MA PREMIÈRE CIGARETTE
PAUI, CROISET.
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Papa m'avait donné dix sous... Quelle fortune ! | € n'avais que douze ans!..….
Dès le soir, à la brune, Je quitte la maison, sans rien dire à papa, Et me sauve bien vite acheter du tabac.
Je demande au marchand un paquet d’allumettes Et du papier fin pour faire des cigarettes.
Je mets tout avec soin dans ma poche, et je pars, Fier et content de moi, pour les grands boulevards.
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‘’ Bon! voici le moment de se montrer un homme, ’’ Pensais-je. ‘‘ Mon tabac... Mais voyons un peu comme S'y prennent les messieurs pour faire un beau rouleau. … — Car je veux avoir l’air de quelqu'un comme il faut ! '! Justement un monsieur décoré, bonne mine,
Roulait sa cigarette au jour d’une vitrine...
Je m'’approche et je vais l’observer sous le nez. Je ne voyais aucun mal à ça... Devinez Comment je suis reçu ?.... Un soufflet sur la joue M'envoie à quatre pas rouler en pleine boue ! Dégouttant, je me lève et me rends, tout hont: 1x, Sous une grande porte où je fus bien heureux, Dans ce triste abandon, de trouver la concierge Qui me rendit bientôt aussi propre qu’un cierge. Après avoir séché mes vêtements au feu,
Je pars, non sans l’avoir remerciée un peu...
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Enfin, vais-je pouvoir accomplir mon beau rêve ? Je reprends mon papier, mon tabac... et je crève Quinze feuilles avant de pouvoir aboutir,
Mais le seizième essai réussit à ravir !
Figurez-vous ma joie, en voyant enfin faite L'œuvre de tant de soins, mignonne cigarette ! Je savourais des yeux ce beau fruit défendu.
— Je n'avais pas fait mal, papa n'avait rien vu!
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L'air gaillard, le képi sur le coin de la tête,
'objet entre les doigts, je prends une allumette Mais diable ! où la frotter ? L'humidité du soir Avait tout inondé, les murs et le trottoir...
Or, voici qu'un monsieur, ma foi! très comme il faut, — Ïl avait de beaux &ants, un tube, un paletot —
Qui s’avançait vers moi, lève, sans crier gare,
Sa jambe... et d’un seul coup allume son cigare.
Aussitôt vu, le truc, aussitôt imité,
Réussit à merveille... Ah! quelle volupté, Quand je pus par le nez, la bouche, la poitrine, Aspirer à longs traits l'odeur de nicotine !
Trois fois je tire ainsi. … Ça n'allait pas trop mal, Quand soudain je m'arrête.… Oh! quel est l'animal] Qui me pique par 1à?.... Ce n'est rien... Je me gratte,
Et je n’ai que le temps de retirer la patte : Une horrible brûlure... Ah! qu'est-ce donc! mon Dieu ! Ma culotte a pris feu! ma culotte à pris feu ! Adieu la cigarette !
Une effroyable flamme Derrière moi déjà trace son oriflamme.
Je cours, et mon foyer, par le vent agité, Fait sauver devant moi le monde épouvanté.
Je cours, et la douleur de plus en plus in’oppresse : Tout Paris retentit de mes cris de détresse ! Je trouve, grâce à Dieu, mon chemin entravé Par un grand ruisseau …
J'y tombe assis...
sig: rasage mere
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