NAPOLÉON
VICTOR HUGo.
Mil huit cent onze ! — O temps, où des peuples sans nombre
Attendaient, prosternés sous un nuage sombre, . Que le ciel eût dit oui!
Sentaient trembler sous eux les États centenaires, Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres, Comme un mont Sinaï !
Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,
Ils se disaient entre eux : ‘‘ Quelqu’un de grand va naître !
L'immense empire attend un héritier demain :
Qu'est-ce que le Seigneur va donner à cet homme
Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome,
Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? *
Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde
S'entr’ouvrit, et l'on vit se dresser sur le monde L'homme prédestin:.
Et les peuples béants ne purent .jue se taire,
Car ses deux bras levés présentaient à la terre Un enfant nouveau-né!
Au souffle de l'enfant, dôme des Invalides,
Les drapeaux prisonniers sous tes voftes splendides Frémirent, comme au vent frémissent les épis,
Et son cri, ce doux cri qu'une nourrice apaise,
Fit, nous l'avons tous vu, bondir et hurler d’aise Les canons monstrueux à ta porte accroupis.
Et lui! L'orgueil gonflait sa puissante narine ; Ses deux bras, jusqu'alors croisé; sur sa poitrine, S'étaient enfin ouverts !
Et l'enfant, soutenu dans sa main paternelle, Inondé des éclairs de sa fauve prunelle, Rayonnait au travers !
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