JACQUES SAVANE
Entre les branches d’un vieux chêne, Installée au hasard, sans gêne, Quand survint le dernier printemps, Vivait en de joyeux instants,
Dans sa famille, une fauvette.
Ils étaient trois dans la cachette :
Papa, maman, le rejeton,
Fillette au cœur plein d'abandon.
Dans la forêt du voisinage, Sous l'abri de l'épais feuillage, Une famille de pinsons,
Au centre de discrets buissons, Avait, seule, élu domicile :
Dans le calme et coquet asile, Sous l'ombrage d’un noisetier, Ils élevaient leur héritier.
Un jour que la maman Fauvette, Pour l'agrément de sa fillette,
Au bois se promenait gaîment, Elle croisa subitement,
Au détour d’une branche verte, Notre pinson qui, je crois, certe, S'était placé sur le chemin
Pour mieux entendre leur refrain.
Ce qui se passa par la suite,
La brise dans sa douce fuite, Seule, en emporta le secret,
Sans en trahir l’aveu discret.
Et, dans les nuits de clair de lune, Les étoiles, de leur tribune, Écoutèrent nos amoureux
Chanter leur rêve bienheureux.
Chez les parents, selon l'usage, Papa Pinson, plein de courage, Alla pour son fils demander Qu'on lui voulfit bien accorder La patte de Mademoiselle.
À cette importante nouvelle, Papa Fauvette, très flatté,
Dit : ‘Nous verrons ça cet été."
Le pinson, en oiseau d'affaire, Sut le plus habilement faire Allusion — sans laisser voir — A la dot que devrait avoir Fauvette au jour du mariage, Pour monter son petit ménage. Sur ce, en langage d'oiseaux, Le papa lui tint ce propos :
Mon cher Pinson, dans ma famille, Quand nous marions une fille,
— Je vous en fais le simple aveu —” Nous lui laissons la dot que Dieu Donne à Fauvette : sa jeunesse, Son chant d'amour et sa tendresse ; Pour héritage, la forêt,
Et du bonheur le grand secret.
Cher voisin, voilà ma réponse , Je vous ia donne sans semonce, Avec l'espoir que votre cœur Honnête et bon sera vainqueur D'un préjugé fort méprisable Pour un sentiment véritable. *' Et ces oiseaux, en bons parents, Jurèrent d’unir leurs enfants.
Sous les doigts rosés de l’aurore, Qu'un doux rayon de soleil dore, Dans les parfums d'un frais matin, Fut prononcé, sous un vieux pin, Le mot final de l’amourette
De gai Pinson et de Fauvette.
Et ce jour entendit la voix Du vrai bonheur dans les vieux bois.
Mortels, au printemps de la vie, Quand la sagesse vous convie
A choisir, sur votre chemin, L'âme sœur qui sera demain , Votre compagne sur la terre,
Aimez d'amour, c’est le mystère
Du bonheur, unique trésor
Que nul n’achète au poids de l'or.