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LES VIEUX AIMENT LE VENT

DUMESTRE.

Les.vieux aiment le vent frôlant leurs têtes blanches, Alors qu'ils vont 1rbés, par les beaux soirs d'été, Sous les arbres f us, entrechoquant leurs branches, Marchant tristes et las, le cœur désenchanté.

Les vieux aiment le vent, c'est encor de la vie,

Et, lorsque dans le bois, le long des chemins creux, Ils songent tout émus À la route suivie,

Les vieux voient le passé qui s’exhume pour eux.

La lune. d'argent pur, moire le lac limpide.

Une barque sans bruit passe dans le rayon.

Une feuille, soudain, dans sa chute rapide,

Sur le flot qui s'endort trace un léger sillon,

Une étoile là-haut scintille entre les feuilles.

Les vieux rêvent toujours, caressés par le vent.

Oh! livre du passé, nos doigts tremblants t'effeuillent ; En nous, éveille encor les souvenirs d’antan,

Ah! les chers souvenirs des heures envolées,

Les doux mots murmurés, les rêves d'autrefois,

Le temps où l’on allait à deux par les allées, Enlacés, le temps des aveux dits à mi-voix.… Et le vent, ramenant les souvenirs, en gerbes,

A ces vieux éperdus évoque leurs vingt ans ;

Ce sont de gais fredons, des courses dans les herbes,

Des baisers, et des vers qu'on clamait au printemps,

Et c'est tout le passé qui revit à cette heure.

L'ancien toit où l’aïeul est mort... que c’est lointain. Où la mère a vécu... et le pauvre vieux pleure ;

Où l’amour éveilla son cœur un gai matin ;

Et puis, il se souvient du jour des fiançailles,

Lorsqu'au doigt de l'aimée, il mit l'anneau d’or pur. Un mois après, c'était joeuses épousailles.…. Puis...l’enfant...joyau rose aux grands yeux pleins d'azur, Et puis... tout est parti, l'enfant avec ses rires,

La femme, le fover, l’amour s'est effacé,

Rancœurs et désespoirs, tendresses et sourires,

Tout se fond en néant, et c'est tout le Passé. Et la brise de nuit, sur les têtes chenues Glissant très doucement, dans le soir aprilin Semble le frôlement des lèvres disparues,

Sur le front blanchissant de l’homme à son déclin. L'étoile, enchevêtrée aux feuilles, est une âme

Qui regarde les vieux errants par le chemin,

C'est l'âme de la mère ou celle dé la femme,

C'est l'âme du Passé, les guidant vers demain. Demain... c'est tout et rien, ressort qui se déclenche, C'est l'âpre et Zoux jadis, glissant dans l'infini. Un regret... u: soupir... et puis tout est fini.

Les vieux aiment le vent frôlant leurs têtes blanches.

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