‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 45 sur 230 · PAUL G. FEUILLETTE · texte numérisé non relu

PAUL G. FEUILLETTE

Longtemps, il a marché, penchant sa tête blonde... Pourtant, le feu vivant des prunelles profondes N'est pas encore éteint, mais des gouttes de sang Perlent à son front pâle.

Il a marché, courbant Son corps brisé sous la croix lourde qui l’écrase, Et tous l'ont regardé comme dans une extase, Et sa couronne noire était comme un bandeau, Et les petits enfants qu’il bénit au berceau Baïsaient ses pieds lassés qui saignaient sur les roches, Et les femmes, pleurant, venaient à son approche Toucher les plis souillés d’un vêtement obscur, Maïs pas un ne sentait au fond de son cœur dur S’éveiller un regret.

Les soldats de Pilate Marchaient silencieux et repoussaient sans hâte Le peuple de Judée accouru pour meurtrir Celui qu’on insultait lorsqu'il allait mourir …

11 défaillit trois fois en gravissant la côte, Car la croix était lourde et la montagne haute, Et les pierres sur son front nu tombaient parfois.

O Christ! vous aviez dit : ‘‘Aimez-vous, '?

À chanté dans nos cœurs comme un divin Vous avez étendu votre main prophétique, Et Lazare est sorti du sépulcre des morts, ....Et la foule était là!

Maintenant, sans remords, Elle a vu votre front saigner sous les épines. Tous ceux qui vous suivaient jadis sur la colline, Lavant vos pieds sacrés et baisant avec feu La poussière où se sont marqués les pas d'un Dieu, Ne se souviennent plus des antiques miracles

Votre voix Cantique,

En (do

Le traître vous a vu partir loin du cénacle — Pour gravir la montagne en portant une croix — Et vous tombiez, mais vous priiez encor. Le bois A blessé votre chair.

Or, doux comme une aumône, Une dernière fois, votre geste pardonne Tandis que vos yeux bleus ont vu sous le ciel noir Le Golgotha debout dans les brumes du soir...

Le ciel silencieux est voilé de nuages :

Il est là, sur sa croix, l’Enfant-Roi que les Mages Adorèrent jadis dans l’étable où pleuvait La nuit d’hiver sur la paille froide.

Il avait

Des yeux clairs et profonds, et sa lèvre était rose < Maintenant, ses yeux sont fermés, sa lèvre est close, Rien ne palpite plus dans l'ombre d'Israël, Et le centurion a fait couler le fiel Sur la cruelle soif qui dévorait sa bouche.

Il'se tait...

Mais voilà que la terre farouche À frémi, les éclairs en un fracas immense Ont déchiré le ciel où l'ombre se condense, Le sol de Galilée entend (comme un remords) Gronder son sein lugubre où tressaillent des morts, Et l’ange a déchiré le grand voile du temple.

Le peuple épouvanté s'agenouille et contemple : Dans la clarté pâlie où le soir agonise, La grande vision de l’éternelle Église Frissonne comme un songe immense qui s’étend, Tandis que les yeux clos, le corps raide, le flanc Percé d’un coup de lance, il se tient immobile : Sa chair saigne, son front est tourné vers la ville, Et ses bras sont ouverts comme pour appeler Les souffrants, les vaincus qu’il voudrait consoler... Et doucement il prie encor...

La nuit livide Sur les champs désertés étend son aile humide, Et, tremblante, Marie est auprès de la croix, Et Magdeleine pleure, et Jean comme autrefois

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Baise les pieds divins que les clous ont percés Et qui saignent toujours...

Mais ceux qu'il a sauvés Ont peur; un long frisson a couru sur le monde, Une voix a parlé dans la brume profonde, Et quand le Dieu d’amour, mort pour les racheter, Descendait aux Enfers, afin de délivrer Ceux qui devaient souffrir jusques à sa venue, Parmi les flammes d'or qui couraient sur la nue, Tous ont senti, ce soir, briller dans le ciel bleu Le reflet de la croix où s’endormait un Dieu!

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