LES DÉICIDES
EMILE NELLIGAN
Ils étaient 1à, les Juifs, les tue rs de prophètes, Quand le sanglant Messie exp: ait sur la crois : Ils étaient là, railleurs et bourr 1x à la fois : Et Sion à son crime entremêlait des fêtes.
Or voici que soudain, sous le vent des tempêtes, Se déchira le voile arraché des parois.
Les maudits prirent fuite : on eût dit que le poids De leur forfait divin s'écroulait sur leurs têtes.
Depuis, de par la terre, en hordes de damnés, Comme des chiens errants, ils s’en vont condamnés Aux remords éternels de leur race flétrie,
Trouvant partout, le long de leur âpre chemin, Le mépris pour pitié, les ghettos pour patrie, Pour aumône l’affront lorsqu'ils tendront la main.
D'autres sont là, pareils à ces immondes hordes, Écrasant le Sauveur sous des monts de défis,
Alors qu'il tend vers eux, du haut des crucifix,
Ses deux grands bras de bronze en sublimes exordes.
Écumant du venin des haineuses discordes,
Et crachant un blasphème au Pain que tu leur fis,
Ils passent. Or, ceux-là, mon Dieu, qu'on dit tes fils, Te frappent à grands coups de symboliques cordes.
Aussi, de par l'horreur des infinis exils, Lamentables troupeaux, ces sacrilèges vils, S'en iront, fous de honte, aux nuits blasphématoires.
Alors que sur leur front, mystérieux croissant, Luira, comme un blason de leurs tortures noires, Le stigmate éternel de quelque hostie en sang.