ÉPHREM CHOUINARD
Chacun sait qu’il faut être un juge Pour pouvoir rendre un jugement, Et qu’il importe que le juge
Ait même un peu de jugement.
Supposer qu’on puisse être un juge Sans avoir aucun jugement
Serait calomnier le juge, Discréditer le jugement
Et sur le mérite du juge
Se former un faux jugement.
I1 faut discerner dans tout juge
Deux points : l’homme et le jugement.
Or, quoi qu'on dise ou que l'on juge, L'important c’est le jugement, Peut-être encor plus que le juge, Dans toute affaire à jugement.
L'homme, lui, n’est pas toujours juge De ce qu’il dit en jugement ;
Mais il n’en est pas moins le juge Duquel naquit le jugement,
Et celui qui seul, comme juge,
Au meilleur de son jugement
Peut expliquer l’esprit du juge
Et définir le jugement.
Ce qui fait que l’on doit au juge
Du respect comme au jugement, Puisqu’on peut se fier au juge
Tout autant qu’à son jugement.
Le seul embarras pour le juge
C’est qu’il peut rendre un jugement Qui dénote chez lui, le juge, Absence de tout jugement.
Mais alors même il est le juge,
Et ce qu'il dit, le jugement,
Sa seule dignité de juge Ennoblissant le jugement.
M doi:
ut 4 suis etc ie
Chercher à critiquer un juge
A cause de son jugement
Serait montrer qu’on est peu juge Pe la valeur d’un jugement ;
Et ce serait — si l’on en juge D'après un récent jugement S’attirer de la part du juge
Un étourdissant jugement.
Non, il vaut bien mieux que l’on juge
Tout avec calme et jugement, Et que l’on n’aille pas du juge Trop provoquer le jugement :
Car, s’il est à craindre, le juge, Encor plus l’est son jugement.