‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 211 sur 230 · LA CHARPIE · texte numérisé non relu

LA CHARPIE

SULLY PRUDHOMME

Le ciel est noir : pas une éteite

Les regards fixement baissés,

Jeanne effile un lambeau de toile Pour les blessés.

Son ami se bat. Pauvre fille !

Elle a vu partir aujourd hui

Tous les hommes de sa famille.

Tous avec lui !

Elle entend gronder, plus voisine.

La voix lugubre du camon

Sommant, jour et nuit. Ja famine Qui répond : mon!

L'heure est lente, le fil s'amasse.

Après un labeur sans répit,

Jeanne sent sa main qui se lasse, Et s'assoupit…

Comme elle achève de la sorte Son œuvre sainte en s'endormant.

Elle entend remuer la porte,

Tout doucement.

Une visiteuse inconnue

Apparaît, droite sur le seuil,

Blonde, à la prunelle ingénue, Pâle, en grand deuil.

"Ne crains rien, Jeanne,” Jui dit-elle, ‘Je porte la croix rouge au bras, D'où je viens, comment je m'appelle, Tu le sauras.

C'est Marguerite qu'on me nomme.

Et j'arrive des bords du Rhin.

J'aime un cruel et fier jeune homme.

J'ai ton chagrin.

PEER SÉRDEFTT e0

Ah! par notre commune peine,

Par nos rêves, par nos vingt ans,

Nous sommes sœurs! Laissons la haine Aux combattants.

Faisons de la charpie ensemble,

Car le sang n'a pas deux couleurs,

Et quand on aime on se ressemble, Mêlons nos pleurs."

Ainsi parle la jeune femme,

Et déjà ses doigts empressés

Séparent les fils de la trame Pour les blessés.

Sr

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