‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 195 sur 230 · IN BILLET POUR LE CIEL · texte numérisé non relu

IN BILLET POUR LE CIEL

HENRI CoL.aAs.

O mon pauvre Polichinelle !

Si tu savais mon gros chagrin !

Tu sais bien : grand'maman, si belle !

Elle est morte l’autre matin !

Elle était si blanche et si froide

Sur son lit, avant de partir !

Je la trouvais surtout si roide, Pourtant elle semblait dormir !

Hier au soir, petite mère

Pleurait beaucoup, et j'ai compris Que grand’maman, quittant la terre, S'en est allée au Paradis.

Le Paradis, Polichinelle,

C'est la maison du bon Jésus,

Et c’est une maison si belle

Que jamais on n’en revient plus.

Sans doute elle était bien contente, Grand’maman, de partir là-bas,

Maïs moi, quand je suis gai, je chante, Grand’mère, elle, ne parlait pas.

Dans sa chambre, au jour du voyage, J'enten. 10, j'accourus, J'entrai si ns faire de tapage,

Mais granc. ‘maman n’y était plus.

Or, tu sais que j’ai dans ma bourse Un peu plus d:: vingt sous déjà,

Et, comme on peut faire une course Très longue avec cet argent-là, J'avais pensé, de très bonne heure, M'en ailer sans être surpris,

Pour cousoier inaman qui pleure, Chercher grand’mère au Paradis.

Tu sais, ce n’est pas loin la gare,

Et je sais bien prendre un billet ;

J'ai donc fait le tour de la mare,

Et suis allé droit au guichet :

J'ai dit au monsieur en casquette :

‘Je voudrais bien savoir le prix,

Demi-place et tarif de fête,

D'un billet pour le Paradis. ''

Le monsieur s'est mis à sourire,

Puis il a dit : ‘‘ Pauvre petit,

C'est loin ! Tu ferais mieux d'écrire.‘ Dès en rentrant j'ai donc écrit.

Mais grand’maman reviendra-t-elle ?

Elle est si vieille et c’est si loin!

Qu'’en penses-tu, Polichinelle ?

Moi, j'ai bien pleuré dans mon coin.

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