MA PATRIE
THÉODORE BOTREIL..
Me voyant marcher de l'avant,
Des gens sont venus, quatre à quatre, Me dire : ‘* On te voit trop souvent Contre des montagnes te battre ! ''
— Et moi j'ai répondu : ‘‘ Voilà Pourquoi je charge avec furie :
Derrière ces montagnes-là Est prisonnière ma Patrie !
D'autres m'ont dit : ‘‘ Ferme les yeux !
Ton existence sera belle :
Fortune, honneurs, à qui mieux mieux, Vers toi viendront en ribambelle ! ?” — J'ai répondu : ‘‘ Gardez pour vous Les bravos de la galerie...
Moi, j'estime qu'il est plus doux De ne songer qu’à la Patrie ! ‘”
On m'a dit: ‘‘ On sent dans tes vers
La pitié des nobles détresses !
N'as-tu pas, pour tout l’univers,
Mêmes bontés, mên2s tendresses ? ‘’ — Alors j'ai dit: ‘‘ En vérité,
Ai-je l’air d'avoir l'âme aigrie ?
J'aime, certes, l'humanité...
Mais j'aime, d'abord, ma Patrie ! ”’
Des poètes m'ont dit : ‘‘* Jameis
Près de nous ne prendras-tu place ?
Viens donc rêver sur nos sommets ;
Ne vois-tu donc plus le Parnasse ? '’ — J'ai répondu : ‘‘ Bien au-dessus
Je vois ie Calvaire où, meurtrie,
Ainsi qu'on a cloué Jésus,
On voudrait clouer ma Patrie !
Et puis d'aucuns m'ont dit, enfin :
‘*Es-tu Blanc ou Bleu? Rouge ou Rose ?
Quel est ton cri: Vive Machin !
Ou: Vive Untel! ou: Vive Chose?
— Et j'ai dit, gaîment, à chacun :
‘* Écoutez-moi : lorsque je crie, Ce n'est jamais : Vive Quelqu'un!
C'est toujours : Vive la Patrie!!!"