‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 167 sur 230 · W. CHAPMAN · texte numérisé non relu

W. CHAPMAN

L'humanité gémit sous des jougs centenaires ,

La France, tout à coup, fait gronder ses tonnerres,

Et, volcan qui vomit une lave d'’airain,

Elle secoue au vent les tours de la Bastille... Et l'astre de Juillet à l'horizon scintille,

La sainte liberté rouvre son vol serein !

L'enfant de la nature, aux limites du monde, Rampe sous le fardeau de sa misère immonde :

La France à son grand cœur sent la pitié venir. Elle élève la voix... et ses missionnaires Vont évangéliser les tribus sanguinaires, Et font sur les déserts flamboyer l'avenir !

Les vieilles nations — Ô merveilleux spectacle ! —

Veulent faire tomber »nfin tous les obstacles Qui nuisirent longtemps à leur fraternité :

Elle prend son compas, son pic et sa truelle.…. Et les monts affolés s'entr'ouvrent devant elle, Et l'océan la suit comme un lion dompté!

La France ! elle défend toutes les causes justes, Elle fait respecter partout ses droits augustes, Elle montre la rive aux générations

Qui sillonnent des faits les vagues débordées, Et, superbe ouvrière, elle fond les idées

Au creuset fulminant des révolutions !

-Arborant le drapeau royal ou tricolore,

Elle vole au secours du peuple qui l'implore, A tout progrès du siècle elle fraye un chemin, Ave. le livre, avec le glaive ou la cognée ; Elle tient sur Paris une énorme poignée

De rayons éclairant toujours l'esprit humain !

Aussi grande qu’Athène, aussi fière que Rome,

Elle a rempli le monde entier du nom d'un homme, Sonné sur chaque bord son bronze triomphal,

Fait jaillir de son sol mille sources sacrées,

Où bardes et penseurs de toutes tes contrées

S'en viennent enivrer leur âme d'idéal !

la France ! c’est le cœur qui fait vivre l'Europe, Ta tête où tout projet vaste se développe,

Le bras où l’opprimé cherche à se cramponner, Le torse qui résiste au choc des avalanches ! C'est un chêne géant dont on coupe les branches, Mais que l’on ne pourra jamais déraciner.

La France ne meurt pas; et, quand elle se coucisv, Son front garde toujours sa majesté farouche,

Et son vainqueur épie en tremblant son sommeil : Elle demeura grande après le grand désastre,

Et Sedan ne fait pas plus d'ombre sur son astre Que l’aile du vautour sur l'orbe du soleil !

Mais, si des conquérants, assoiffés de vengeance, Allaient éteindre un jour le flambeau de la France, Les peuples aussitôt marcheraient à tâtons.…

Que dis-je? Si jamais son soleil se dérobe,

Les feux, qu’il a versés à tous les coins du globe, Empourpreront encor le ciel des nations !

ENvoiI.

Ami, quand vous verrez cette France immortelle, Dites-lui que nos cœurs bactent toujours pour elle !

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