‹ Les Monologues Lassalle [microforme]Chapitre 54 sur 230 · ALBERT DREUX · texte numérisé non relu

ALBERT DREUX

Dans la char-ile austère, à l'orgue, Frère Jean Fait chanter au clavier les ardeurs de son âme. Chaque soir, au Salut du Très Saint Sacrement, Les rythmes, sous ses doigts, frissonnent dans les gammes.

Mais un désir l'obsède et grandit dans son cœur : ° Il veut rendre son jeu plus extatique encore,

Et son beau front pâli se perle de sueurs ;

Car son rêve est trop grand, l'orgue trop malsonore.

— ‘Frère, que faites-vous ? Vous ne jouez donc plus ? ‘ Des larmes ont roulé de ses grands yeux mystiques.

— ‘Frère, que Pensez-vous ; c'est l'heure du Salut, L’ostensoir qu’on expose ! Il faut de la musique.’

Voici qu’un rayon bleu de lune a traversé Le vitrail où se peint Cécile, sa patronne, La sainte au clavecin qui dirige, il le sait, Le chœur des chérubins autour de la madone.

Or Frère Jean pler.:ait : ‘Grande sainte aux yeux bleus, O combien j'ai d'ennui : la litanie achève,

Et l'orgue ne veut pas cha -ter comme mon rêve.

J'ai dû faire un péché! Que je suis malheureux ! '!

Alors, du clair vitrail, la sainte souriante Descendit et s’en vint jouer pour Frère Jean... Et l'orgue ruissela de cadences sonnantes

Où courait en frissons la fugue aux sons d'argent.

Les saints de pierre au fond des niches ogivales, Et les anges sculptés aux voûtes de granit, Semblaient se réveiller de leur somme infini, Pour entendre chanter la voix instrumentale.

Et 1: 5que S’éteignit le dernier récital,

Frère Jean, tout à Coup, refermant ses prunelles, S’en alla doucement au divin festival

Où chante Je clavier des orgues éternelles.

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