GEORGES RODENBACH
Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci, Garde, dans un tiroir secret de sa commode, Un petit coffret en fer rouillé, de vieille mode, Et ne me l’a fait voir que deux fois jusqu'ici.
Comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive, Et contient les cheveux de ses parents défunts, Dans des sachets jaunis aux pénétrants parfums, Qu'elle vient quelquefois baiser, le soir, nensive !
Quand sont mortes mes sœurs blondes, on l’a rouvert Pour y mettre des fleurs et deux boucles frisées ! Hélas! nous ne gardions d’elles, chaînes brisées, Que ces deux anneaux d’or dans ce coffre de fer.
Et toi — puisque tout front vers le tombeau se penche — O mère, quand viendra l’inévitatle jour
Où j'irai dans la boîte enfermer à mon tour
Un peu de tes cheveux... que la mèche soit blanche !