LE LAURIER PASCAL
JEAN RAMEAtU.
Le jour de Pâques, chaque année, à l'heure sainte OÙ ‘‘aube emplit les bois de frissons et de chants, Mon fermier, recueilli sous l'angélus qui tinte, Plante un brin de laurier au coin de tous les champs. Pour que le vin soit clair et le foin délectable,
Du laurier à la vigne! et du laurier au pré!
Pour que les bœufs soient forts, laurier à leur étable ! Laurier au four, afin que le pain soit doré!
Au lit, pour que, le soir, quelque ange ailé s'y pench A l'âtre, pour que rien ne puisse l'assombrir ;
Et, sur la porte, enfin, pour qu'avec sa main blanche. Le Bonheur, ce passant, daigne parfois l'ouvrir.
O fermier, n'as-tu pas oublié ma demeure ?.… . Va, va fleurir aussi l’âtre et le lit sculpté !
Que le laurier pascal vienne y parfumer l'heure Comme le souffle ardent du Christ ressuscité !
Que, par lui, je m'exalte, et que, par lui, je chante, Grondant d'alléluias, ailé d’espoirs subits !
Et que le temps soit doux à mon front qui s'argente Comme au palmier poudreux la halte d’un ibis!
0 laurier symbolique et propitiatoire,
C. rde bien ma maison du Mal, du Laid, du Deuil! Autrefois, je rêvais d'y voir entrer la Gloire...
Mais, si la Paix y vient, je baiserai le seuil.