RENÉ DE SAINT-PREST
Dans une vallée où la mitraille Avait sonné son affreux glas,
Le lendemain d'une bataille, Des enfants jouaient aux soldats,
Quand l'un d'eux pousse un cri de joie.
I1 se baisse, et, parmi les fleurs, Il ramasse un chiffon de soie
Où pâlissaient les trois couleurs.
Un vieillard près de lui s’écrie :
—"* Enfant, garde bien ce trésor !
I1 peut voir de beaux jours encor.
Ce chiffon-là..…. c’est la Patrie ! ”
L'enfant était devenu grave,
Un mâle frisson l’agitait,
Il songeait à son père, un brave Qui pour son pays se battait...
Son père !.…. En entrant au village, Hélas ! il le trouve expirant, Victime du hideux carnage
Où la France perdait son sang !
Alors le noble enfant s’écrie :
—‘" Père, je vengerai ta mort !
Tiens, prends, embrasse-le bien fort Ce chiffon-là !.... c’est la Patrie ! :
De gloire et de danger avide,
Le pauvre enfant se fit soldat.
I fallait le voir, intrépide,
Marcher le premier au combat.
La mort épargna sa jeunesse. …
Père aujourd’hui d’un grand garçon, 11 dit parfois avec ivresse,
En lui montrant le vizux chiffon :
—"" Tu dois à la France meurtrie O mon enfant, tout ton amour !
Oui, tu ie défendras un jour
Ce chiffon-là!.... c’est la Patrie! ”