LA MÉDECINE
RATISBONNE
Odette un jour était malade.
Il fallait, pour guérir, disait le médecin,
Prendre une ou deux cuillers de l'huile de ricin.
Odette ne voulait que de la limonade.
Sa mère (elle adorait sa mère cependant)
Avait beau la prier, tout était inutile.
‘Voyons, ma chère enfant, ne sois pas indocile,
Je vais te la donner moi-même, en y goûtant.
— Je ne veux pas ! — Après, on mange une pastille,
— Tu m'en donneras deux ?—Eh bien ! oui, bois !—Ouais ! Je ne veux pas, c’est trop mauvais !
— Je t'en supplie, allons, du courage, ma fille !
Bois et je m'en irai t'acheter de ce pas...
— Quoi donc? Une poupée. Oui, mais je la veux belle, Avec un trousseau fait pour elle !
— Eh bien, tu l’auras, bois! — Ouais, je ne veux pas !
— Ah! malheureuse enfant, c'est vouloir que je meure, Puisque tu ne veux pas guérir.
À quel moyen donc recourir ? ”
Et se tordant'les mains, la pauvre mère pleure,
Odette se décide, elle prend le ricin,
Et sur la place L'avale d'un seul trait, sans faire la grimace, Sa mère tendrement la presse sur son sein :
‘C'est très bien! Je t'aimais : tu m’es deux fois plus chère :
Tu le vois, mon amour, ce n’est pas si mauvais.
— Ah si, c’est bien mauvais, maman, mais tu pleurais ! ”
Une larme qu'on voit dans les yeux de sa mère, Toute amertume est moins amère !