UNE LARME DANS L'OCÉAN. R. P. LAPORTE, J.S
Un soir en ce temps-là, la marée était haute Et le noroit battait la côte
Tout le long des écueils de Lyroix et d'Ouessant : Les lames hurlaien. en dansant :
C'était la danse étrange, effrayante, affolée Des montagnes dans la vallée,
Danse de l’avalanche aux élans vagabonds, Roulant par sauts, sautant par bonds !
Çà et 1à des canots sans rame ni mâture Allaient, roulés à l'aventure,
Puis tout couverts d'écume, entr'ouverts et meurtris Se broyaient sur les rochers gris.
Dans une pauvre barque aux planches vermoulues, Parmi les aigues chevelues,
Couraient, à la merci des flots et des brisants, Deux petits marins de quinze ans,
Deux frères, deux jumeaux, fils d'une pauvre veuve Enfants aguerris par l'épreuve.
Mais de quoi sert l'adresse et que peut le sang-froid Contre la houle et le noroit ?
Les deux petits, jouets de l'océan barbare, L'un à l'avant, l’autre à la barre,
Mêlaient leur long appel aux voix des goélands Et secouaient leurs bras tremblants !
Leurs regards inquiets, parmi la brume obscure, En vain cherchaient une voilure ;
Les vagues n'apportaient, Pour réponse à leurs cris, Que des algues et des débris.
Enfin, avec l'espoir leur Courage chancelle ; Debout au fond de la nacelle,
L'un sur l’autre appuyés, se tenant par la main, Ils disaient : ‘‘ Nous mourrons demain A
Or, à cette heure-là, près de la croix de pierre, Sur le roc vêtu de bruyères,
Aux pointes du granit que rougissent les fleurs, S’agenouille une femme en pleurs.
Sous ses pieds l'océan bondit, hurle et se brise, Sur son front s'étend la croix grise.
Elle prie : ‘‘ O Jésus, par ton amour puissant, Par tes bras tendus, par ton sang,
Écoute dans ton ciel les vœux que je t’adresse Pour une pauvre barque en détresse.
Garde mes orphelins du vent et de l’écueil, Et de la mer, ce grand cercueil !
Sauve-moi mes enfants, doux enfant de Marie!
Écoute une mère qui prie :
Je suis seule, j’ai faim, mes fils sont mes deux bras, Roi des flots, tu me les sauveras !
Leur canot est petit, mais ta Puissance est grande : Que ton cœur, Ô Dieu, me les rende pie
La mère en sanglottant se pencha sur la mer ; De ses yeux, dans le flot amer,
Une larme tomba, de celles que Dieu pèse.
Aussitôt la houle s'apaise,
L'océan s’adoucit, comme un lion dombpté, Sous l'étoile au rire argenté.
Déjà les deux petits, sortis de la tourmente, Gravissent la côte écumante.
Puis la mère et les fils, sous les bras de la craix, S’embrassent et pleurent tous les trois.
&la légende est naïve, et c'est une légende Qu'on dit sur mer ou sur la lande :
Mais ce conte (bien vieux) des pêcheurs de lançon Est toujours neuf par sa leçon.
La fable de ces pleurs n'est point une chimère. Qu'ils sont forts, les pleurs d'une mère !
Ces pleurs ferment l’abîme, et, quand Dieu les bénit,
Ils ouvrent des cœurs de granit ; Ces pleurs valent le Sang pour la rançon de l'âme, Le Christ les cueille et les réclame, Is sauvent les enfants et les désespérés.
Dieu vous entend, mères, pleurez!!!
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