancs fraîchement cousus, La \ er: l1cait son enfant Jésus.
Lui, jazoii come un nid de mésanges !
Elle, le bercrt et ch ‘1: tout bas
Ce qu h … nos prtits anges...
Mai: :'enis ne s’endormait pas.
‘Doux jésus,' mère en tremblant,
‘‘Dorm: :, mon «£ueau, mon bel agneau blanc.
Dorniez : il est tard, la lampe est éteinte ! Votre front est rouge et vos membres las.
Dorinez, mon amour, et dormez sans crainte." Mais l'enfant Jésus ne s’endormait pas.
‘Si quelques instants vous vous endormiez, Les songes viendraient en vols de ramiers, Et feraient leurs nids sur vos deux paupières ; Ils viendront ; dormez, doux Jésus.’’ Hélas!
Inutiles chants et vaines prières, Le petit Jésus ne s'endormait pas.
Et Marie, alors, le regard voilé, Pencha sur son Fils son front désolé.
‘Vous ne dormez pas, votre mère pleure, Votre mère pleure, Ô mon bel ami !...'' Des larmes coulaient de ses veux ; sur l'heure Le petit Jésus s’était endormi.