JACQUES NORMAND
Papa! Papa! Viens voir... Bébé marche !... Viens! Viens! Et, m'arrachant à mes travaux quotidiens,
Ma fille me conduit à la petite chambre.
Au fond, je me défie un peu. Depuis décembre
(Et nous sommes en mars), on affirme, on prétend,
Que Bébé marche, alors qu’il tombe à chaque instant,
Et — tel un oiselet inquiet de ses ailes —
Ne s'éloigne jamais des jupes maternelles.
J'entre donc, très sceptique... et, cette fois, c'est vrai, Le petit gars s'en va d’un pas délibéré,
À travers cet espace immense : sa chambrette !
Les deux bras étendus, il trotte, puis s'arrête,
Puis reprend son chemin, crâne, droit, bien d'aplomb, Avec l’air conquérant d'un Christophe Colomb.
Hélas! Le difficile est de ‘‘ virer *’ sur place. Arrivé brillamment jusqu'à l'armoire à glace, Pour retrouver nos bras tendus avec amour,
Il veut, en vrai troupier, faire un beau demi-tour ; Mais, pour lui, l’entreprise est encore bien folle, j Et Christophe Colomb vacitle... et dégringole ! F
Oui, certes! Bébé marche et chacun est heureux De le voir confiant, alerte et vigoureux,
Risquer ses premiers pas en brave petit homme... Mais je suis triste un peu, car je ne vois, en somme, Qu'une chose — grand-père égoïste et jaloux — C'est que ses premiers pas l'ont éloigné de nous !
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