SI J'ÉTAIS PETIT GARÇON
FERNAND BEISSIER.
Chacun désire quelque chose :
L'un c'est ceci, l’autre cela, Préférant souvent et sans cause Ce qu'il n’a pas à ce qu’il a.
Celle-ci soupire et regrette D'avoir à dire sa leçon ; Celle-là songe à sa toilette.
Moi, je voudrais être garçon !
Être un petit garçon! Mon rêve !
Cela vous paraît surprenant ?
Mais laissez du moins que j’achève Jusqu’au bout mon raisonnement.
Vous serez forcés, j'en suis sûre, De convenir que j’ai raison.
C’est une erreur de la nature !
Ah! si j'étais petit garçon !
D'abord, jouer à la poupée
Ne m'amuse plus maintenant.
C’est une chose démodée,
Puis ça se casse trop souvent.
Faire la maman, ma parole, Avec un bébé de carton, Avouez que ce n'est pas drôle !
Ah! si j'étais petit garçon !
Lorsque l’on est petite fille,
I] faut se tenir sagement,
Être douce, calme et gentille,
Et jouer très tranquillement.
Un garçon, c’est tout le contraire, Et j'en cherche en vain la raison.… Quel tapage je pourrais faire
Si j'étais un petit garçon !
D'abord, je porterais culotte, C’est plus facile pour courir :
Et la culotte, ça dénote
Qu'on doit toujours vous obéir.
Du moins c’est ainsi d'ordinaire ; Car, entre nous, à la maison Papa fait toujours le contraire.
Ah! si j'étais petit garçon !
J'aurais, tout comme mon grand frère, De la moustache. Et, sans grand mal, Comme mon parrain, je l’espère,
Je serais au moins général.
Comme lui, je ferais la guerre ;
Mais hélas! avec un jupon,
On ne peut être militaire. …
Ah! si j'étais petit garçon !
Oui, mais jamais la chose est-elle Possible ? — Non, assurément ;
Et quand on naquit demoiselle
On le reste éte:1ellement.
Envers nous — et je m'en étonne — On agit par trop sans façon,
Car on ne consulte personne
Pour devenir fille ou garçon !