‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 194 sur 230 · ADOLPHE POISSON · texte numérisé non relu

ADOLPHE POISSON

L'autre jour, un enfant, la figure fanée, Les habits en lambeaux, toute la matinée, Auprès d'un étalage, avait wangé des yeux Des cônes de bonbons frais et délicieux.

Sous le coup de l'appât haletait sa poitrine : I1 était là, le front collé sur la vitrine, Et n'avait de pensée et n'avait de regard Que pour ces riens dont il n'aura jamais sa part. Je m'approche de lui. *‘ Quel est,’ dis-je, ‘* ton père ? — Monsieur, je n’en ai plus ; je vis avec ma mère, Trois frères, quatre sœurs, à Saint-Roch, près du pont." Et c'est avec des pleurs que l'enfant me répond. ‘‘Sais-tu, pauvre petit, que ce soir c’est la fête De l’Enfant-Dieu ? — Je sais, ’’ dit-il, hochant ia tête, ‘Mais pourquoi donc Jésus, à qui souffre la faim, Ne donne pas ce soir un bon morceau de pain ? —+T! t- ie donnera, si tu le lui demandes. ’' Et le frémissement de ses lèvres gourmandes Me fit comprendre, hélas, que le pauvre petit Mordrait dans un gâteau de fort bon appétit ; Et, l’entraînant de suite à la confiserie, Je l’attablai. Ce fut comme une griserie.

Et, de le voir ainsi dévorer les pâtés, Les gâteaux engloutis avant d’être goûtés, Me jeta dans le cœur une pitié profonde :; Et je songeai soudain à tout ce petit monde, A la mère là-bas, attendant son enfant, Et qui contre la faim, en pleurant, se défend. Je jurai de leur faire une douce surprise.

Sa dernière bouchée était à peine prise Que je dis à l’enfant : ‘‘ Si tu pendais ton bas, Petit Jésus est bon, il ne t’oublirait pas.

A ton lit suspends-le ce soir ; qu’il soit solide, Car il sera bien plein.'’ Mais le petit, candide, Me dit d’un ton dolent, les yeux sur moi fixés : ‘Monsieur, je voudrais bien! mes bas... ils sont percés."'

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