LE PETIT CHAT
rt, R. P. VAN TRICHT.
Un enfant de six ans avait accompagné sa mère dans une visite à des pauvres; ils avaient un petit déguenillé de son âge. Deux choses l'avaient frappé surtout : il n'avait pas découvert, dans la chambre nue. le petit lit de son frère le pauvre, ni les joujoux. ‘‘ Mère,’’ dit-il en rentrant, ‘si tu envoyais mon lit au petit pauvre, le petit Jésus serait content. — Et toi?'’ lui demanda la mère. — ‘‘ Moi,’’ dit-il, avec un sourire de convoitise, ‘‘ je dormirais avec toi dans le grand lit.— Mais, chéri, tu gagnerais au change... Petit Jésus n’est content que lorsqu'on se prive.’
L'enfant se mit à songer... Quelque temps après, il revint à sa mère. ‘‘ Mère, si tu envoyais ces joujoux u petit pauvre?’’ Et il mit devant elle tous ses joujoux à 1u1, sauf un, un seul, un petit chat qui miaulait quand on lui serrait le cou. ‘‘ A ‘a bonne heure,'' lui dit la mère, ‘‘ viens que je t’embrasse, car tu es bon.'’ Et elle envoya les joujoux au pauvre.
Le lendemain : ‘‘ Mère, '’ dit le petit avec un sourire de fierté et de joie, ‘‘ je pense que le petit pauvre s’amuse maintenant, il a des joujoux.'’ Alors vint à la mère une inspiratio sublime. ‘‘Oui, mon fils,’ répondit-elle, ‘* maïs... il n’a pas de petit chat qui miaule."”
L'enfant la regarda les yeux grands ouverts, puis il s’en alla, et fut iongtemps à penser ; il prit son petit chat, le contempla, le caressa ; il y avait une lutte dans ce petit cœur, un dur combat dans cette âme enfantine ; enfin il vint, et lentement, presque avec un sanglot : ‘‘ Mère, envoie le petit chat, je pense que Jésus sera très content.””
Dans l'élan d'une sainte, la mère serra sur son cœur l'ange que Dieu lui avait donné : elle ne sut pas répondre, elle pleurait. Ce n’est plus la charité qu'elle venait d’apprendre à son fils, c'est l'héroïsme !